Septembre en t’attendant – Alissa Torres

 

septembre en t'attendant 1

 

 

Scénariste : Alissa Torres

Dessinateur : Choi, Sungyoon

 Editeur : Casterman, Ecritures

Date de parution : Septembre 2009
Prix : 18 Euros

 ISBN :  9782203014374

215 pages

 

 

Note : 1,5 / 5

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Alissa Torres est enceinte de 7 mois. Son mari d’orinine colombienne vient de décrocher un nouveau boulot d’agent de change dans les bureaux du World Trade Center. Nous sommes le 11 Septembre 2001 et vous connaissez la suite…

Alissa découvre à la télévision les attentats et tente de rejoindre son compagnon. Bloquée dans les embouteillages, avec son gros ventre, elle ne parviendra pas à le retrouver. Et pour cause, comme des milliers d’autres, il périra dans les tours jumelles.

Commence alors pour la jeune femme, un vétiable parcours du combattant pour faire valoir ses droits d’épouse et de mère, et offrir à son fils une vie décente.

 

Vous l’aurez compris, Alissa Torrès raconte ici sa propre histoire. Nous allons découvrir sa rencontre avec Luis, jeune immigré avec qui tout va très vite : mariage, maison et enfin bébé.

Lorsqu’elle devient prématurément veuve, le ciel lui tombe sur la tête (sans mauvais jeu de mot). Tout d’abord incrédule, elle se persuade que son mari va finir par revenir à la maison. Puis, elle découvre qu’il fait partie de ceux qui ont sautés par la fenêtre…

 

Seule, enceinte et sans travail, Alissa doit très vite faire face aux difficultés économiques. De nombreuses organisations caritatives offrant leur aide aux familles des victimes, elle s’engage dans un laborieux processus administratif où elle doit monter de lourds dossiers, prouver que son mari était bien un employé de la firme, qu’il n’était pas un immigré clandestin, donner des justificatifs de toutes sortes et réclamer l’argent qu’on lui as promis pour payer ses factures et les couches du petit garçon qui est né entre temps.

Elle va évoquer sa solitude, les proches qui s’éloignent à qui on n’a plus rien à dire, la compassion du début face aux victimes du drame qui s’efface peu à peu,…

 

Alissa Torres nous plonge donc dans un parcours personnel mais hélas, bien trop personnel à mon goût…

Je dois dire que j’ai été très surprise de ne pas voir la tendre jeune femme en épouse éplorée. Loin de tomber dans le larmoyant, j’ai ressenti à grand peine sa souffrance devant la disparition de son mari pour me noyer dans le dédale des démarches administratives. Focalisant sur ses difficultés économiques que l’auteur nous offre jusqu’à plus soif, j’ai trouvé que l’aspect plus « humain » et plus sensible n’était finalement pas franchement présent dans cet album où on attendait tout de même plus concrètement un tant soit peu de tristesse face à cette perte.

Tout l’album tourne autour de sa petite vie. Aucun parallèle n’est fait avec les autres victimes et on a l’impression que seule sa situation compte. Bref, à l’instar de ses propres amis, j’ai fini par être très agacé de ses récriminations constantes, de ses plaintes et de ses réclamations systématiques pour obtenir de l’argent.

La jeune femme vit un deuil, d’accord c’est difficile, son mari est mort et elle doit assumer toute seule. Dans son cas, les attentats sont la cause du décès. Mais comment font les familles de décès par accident, par meurtre, par maladie ? Sont-ils tous à quémander sans arrêt de l’argent ?

En gros, j’ai fini par être choqué de son statut d’assistée dans lequel elle s’enferre sans se poser de questions. Elle réclame des indemnités qu’elle estime lui revenir de droit et s’étonne que ses proches ne comprennent pas ses difficultés.

 

On y trouvera tout de même une critique intéressante de l’Etat américain dans sa façon de gérer le drame, l’obscénité des médias qui utilisent les victimes pour faire de l’audience mais pas suffisamment pour me faire oublier les plaintes de l’auteur / héroine…

 

Bref, je suis restée totalement hermétique à cet album qui en plus n’offre pas un dessin exceptionnel.

 


Pour voir d’autres avis :

ClarabelJoelle plus enthousiastes et Mo’ la fée et Esmeraldae plus mitigées.

 

 

 

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32 comments for “Septembre en t’attendant – Alissa Torres

  1. 9 mai 2010 at 9 h 40 min

    Je vois que ce n’est pas cet album qui me fera succomber à une BD…

    • 9 mai 2010 at 3 h 00 min

      je dois dire que non… Essaye un Chabouté (et hop, je case mon chouchou dans la conversation lol)

  2. 9 mai 2010 at 0 h 32 min

    Mince, je l’avais noté celui-là. Je te trouve un peu dure envers cette jeune femme. Malheureusement, beaucoup de gens doivent se battre contre les injustices quand le malheur les a frappés, et justement pas uniquement dans ce genre de grande catastrophe. j’en vois assez souvent, pour des accidents du travail ou autres cas du genre.

    • 9 mai 2010 at 3 h 06 min

      J’entends bien Manu mais je m’attendais tout de même à un album fort où le personnage pleure au moins un peu son mari… et bien, non, de mémoire, je crois qu’elle ne verse pas une larme !

      elle préfère se perdre dans la recherche de tunes. Après que son bébé soit né et qu’il ait un peu grandi, elle pourrait chercher du travail par exemple au lieu de courir les organisations caritatives. LA vie n’est pas facile parfois, côté finances (et je sais de quoi je parle) mais rester dans l’assistanat n’est pas une solution.

      Lis-le ! ça serait intéressant justement de confronter nos avis !

  3. 9 mai 2010 at 0 h 33 min

    avec le recul, je crois que tu mets effectivement le doigt sur quelque chose que j’avais eu du mal à identifier mais je te rejoints sur l’avis que tu fais : ça frise le pathétique à certains moments. A regrets, elle est très matérialiste cette auteure. Avec sarcasme, je dirais volontiers que la publications de son album a du la réconforter financièrement mais oui : on oublie l’humain pour se concentrer sur autre chose. Elle ne parvient pas à se séparer du statut de victime dont elle s’est affublée. Pour le reste, le regard qu’elle offre sur les dispositifs américains d’aide à la personne n’est effectivement pas dépourvu d’intéret.

    • 9 mai 2010 at 3 h 17 min

      Ah ! quand je suis retourné voir ton avis, j’avais en tête que tu avais beaucoup apprécié et que tu allais me descendre sur cet avis négatif lol. Bon en fait, tu étais mitigée !

      J’ai lu cette bd, il y a 15 jours déjà et je n’en garde vraiment pas un bon souvenir…

      C’est dommage car ça aurait pu être un témoignage très humain et très pudique sur comment on vit après un deuil si hors-norme et finalement on tombe dans le matérialisme. Finalement, comme tu le disais, d’un côté elle refuse le côté voyeuriste de son image dans les médias (le bébé filmé par la tv) et de l’autre joue leur jeu en faisant un album qui raconte sa propre histoire (sorti en plus en septembre, comme par hasard…).

      N’a-t’elle pas voulu elle-aussi surfer sur le côté empathique des gens et l’aspect anniversaire du drame pour que l’on parle d’elle ? Bref, moi les gens qui se plaignent et qui affichent leur douleur en bandoulière, je passe mon tour.

  4. 9 mai 2010 at 0 h 38 min

    Si l’aspect humain est trop négligé, je préfère m’abstenir. C’est quand même le plus fondamental, même si l’aspect matériel n’est pas négligeable.

    • 9 mai 2010 at 3 h 19 min

      Si on résume oui, l’humain est plutôt noyé sous un flot de plaintes financières… Alors que je m’attendais à un témoignage fort, j’ai été très déçue…

      Dans l’album, elle parle de ses amis qui s’éloignent et qui lui reprochent justement son assistanat. Et bien, je rejoins allègrement leur groupe !

  5. 9 mai 2010 at 2 h 18 min

    Hum, trop pathos pour moi on dirait… et les dessins n’ont effectivement pas l’air fantastiques. Tant pis, c’est sans regret !

    • 9 mai 2010 at 3 h 20 min

      Oui sans regret !

      Lis Chabouté si tu ne l’as pas encore découvert (et hop, une deuxième mention glissée là mine de rien )

  6. 9 mai 2010 at 3 h 51 min

    oui, elle est en totale contradiction parfois (elle dit ne pas vouloir se montrer en public et surexploite notamment la nausée que lui crée l’invitation à témoigner lors d’une émission télévisée… et elle se déverse assez dans son ouvrage). Particulier. Je ne me rappelle plus la date de publication aux Etats-Unis (combien de temps entre les événements et la mise en vente de son témoignage), mais serait très curieuse de lire les propos qu’Alissa TORRES pourrait tenir à l’égard de ce travail d’écrit qu’elle a fait. Grosso modo, je voudrais savoir si elle a pris du recul sur les événements. A plusieurs reprises, je me suis posée la question de savoir à quel point le traumatisme causé par la perte brutale de son compagnon et les circonstances de ce deuil « étriquent » la liberté de faire son propre deuil. Je pense aussi au Pays des Cerisiers de KOUNO (je ne sais pas si tu as lu) : Hiroshima, 10 ans après le larguage de la bombe, les habitants masquent leur traumatisme derrière une forme de culpabilité (pouquoi ont-ils été choisis comme cible ? le monde semble banaliser leur cicatrices, pourquoi ?…). Bref, Kouno était parvenu à relater cela avec justesse, TORRES semble s’être embourbée dans un nombrilisme qui noit le message qu’elle veut passer.

    • 10 mai 2010 at 9 h 37 min

      Oui en effet, ça serait intéressant de connaitre son avis sur la question, la maturité qu’elle a du prendre sur tout ça. Elle dit qu’elle a fait cet album pour laisser une trace du père pour son fils mais finalement le père est assez peu présent dedans. Je me demande comment son fils lira cet album…

      Oui j’ai lu le pays des cerisiers, que j’ai beaucoup aimé d’ailleurs ! On est là dans l’exact inverse. Extremement touchant alors que le drame est évoqué de façon très légère, très intérieure. Heureuse qu’on soit du même avis !

  7. 9 mai 2010 at 6 h 19 min

    C’est peut-être par pudeur qu’elle n’a pas montré sa peine ? Peut-être pas le but de son album ? Bref, je me fais l’avocat du diable Cela dit, je ne suis plus sûre d’avoir envie de le lire du coup

    • 10 mai 2010 at 9 h 39 min

      De la pudeur… non on ne ressent pas ça. Au contraire, elle étale à outrance ses soucis. Sauf que ces soucis sont plus matériels que psuchologiques…

      T’es obligée de le lire maintenant !! tu le défends alors bon tu n’as plus le choix !!

      et ça serait interessant de connaitre ton avis à rebours !

  8. 9 mai 2010 at 7 h 03 min

    Cette femme a sans doute du retomber sur ses pattes rapidement.

    Veuve, enceinte de 7 mois et sans argent, il m’apparait certain qu’elle a du revoir ses priorités et remettre son chagrin à plus tard. Instinct de survie? Les réactions face à un même événement peuvent être très différentes d’une personne à l’autre.

    Cela dit, construire sa vie et celle de son enfant uniquement sur un décès, ça n’est effectivement pas une solution à long terme…

     

     

    • 10 mai 2010 at 9 h 44 min

      Certes, mais faire un livre sur sa façon de se débattre dans les procédures administratives n’a alors aucun intérêt… Ce n’est pas vraiment ce que j’attendais d’un album qui parle d’un deuil d’après 11 septembre…

  9. 10 mai 2010 at 0 h 26 min

    Elle n’a pas voulu parler de la perte d’un être cher mais de tous les « à-côtés » qui se mettent en place dans des cas similaires et dont presque personne ne parle. Elle ne peut parler que de sa propre expérience car c’est ce qu’elle a vécu et qu’elle ne fait pas ici un travail d’enquête journalistique et je ne le vois donc pas comme une histoitre égo-centrique ! A ce moment, tous les blogs sont égo-centriques car nous parlons tous de notre propre ressenti de lecture ;) mdr !

    • 10 mai 2010 at 0 h 02 min

      Je dois dire que je n’attendais pas qu’elle me parle de ses fameux a-côtés. Ils prennent quasiment toute la matière de l’album et c’est dommage. Il y a des choses intéressantes pourtant et elles auraient plus de valeurs si elles avaient été plus diluées.

      J’entends bien que son expérience lui est propre mais la mort a tout de même une portée universelle que je n’ai pas retrouvé ici. En gros, je l’ai presque trouvé insensible à cette perte…

      Tu es dure de comparer avec nos blogs. Ce n’est pas vraiment la même chose !

      Nos avis de lectures sont une forme de conseil. Mais qu’est-ce Torrès cherche à nous faire passer dans cet album ? Parce que bon je ne juge pas son attitude, elle gère son deuil comme elle veut / peut, mais le  but de l’album c’est quoi ? Moi je cherche encore…

  10. 10 mai 2010 at 5 h 46 min

    Ce que tu en dis ne me donne pas envie de découvrir cet album. Je comprends tout à fait la difficulté de la situation dans laquelle l’auteure s’est retrouvée, mais je pense qu’il faut agir pour s’en sortir et ne pas toujours compter sur les autres, le gouvernement etc. Bref, je crois que le ton de ce livre m’irriterait très vite.

    • 10 mai 2010 at 0 h 07 min

      Les avis sont partagés. Je n’ai effectivement pas été sensible à son approche. Je déteste moi aussi les gens qui se plaignent sans se battre. Bon, la nana se bat mais pas forcément pour les bonnes choses selon moi. DAns son cas, j’aurais moi aussi profité de la mane financière qui m’était offerte mais de là à réclamer mon dû comme si c’était un droit…

  11. 10 mai 2010 at 0 h 31 min

    une lecture mitigée pour moi. on sent bien l’américain derrière tout ça!

    • 10 mai 2010 at 0 h 48 min

      Ah ben mince, j’ai raté ton billet quand j’ai listé les avis… En plus, j’avais laissé un com lol

      Je te rajoute à ma liste des mitigées !

       

  12. 10 mai 2010 at 0 h 35 min

    Peut-être que c’était justement là le but de l’auteure que de se démarquer en donnant un éclairage nouveau aux dessous du drame?

    Bon, évidemment le pragmatisme tue l’émotionnel pour le coup…

    • 10 mai 2010 at 0 h 45 min

      rhaaaaa ! Lis le et on en reparle hein !

  13. 10 mai 2010 at 0 h 48 min

    Mais j’ai jamais dit que je voulais le lire

    • 10 mai 2010 at 0 h 50 min

      Alors arrête de le défendre lol !

  14. 10 mai 2010 at 0 h 52 min

    Ah non je ne défends pas, je me contente de présumer et de te titiller ^^

    • 10 mai 2010 at 0 h 58 min

      C’est réussi ! ^^

      Tu ferais mieux d’aller regarder Arte au lieu de dire des bêtises :)

  15. 10 mai 2010 at 1 h 08 min

    J’ai pas la teloche moi madame et puis je n’en aurais pas le temps. Entre mes gazouillis à rédiger et la pile de linge qui attend que je repasse derrière elle, je ne sais plus où donner de la neurone…

    Bon ben je te laisse avec tes thons rouges.  La carnassière que je suis a les crocs et part évider son sanglier ^^

     

     

    • 10 mai 2010 at 2 h 25 min

      aaaaaah j’avais oubliée que tu étais arriérée

      Ce n’est pas avec mes thons rouges (qui soit dit en passant ne sont pas arrivés) que j’ai passé la soirée… mais avec LE film de mon COEUR qui me bouleverse toujours autant…

  16. 11 mai 2010 at 2 h 07 min

    Vu la note que tu as collé à cette BD, je n’aurai pas de remord de passer à côté…  

     

    • 13 mai 2010 at 5 h 51 min

      Ouais mais tu devrais en avoir pour les autres que tu as allègrement snobés…

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