La longue attente – Ha Jin (2002)

Lin Kong est un médecin militaire dans un hopital en Mandchourie. Il a accepté autrefois un mariage arrangé par ses parents avec une paysanne aux pieds bandés pour laquelle il n’éprouve que de la honte. Vivant à la ville, il ne retourne à son village qu’une fois par an pour retrouver sa fille et sa femme. Mais Lin a rencontré Manna, une jeune infirmière. Un adultère comprometerait leur carrière et leur réputation. Pendant 17ans, Lin va alors essayer d’obtenir en vain le divorce. 18 ans, pendant lesquel Manna et lui attendent d’avoir une relation plus poussée.

Tableau de la Chine communiste des années 60 à 80, ce roman nous montre un pays encore coincé dans ses traditions séculaires. Le Parti interdit toute relation entre les 2 sexes chez les personnes non mariés, réprouve le divorce. Les livres sont censurés et confisqués. On apprend que des couples peuvent être affectés à des villes éloignés, au détriment de la vie familiale et que le collectif prime avant tout sur la vie personnel. Pas de vie privée dans la Chine communiste !
« La longue attente » ou comment un parti totalitaire veut régler la vie de tous dans leur intimité, jusque dans leurs rêves.

L’auteur s’interroge aussi sur le désir et l’amour. Une si longue attente ne tue-t’elle pas l’objet du désir ?
Alors qu’ils obtiennent enfin satisfaction, des interrogations se posent sur la véracité de leur amour. L’amour platonique ne s’est-il pas émoussé à force d’attente ?
Lin, amer, semble toujours hésiter entre les 2 femmes. Il se laisse vivre et accepte avec peu de rebellion les règles imposées par le Parti.  On aimerait presque le secouer !
De plus, la condition féminine ne parait pas très réjouissante : le rôle de la femme est de s’occuper de son mari et de ses enfants. Et elle semble peu active et délègue les décisions importantes à l’homme.
La Chine d’aujourd’hui a-t’elle tant changé depuis cette époque ? pas sûr…

Une lecture dure et dénonciatrice qui n’est pas exempte de quelques longueurs. Il se passe peu de choses pendant les 20 années du couple que nous suivons et, tel un hommage au titre, on attend longtemps le dénouement. ça reste pourtant un roman très intéressant pour découvrir la vie sous la domination du Parti communiste.

Note : ***


Editions Seuil – 21€
Editions Seuil, Points – 6,50€

( L’auteur, qui vit en Amérique et écrit en anglais, est d’origine chinoise. Ses romans se situent tous dans son pays d’origine. C’est pourquoi, il me parait plus judicieux de le classer en littérature chinoise.)


     Objectif PAL : # 2

6 comments for “La longue attente – Ha Jin (2002)

  1. 12 septembre 2009 at 8 h 15 min

    Je travaille sur ce thème cette année ! Du coup, ce livre m’intéresse ! Merci !

    • 12 septembre 2009 at 0 h 35 min

      sur lequel précisément ? la chine ou la condition féminine chinoise ? je peux ptet t’en conseiller d’autres…

  2. 12 septembre 2009 at 1 h 52 min

    J’ai lu « Chinoises » de Xinra cet été. Effectivement, les relations entre les deux sexes ne sont pas au beau fixe en Chine. La condition des femmes était déjà difficile. Mais la révolution culturelle a rendu la vie des femmes encore plus difficile. L’acharnement à réduire les relations amoureuses a affecté durablement cette société. Il est en plus facile de deviner les arrières pensées du pouvoir : les relations sexuelles sont source d’énergie personnelle, de liberté… Les régimes totalitaires essaient en général de réprimer cela… En tous cas, je note ce livre car j’aime bien les différents éclairages sur la Chine.

    • 12 septembre 2009 at 2 h 08 min

      j’ai lu aussi « chinoises » que je trouve bien plus passionnant que « la longue attente » où les critiques de la condition féminine sont beaucoup plus sous-jacentes.
      En tout cas, je suis tout à fait d’accord avec ton avis sur la question !
      Xinran a aussi un magnifique roman d’amour qui s’intitule « Funérailles célestes » : je te le conseille ! même si mon billet de l’époque n’est pas très abouti… je débutais !

  3. 14 septembre 2009 at 1 h 39 min

    Ok, je note aussi « Funérailles célestes »…
    Bonne soirée
    Marie

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