Le vieux jardin – Hwang Sok-Yong

vieux-jardin 01En Corée. Après 18 ans d’enfermement, O Hyônu sort enfin de prison. Son seul crime est d’avoir participé au soulèvement de Kwangju, en 1980. Le dictateur Park Jeong-Hui vient de tomber et la jeunesse de Séoul manifeste à grand bruit son désir d’émancipation et son envie de réconciliation avec la Corée du  Nord. Les manifestants furent durement réprimés et bon nombre de réseaux furent démantelés.

Voici donc notre héros, parachuté du jour au lendemain, dans le monde extérieur. Il va devoir réapprendre à vivre par et pour lui-même, affronter les autres, retrouver son passé et surtout la femme aimée, le professeur Han Yunhi,  dont il n’a pas eu de nouvelles depuis une dizaine d’années.
Le lecteur va suivre pas à pas son retour à la vie normale et plonger dans les souvenirs de notre homme qui, en partant sur les traces de Yunhi, va nous faire revivre tout une période tumultueuse de l’histoire coréenne.

 

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Car « Le vieux jardin », contrairement à ce que dont je m’attendais se révèle plus une grande fresque politique qu’une histoire d’amour. En suivant le fil des souvenirs de O Hyônu, on va découvrir un homme brisé par le pouvoir politique. Détenu dans des conditions extrêmes, il a souffert du froid, de la faim et de la solitude. A sa sortie, c’est un homme qui ne sait plus prendre de décisions de son propre chef et qui a peur de se déplacer seul dans la rue. La seule chose qui l’a fait tenir c’est le souvenir de Yunhi, celle qui vivait à ses côtés de façon peu officielle (ils n’étaient pas mariés). Nous allons très rapidement apprendre que cette dernière est morte, hélas.
Désormais, O Hyônu n’a plus que le souvenir. Il décide de retourner vivre quelque jours dans la maison qu’ils habitaient ensemble. Il y découvrira le journal intime de Yunhi.
Ainsi, à travers les souvenirs de O Hyônu et le journal de Han, va se dérouler toute une époque : le contexte politique qui précéda le soulèvement de Kwangju, la répression et la traque des militants, les dissidents qui vivent clandestinement et qui continuent de s’engager politiquement, les amis arrêtés et ceux qui disparaissent,… et la souffrance de voir ses proches en prison, l’attente infinie, le désarroi de devoir continuer à vivre seule envers et contre tout, le courage à trouver pour ceux qui restent,…
Un très bel échange s’instaure entre les amants, qui s’aiment encore et toujours, au delà de la mort et du temps. Leurs voix alternent et donnent une grande force à ce récit qui n’en manque pas.

   » En reprenant contact avec Yunhi, j »étais devenu l’Autre. J’existais ici de façon concrète à travers cet Autre. Celui qui avait été enfermé dans une cellule d’isolement n’était pas O Hyônu, mais le mille quatre cent quarante quatre dont la conscience de soi n’avait plus pour but que de lui garder une dignité humaine en sauvegardant coûte que coûte les pensées et les comportements du passé pour lui permettre de survivre au pire. Grâce à l’Autre, j’étais à présent en train de retrouver le chemin de ce bas monde. « 

« Le vieux jardin » est donc un très grand livre qui oscille entre roman historique, réflexion politique sur l’engagement, dénonciation des oppressions, texte sur la mémoire et histoire d’amour condamnée d’avance. Un roman extrêmement réaliste, surtout lorsque l’on sait que l’auteur a lui même été emprisonné plusieurs années. Un roman mélancolique et quelque peu amer sur une génération engagée qui rêvait d’une vie meilleure mais qui a perdu toutes ses illusions.
Mais un roman très émouvant aux personnages poignants dont les sentiments transcendent toute la souffrance du monde, par leur beauté, leur force et leur durée.

Je vous invite chaudement à le découvrir !

  « Nous changeons comme une montagne de terre peu à peu usée par le vent et la trace que nous laissons dans le monde est bien différente de celle que nous avions imaginée au départ. Que peut-on faire ? Il reste encore tant de jours dont nous ne savons rien. « 

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Titre : Le vieux jardin
Auteur :
Hwang Sok-Yong
Editeur : Zulma
Date de parution : 2005
Prix : 23,50 €
576 pages

 

A noter :
Le vieux jardin a été adapté au cinéma par Im Sang-Soo, en 2007.

 Vieux-Jardin-2L’adaptation cinématographique se révèle un bon film mais je dois reconnaitre que j’ai été un poil déçue. Il n’est bien sur pas évident de retranscrire en 2h de film un pavé de presque 600 pages.  Ce qui m’a le plus gêné en fait est de l’ordre de la construction du film.

La première partie qui suit le héros à sa sortie de prison se concentre plus particulièrement sur la partie contemporaine du récit : son retour parmi les siens, ses retrouvailles avec des anciens camarades et son retour aux sources à la maison de Yunhi où il va découvrir ses carnets, ses peintures et un secret que cette dernière lui avait caché (et que je ne vous révèlerais pas !). La partie plus politique n’est que légèrement abordée et les difficultés de réinsertion de O Hyonu, complètement oubliées. Au final, cela donne une moitié de film plus concentrée sur l’aspect romantique de l’histoire.

La seconde partie du film, elle, tourne beaucoup plus autour de Yunhi, de leur passé ensemble, des implications politiques de chacun et de la vie de la jeune femme suivant le départ de son homme. Cette séparation qui me semble assez nette dans le film n’existe pas dans le roman qui entremêle habilement les époques et les narrateurs pour dresser un portrait de leur histoire. On pourra même regretter une utilisation plus importante de voix off pour Yunhi qui parle à O Hyônu, à travers ses carnets. Le procédé est quasiment absent et du coup, réduit l’échange post-mortem que les 2 amants entretiennent.

Je m’attendais à un film très fort, qui réussisse à me faire pleurer d’émotions mais ce n’a pas été le cas.
Malgré cette organisation du sujet qui me semble faire perdre de la force au récit, le film reste malgré tout un témoignage intéressant. L’implication politique des militants, leurs combats, leurs espoirs nous donnent à voir des scènes fortes et parfois difficiles (je pense à une immolation par le feu, par exemple). Le scénario reprend parfaitement les éléments essentiels du roman et ce qui a été élagué n’est pas de l’ordre de l’essentiel. Les personnages, tout en émotions contenues, n’en font jamais trop et le film ne tombe jamais dans le mélo dégoulinant.

Bref, le film « Le vieux jardin » se révèle pour moi une bonne introduction sur le sujet et permettra surement de donner envie d’aller se plonger dans le roman autrement plus dense et plus fort. L’inverse décevra peut-être un peu.

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8 comments for “Le vieux jardin – Hwang Sok-Yong

  1. 7 décembre 2010 at 2 h 27 min

    Ce livre ne peut que me plaire ! C’est noté !

    Pour rejoindre ma pal, il attendra un peu car la liste que je suis en train de commander au Père-Noël est déjà terrifiante…  

    • 8 décembre 2010 at 1 h 12 min

      Il n’existe pas en poche, en plus… et c’est un énooorme pavé !

  2. 7 décembre 2010 at 6 h 06 min

    Je lis très peu de littérature asiatique (euh… jamais en fait, en tous cas pas depuis que j’ai ouvert mon blog, une honte!) mais tes billets deviennent de plus en plus tentants, surtout celui-ci. Si tu me parles d’histoire et de politique, je résiste difficilement. Ca me paraît aussi moins contemplatif que la littérature japonaise, je me trompe?

    • 8 décembre 2010 at 1 h 16 min

      Je ne connais pas bcp la littérature coréenne mais c’est sûr que pour ce roman-ci, il n’y a rien de contemplatif !

  3. cathulu
    7 décembre 2010 at 8 h 11 min

    La Corée m’intéresse mais, allergique aux fresques historiques, je passe !:)

    • 8 décembre 2010 at 1 h 17 min

      Je ne suis pas fan non plus des romans historiques mais là, ça s’entremêle avec l’histoire d’amour et j’ai trouvé le sujet très intéressant !

  4. 7 décembre 2010 at 0 h 19 min

    J’allais écrire que le film me tente davantage que le livre, et je me souviens alors qu’il se trouve enregistré quelque part chez moi depuis un bon bout de temps… ben, y a plus qu’à… le regarder.

    • 8 décembre 2010 at 1 h 17 min

      Depuis un bout de temps ?! Tu n’as plus aucune excuse maintenant !

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