Petit dictionnaire chinois-anglais pour amants – Xiaolu GUO (2008)

dico amants

Zhuang est une jeune chinoise de 23 ans envoyée en Angleterre par ses parents qui espèrent bien la voir reprendre leur commerce de chaussures. Arrivée à Londres, elle est complètement perdue et déstabilisée par cet univers qui lui est profondément étranger. Logeant dans une auberge de jeunesse, elle passe ses journées à errer et à fréquenter les cinémas. Jusqu’au jour où elle rencontre un homme, bien plus vieux qu’elle avec qui elle va entamer une relation amoureuse. Suite à un quiproquo, elle part très rapidemment s’installer chez lui et c’est désormais auprès de cet homme singulier, un végétarien quarantenaire, artiste désabusé qui a un passif homosexuel qu’elle va désormais vivre et découvir une nouvelle culture. S’appuyant sur son petit dictionnaire chinois-anglais, Zhuang cherche ses mots et sa place. Mais Zhuang saura-t’elle la trouver dans un occident qu’elle le comprend pas et auprès d’un homme dont les valeurs sont différentes ?

Dans ce roman, le lecteur va suivre le parcours d’une expatriée et découvrir en même temps qu’elle les difficultés d’intégration que cela présente mais aussi la barrière de la langue.
En effet, Zhuang est la narratrice et le niveau de langage utilisé pour son récit est celui d’une étrangère qui essaie de parler correctement. Son parler est bourré de fautes de syntaxe, de lexique, d’orthographe et ce procédé est particulièrement réussi. La traductrice a du effectuer un travail énorme pour rendre en français ces erreurs présentes dans le texte anglais d’origine. Des nombreuses erreurs de Zhuang ressortent de jolis passages poétiques ou humoristiques qui dénotent de sa sensibilité.

 » Je lis le panneau devant les files : alien et non alien.
Je suis alien , comme dans le film Alien à Hollywood. J’habite l’autre planète, j’ai l’air spatial et la langue étrange. « 

Prenant la forme d’un journal, le roman déroule les chapitres selon la succession des mois et s’adjoint à chaque fois la définition d’un mot anglais que la jeune fille apprend. Chaque mot est en relation avec le thème du chapitre et l’effet en est très heureux.
Les différences culturelles sont nombreuses et on se plait à découvrir d’un autre oeil notre monde occidental. Zhuang s’étonne de l’importance donné au temps qu’il fait et aux trop nombreuses nuances par lesquelles on peut le décrire, de la plus grande importance du sujet sur l’action elle-même.

 » La personne est le sujet dominateur dans la phrase anglaise. Alors, est-ce que la culture occidentale respecte les individus plus ? (…) Peut-être les chinois sont honteux de mettre leur nom le premier parce que ce n’est pas une attitude modeste. « 

Elle pointe du doigt notre système et nous pousse à nous interroger sur tel ou tel fait qui font tellement partis de notre quotidien que nous ne nous y arrêtons plus.
Petit à petit, nous verrons ainsi la langue de la narratrice évoluer au fil des mois. Sa progression se fait de façon subtile et totalement réaliste et on pourrait presque supposer que ce récit s’appuie sur une expérience vécue.

A côté de sa découverte linguistique, le roman est aussi le récit d’une histoire d’amour. Ses relations avec  cet homme (qui ne sera jamais nommé il me semble) sont décrites avec détails. Il est sa bouée de sauvetage, celui qui lui donne l’impression d’être aimée et d’exister dans un pays où elle se sent transparente au yeux des autres. Avec lui, elle découvrira l’amour charnel et ne s’embarassera pas de ses amours masculines passés.
Pourtant, si on ressent l’amour de la jeune fille pour lui, le sien est quelque peu en demi-teinte. On ne resent pas une affection débordante de la part de cet homme qui préfère garder une part d’intimité et de mystère vis à vis de Zhuang. Il préfère une soirée entre amis à des retrouvailles intimes après un long voyage de Zhuang. Il semble toujours froid à son égard et s’emporte facilement devant l’empressement de ses questions lexicales. Il refuse de s’engager et de parler d’avenir. On finit par se demander ce qu’elle lui trouve et être agacée par cet amour qui semble non partagé. Je dois dire que j’ai été moins convaincue par cette partie-ci par le portrait si particulier de cet homme.
La description des sentiments de Zhuang reste cependant extrêmement forte et m’a beaucoup touchée.

   » Je pense que la solitude dans ce pays est une chose très solide, très lourde. Elle est touchable et atteignable, facilement.
La solitude vient me voir pendant certaines heures chaque jour, comme un visiteur. Comme un ami qu’on n’attend pas, qu’on n’a jamais envie de voir spécialement, mais quand même, il vous rend visite et vous aime, à sa manière. Quand le soleil quitte le ciel, quand l’énorme obscurité avale la dernière bande rouge à l’horizon, à ce moment, je vois la silhouette de sa solitude devant moi, et elle entoure mon corps, ma nuit, mon rêve. « 

« Aimer, ce mot d’ici, comme les autres mots d’ici, a un temps. « J’aimais » ou « j’aimerais » ou « j’ai aimé ». Tout ces temps signifient qu’aimer est limité dans le temps. Pas infini. Il existe seulement dans une période déterminée. En chinois, aimer n’a pas de temps. Pas de passé, pas de futur. Aimer en chinois signifie un état, une situation, une circonstance. L’amour est l’existence qui englobe le passé et l’avenir.
Si notre amour existait dans le temps chinois, alors il durera toujours. Il sera infini. »

A travers ce couple si différent, ce sont 2 conceptions différentes de la vie qui s’opposent. Réflexion sur les difficultés de compréhension entre les peuples, ce roman saura vous toucher par sa langue inventive et son regard décalé sur les choses du quotidien.

Une très belle découverte que je dois à Liliba qui a fait voyager ce joli roman jusqu’à moi !

Les avis de Karine, Mango, Clarabel, Yueyin, Kathel, Cocola, …

Note : 4 / 5

Editions Buchet-Chastel – 21€

54 comments for “Petit dictionnaire chinois-anglais pour amants – Xiaolu GUO (2008)

  1. 4 février 2010 at 4 h 22 min

    Il voyage? Mais je pourrais m’inscrire, alors! Bonne nouvelle…

    • 4 février 2010 at 4 h 28 min

      Oui profite en ! Il ne retourne pas encore à la case maison ! Et il vaut vraiment le coup !

  2. Ys
    4 février 2010 at 5 h 37 min

    Tiens, je l’ai dans ma PAL celui-là, et il rempile pour une deuxième année de challenge ABC parce que je ne l’ai pas lu l’an dernier…

    • 4 février 2010 at 6 h 05 min

      Ouais ben cette fois-ci, essaie de ne pas faire l’impasse !

  3. 4 février 2010 at 5 h 43 min

    C’est une lecture que j’ai beaucoup aimée! Je crois bien que j’en ai fait un coup de cœur!

    • 4 février 2010 at 6 h 06 min

      J’ai vu ça ! Je n’irais pas jusque là mais c’est un bon roman original à découvrir !

  4. 4 février 2010 at 8 h 04 min

    J’ai lu ce roman il y a deux ans. Et je l’ai adoré, rien à voir avec son premier roman – dont j’ai oublié le titre – qui m’avait laissé de marbre.

    • 6 février 2010 at 0 h 41 min

      Ah tiens, je n’avais pas relevé un précédent roman… A oublier on dirait !

  5. 4 février 2010 at 8 h 20 min

    Ah, c’est amusant de voir les extraits traduits ! Je le relirai peut-être en français, à l’occasion, mais j’aime mieux la couverture en VO !

    • 6 février 2010 at 0 h 42 min

      Pour les bilingues, ça doit être intéressant de faire la comparaison !
      Oui j’ai vu l’autre couverture, c’est vrai qu’elle est chouette !

  6. 4 février 2010 at 8 h 48 min

    Je crois que c’est une lecture pour moi ! Je note !

    • 6 février 2010 at 0 h 44 min

      Arf c’est bizarre, ça passe mieux que la BD…

  7. 5 février 2010 at 9 h 02 min

    Cà fait longtemps qu’il est sur ma LAL celui-là ! Je ne vais pas reprendre la rengaine des LAL et des PAL, mais voilà une petite piqûre de rappel qui est la bienvenue.

    • 6 février 2010 at 0 h 45 min

      Ben moi aussi ! et si je ne m’étais pas « obligée » de le lire avec ce livre voyageur, ça aurait trainé aussi !

  8. 5 février 2010 at 4 h 56 min

    J’adore les extraits!!! L’écriture paraît « délicate »… et si juste, si belle… Ca me plaît bien!

    • 6 février 2010 at 0 h 56 min

      Oui c’est ce que j’ai aimé ! MAlgré ses maladresses lexicales et grammaticales, on arrive parfaitement à ressentir l’émotion et les pensées de la jeune femme. Son approche est différente et du coup assez juste, vu qu’elle s’appuie sur les définitions de mots qu’elle apprend.
      Allez craque !

  9. 5 février 2010 at 5 h 06 min

    j’en avais entendu parler à sa sortir, et depuis je l’avais complètement oublié! merci du rappel :)

    • 6 février 2010 at 0 h 56 min

      Ben voilà t’es bonne pour le rajouter sur ta liste ! ;)

  10. 6 février 2010 at 1 h 49 min

    Je le note aussi ! Il a l’air intéressant!

    • 6 février 2010 at 5 h 46 min

      Oui, plus que ça même !

  11. 6 février 2010 at 9 h 51 min

    Oui, c’est marrant hein ?
    Encore que ce titre pourrait être tentant également en images ! 

    • 6 février 2010 at 5 h 47 min

      Tu crois pas qu’on va te faire une adaptation Bd juste pour tes beaux yeux tout de même !
      Ceci dit, il doit pas être facile à adapter question dialogues…

  12. 6 février 2010 at 0 h 05 min

    Au fait, j’ai lu ce matin les échanges de messages entre Suzanne et toi ! Et ben !
    Je vous ai répondu à toutes les deux sur mon blog… Bigre ! Parfois, ça ne rigole pas entre accros de livres !  Aïe ! Pas taper !  J’y peux rien moi si vos deux caractères de feu ont fait des étincelles !
    Bises et bonne journée !

    • 6 février 2010 at 6 h 02 min

      hum… euh oui désolée…
      Je dois dire que j’ai trouvé sa remarque très désagréable et que je me suis sentie agressée injustement. La litté québécoise ne m’interesse pas comme la littérature africaine par exemple. Je n’en ai jamais lu et ne porte donc aucun jugement dessus. C’est juste que c’est un univers qui ne m’attire pas. Mais bon si je comprends bien, la litté québécoise semble souvent ostracisé, d’où la réaction emportée de suzanne.
      Enfin bref, on s’est mal compris… C’est aussi le problème avec l’écrit, il n’y a pas toujours le ton pour la compréhension.
      Enfin tu n’y es pour rien chère Marie !

  13. 6 février 2010 at 2 h 10 min

    Super ! Génial ! Merci !
    Je viens de recevoir ce matin ton livre voyageur Le cadeau du froid !
    Ca tombe bien, je viens de finir un livre. Je le commencerai dès ce soir !
    Bon week-end !

    • 6 février 2010 at 6 h 21 min

      Euh oui c’est Marie L. qui te l’a envoyé
      Le hasard fait bien les choses et tu verras dimanche, tu l’auras terminé !
      Bon j’espère que tu aimeras…

  14. 6 février 2010 at 6 h 18 min

    En voilà un qui m’intéresse beaucoup. Mais bon, j’attends une éventuelle sortie en poche

    • 6 février 2010 at 6 h 26 min

      Je voudrais pas casser l’ambiance mais je viens de vérifier sur ma base de données professionnelles… et pas de sortie poche prévue pour les mois à venir…
      Pourquoi tu t’inscris pas au livre voyageur de Liliba … ?

  15. 6 février 2010 at 6 h 47 min

    Je suis inscrite à trop de livres voyageurs et au final, je ne lis plus que des livres voyageurs des prêts et des partenariats et plus rien de ma PAL Bref, c’est pas une priorité non plus ce livre, alors basta ! Déjà ce mois-ci, j’ai des sueurs froides pour arriver à tenir les délais

    • 6 février 2010 at 3 h 19 min

      Moi aussi mais au final, ils arrivent de façon bien détachée donc je gère !
      Mais bon je comprends tout à fait ton problème, crois-moi !
      Finalement, c’est les challenges qui me permettent d’attaquer la PAL !

  16. 6 février 2010 at 6 h 48 min

    Euh, j’aime pas le titre du dernier titre dans ta liste de billets à venir

    • 6 février 2010 at 3 h 23 min

      Je vois ce que tu veux dire mais tu verras dans le contexte, ça ne te semblera pas choquant.
      C’est l’histoire d’une famille du grand Nord qui est tellement pauvre qu’elle ne peut s’habiller que de peaux de phoques (pas très chaudes) au lieu de peaux de rennes ou d’ours. C’est un quolibet dont on les affuble. Bref, ici on tue pour se nourrir et se vêtir, pas pour le plaisir…

  17. 7 février 2010 at 7 h 41 min

    Oh, il a l’air vraiment bien ce livre ! Déjà c’est asiatique donc ça m’intéresse, mais si en plus elle compare les langues, je craque !
    Je note =D !

    • 7 février 2010 at 2 h 50 min

      C’est marrant, ça ne m’étonne pas ! :)

  18. 7 février 2010 at 9 h 08 min

    J’avais découvert ce livre grâce à Thracinée (http://thracinee.blogspot.com/2009/11/petit-dictionnaire-chinois-anglais-pour.html), elle avait piqué ma curiosité, tu ne fais que la renforcer :)

    • 7 février 2010 at 3 h 48 min

      Et bien voila 2 blogueurs de plus que je découvre !
      C’est un roman original qui est à noter en effet !

  19. 7 février 2010 at 9 h 59 min

    j’avais bien aimé c’était frais et original!

    • 7 février 2010 at 3 h 52 min

      Tu résumes bien !
      C’est bizarre, je ne suis pas tombé sur ton billet… je vais chercher ça !
      ah ba non je ne trouve pas… tu ne l’avais pas chroniqué ?

  20. 8 février 2010 at 8 h 17 min

    exact il n’a pas été chroniqué. je n’avais pas encore de blog à l’époque:)

  21. 8 février 2010 at 0 h 25 min

    J’ai adoré ce livre, les fautes d’anglais traduite sont amusantes à souhait

    • 8 février 2010 at 3 h 26 min

      Oui c’est ce qui fait son charme ! La traductrice a du en chier, je pense !

  22. 9 février 2010 at 6 h 35 min

    Je l’ai vu chez Clarabel, et tu m’offres là une belle piqûre de rappel!!

    • 9 février 2010 at 0 h 43 min

      Ben voilà ! Y’a plus qu’à !

  23. 9 février 2010 at 2 h 23 min

    Noté dans un coin de ma LAL ;) Bon j’espère que les erreurs lexicales de l’héroine ne sont pas trop dérangeantes quand même!

    • 9 février 2010 at 3 h 26 min

      Nan je te promets, c’est très lisible et ça rend l’héroine très attachante. On comprend mieux la difficulté d’intégration quand on n’arrive pas à communiquer.

  24. 10 février 2010 at 0 h 00 min

    Celui là je l’achète bientôt! Il a l’air original.

    • 10 février 2010 at 0 h 44 min

      Oui tout à fait ! Dommage qu’il ne sorte pas encore en poche …

  25. 28 février 2010 at 0 h 29 min

    Très beau billet ! J’ai hâte de lire enfin ce livre quand il va revenir à la maison…

    • 28 février 2010 at 1 h 18 min

      Je n’aurais jamais su l’envoyer en voyage sans l’avoir lu !!

  26. 28 février 2010 at 2 h 03 min

    Oui, tu peux admirer mon abnégation et ma générosité sur ce coup-là !!!

    • 28 février 2010 at 7 h 52 min

      Tout ça pour faire croire que ta PAL est petite

  27. 28 février 2010 at 0 h 38 min

    Choco, ma PAL EST petite ! 

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