Le cahier bleu – James A. Levine

 

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Auteur : James A. Levine

Editions :

Buchet-Chastel – Janvier 2010 – 228 pages – 19€

Pocket – Janvier 2011 – 248 pages – 6,50€

 

 

 

Batuk est une jeune indienne de 15 ans. Le récit que nous lisons est une sorte de journal intime où elle y déverse sa vie et ses souffrances. Car Batuk n’est pas une jeune fille comme les autres… Nous allons très vite découvrir qu’elle a été vendue par sa famille pour devenir prostituée, à l’age de 9 ans.

Sa vie est très difficile et son seul espace de liberté est ce carnet et ce crayon qu’elle trouve un jour et qui lui permettent de raconter son histoire. Ses souvenirs et les histoires qu’elles inventent lui permettent de tenir mais parfois la violence de l’homme est plus forte.


 

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Batuk est une petit campagnarde dont la famille a des difficultés financières. Elle vit avec ses frères et soeurs à l’écart de la ville et se berce des contes que lui raconte son père. La tuberculose qui la maintient à l’hopital pendant de nombreuses semaines lui permet d’apprendre à lire et à écrire. Ses parents sont fiers et espèrent qu’elle fera des études. Hélas, un jour, le père de Batuk l’emmène à Bombay.

La petite fille comprendra plus tard que son père l’a abandonné et vendue pour devenir une esclave sexuelle. Elle a 9 ans, elle est vierge et des hommes se battront aux enchères pour obtenir une première nuit « d’amour » avec elle…. Ainsi commence sa nouvelle vie…

S’ensuit alors le parcours de la jeune indienne. Séquestrée dans un bordel, on assiste à son quotidien : les visites des hommes attirés par sa jeunesse, le rôle qu’elle a appris à jouer, son apprentissage de prostituée dans un pseudo « Orphelinat », les visites des policiers qui se font payer en nature pour fermer les yeux, mais aussi son amitié avec le jeune Puneet , seul garçon de l’établissement qui se verra bientôt enlever sa masculinité.

Parallèlement elle évoque sa jeunesse heureuse, les veillées familiales, sa capacité à lire et écrire qui est une chance pour son milieu.

Plus loin, nous la verrons évoluer dans un hotel de luxe. Sa compagnie a été achetée très chèrement pour le fils d’un homme de pouvoir. Violent et impuissant, il va faire de batuk son esclave et lui faire payer ses défaillances.


 

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Vous l’aurez compris, ce récit vous plonge dans un déluge d’horreur : violence morale, coups physiques, viols, etc… Vous aurez droit à toutes les ignominies que cette petite fille va subir.

Et autant vous le dire tout de suite, je n’ai pas du tout aimé ce récit !

L’intention de l’auteur est certainement louable. Médecin ayant enquêté sur le travail des enfants, Lévine a voulu témoigner de l’existence encore trop courante de ces petites esclaves sexuelles. Il faut savoir qu’il existe plus d’un million d’enfants prostitués en Inde.

Sauf que le récit, écrit comme une sorte de témoignage réaliste, en prend tellement la forme que je me serais cru dans un de ces nombreux textes qui n’offre aucun intérêt littéraire et se contente d’offrir voyeurisme et sordide à souhait.

En effet, je n’ai pas attendu Monsieur Lévine pour connaître l’existence de ces esclaves sexuelles indiennes, hélas. Je n’ai rien appris avec ce roman, je suis juste tombé dans un abîme de dégoût à voir les sévices subis, étalés ici avec un luxe de détails dont on se serait bien passé.

Le roman aurait pu être aussi fort sans cette insistance sur les aspects glauques de l’histoire.


 

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Au niveau de l’écriture, on oscille entre naiveté et maturité. Vu la situation de cette gamine projetée dans un monde adulte, on peut comprendre cette ambivalence. Néanmoins, la voir nommer l’acte sexuel « faire du pain au lait » à 9 ans est tout à fait concevable mais le fait l’est beaucoup moins à 15 ans, au bout de 6 ans de prostitution. De même, le sexe de l’homme se trouve affublé d’un surnom (?) indien qui est censé adoucir le terme si je puis dire ; l’anus est le « trou marron », le sexe féminin un « lapinou ». Mais quand on voit la crudité de certains actes décrits ici, on se demande bien l’intérêt d’une telle précaution. On peut également douter du niveau de langue d’une personne qui n’a que quelques semaines d’apprentissage de la langue mais passons.

C’est fort dommage car le roman recèle malgré tout de beaux passages. Mais le rapport à l’écriture de Batuk ne m’a pas semblé suffisamment exploité au profit de son quotidien de prostituée.

 

 » Je ne sais pas trop dans quel but j’écris, mais je frissonne à l’idée qu’un jour je puisse regarder en arrière et lire de quel façon je me suis liquéfiée dans mon encre jusqu’à n’être plus rien – juste lui appartenir. « 

 

 

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« Le cahier bleu » est bien évidement un livre dérangeant sur un sujet difficile, qui ne laissera personne indifférent. Certains trouveront qu’il fallait que ce soit dit et que la situation des enfants esclaves doit être mis en avant. Certains découvriront peut-être le sort de ces jeunes indiens.

Tout le monde l’a trouvé bouleversant et nécessaire… Pas moi…

 

A noter :

Les droits d’auteur du livre seront reversés au centre international pour les enfants disparus et exploités : www.icmec.org


 

Les avis de Stephie, Clara, Gambadou,… d’autres ?

 

 

 

 

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Les photos de l’article sont de Mary Ellen Mark

Je vous invite à aller découvrir les autres photos de son reportage

au sein de Falkland Road, l’une des pires rues de Bombay…

Parfois les images parlent plus que les mots…

 

 

 

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Merci à BOB et aux Editions Pocket !

 


31 comments for “Le cahier bleu – James A. Levine

  1. 11 février 2011 at 8 h 03 min

    J’en suis à peu près à la moitié du livre et les photos que tu montres me frappent plus que ma lecture, j’ai un peu de mal à accrocher avec cette histoire même si je trouve Batuk assez attendrissante

    • 11 février 2011 at 4 h 29 min

      Oui c’est certain qu’on ne peut rester insensible à cette jeune fille. Je suis curieuse de connaitre ton avis définitif !

  2. 11 février 2011 at 9 h 10 min

    Je passe mon tour, merci bien, pas très envie de découvrir les aspects sordides de la vie de cette pauvre petite. Imaginer me suffit !

  3. 11 février 2011 at 0 h 57 min

    très interessant :)

  4. 11 février 2011 at 2 h 14 min

    D’autres billets laissaient penser à un livre moins dérangeant ou moins glauque?

    • 11 février 2011 at 4 h 52 min

      Mouais… je le trouve vraiment « too much » moi…

  5. 11 février 2011 at 3 h 32 min

    Ton billet reflète les craintes que j’ai à entamer la lecture de ce livre. Faut-il entrer autant dans les détails sordides pour parler du problème ?

    • 11 février 2011 at 4 h 53 min

      C’est bien mon opinion… Un livre plus profond avec moins de détails concrets m’aurait semblé bien plus fort et aproprié à un combat contre ces violences…

  6. 11 février 2011 at 3 h 57 min

    Ce livre au premier abord m’attirait vraiment mais plus vraiment maintenant. Je vais lire d’autres articles bien sûr mais je freine un peu des deux pieds ; je ne vais pas sauter dessus tout de suite.Il va falloir que j’en lise des articles très élogieux pour changer d’avais.

    • 11 février 2011 at 4 h 57 min

      Je suis désolée de casser l’ambiance avec mon avis ! Mais bon comme ce texte se présente comme un roman, je m’attendais à quelque chose de plus travaillé, qui s’éloigne de l’aspect témoignage qu’on peut trouver partout… A voir donc, les autres lecteurs semblent moins critiques  que moi…

  7. 11 février 2011 at 6 h 01 min

    tu as raison sur le côté glauque trop présent, surtout à la fin ! mais ç’est un livre très fort dont la lecture reste en mémoire

    • 11 février 2011 at 6 h 28 min

      Oui c’est clair, on ne peut pas l’oublier !!

  8. 11 février 2011 at 7 h 04 min

    Je passe le livre mais je vais voir ces photos qui me donnent la nausée.

    • 13 février 2011 at 4 h 52 min

      Je les trouve d’autant plus fortes qu’elles ne sont pas fabriquées…hélas…

  9. 11 février 2011 at 7 h 58 min

    Celui-là, je sais d’avance qu’il est beaucoup trop difficile pour moi…

    • 13 février 2011 at 4 h 55 min

      C’est certain qu’il faut avoir le coeur bien accroché !

  10. 11 février 2011 at 9 h 27 min

    il m’a fallu plusieurs « étapes » pour le lire, encaisser certaines phrases ( ou mots)  et leur dureté.

    Je trouve les photos plus sordides que le livre.

    • 13 février 2011 at 4 h 58 min

      Oui les photos sont dures mais je trouve qu’il n’y a rien de voyeur malgré tout, contrairement au bouquin.

  11. 13 février 2011 at 1 h 25 min

    la nécessite morale de parler de ces choses et de les combattre est une chose, en faire un bon en est une autre.

    • 13 février 2011 at 5 h 20 min

      oui, tu résumes très bien mon sentiment en fait !

  12. 13 février 2011 at 8 h 17 min

    j’ai un peu honte de mon com, faute sur nécessité qui a oublié un accent, et j’ai carrément oublié le mot bouquin…Heureusement, tu m’as quand même comprise! ;)

    • 14 février 2011 at 3 h 50 min

      Oula t’inquiètes pas, A tapoter sur un clavier, on fait tous des fautes ! oui j’ai tout compris

  13. 13 février 2011 at 9 h 04 min

    Je ne me sens pas d’attaque pour le lire, je passe….

     

    • 14 février 2011 at 3 h 59 min

      Pas moi qui te pousserais hein…

  14. 15 février 2011 at 4 h 30 min

    Je n’avais pas vraiment envie de lire ce livre et tu confirmes. En fait je croyais que c’était trop dans l’émotionnel pour moi mais si en plus ça en rajoute dans le sordide, je passe sans hésiter. Lire un reportage sur les horreurs qui se passent dans le monde ne me gêne pas du tout mais pas besoin d’en rajouter en détails sordides dans un roman pour sensibiliser le lecteur. Je trouve l’approche de Mary Ellen Mark plus saine au final. Oui les photos sont choquantes (mais ces couleurs sont tellement belles…) mais en lisant la présentation sur son site, on sent vraiment l’affection qu’elle a pour ses filles, elle n’essaie pas de rajouter de la « crasse » à leur vie. Enfin bref, merci pour la découverte de ce courageux reportage photo. Pour le livre, c’est définitivement non!

    • 16 février 2011 at 3 h 01 min

      Je suis entièrement d’accord avec toi ! Si le livre avait été un document les choses auraient peut-être été différentes mais comme nous sommes face à un roman, cette succession de détails trop appuyés m’a semblé inutile pour comprendre le propos.

      LA photographe, même en montrant les prostituées et leurs clients, se contente de montrer sans en rajouter. Paradoxalement, je trouve qu’il y reste une certaine pudeur.

  15. 16 février 2011 at 3 h 30 min

    Je passe, je n’ai plus la capacité morale à absorber ce genre d’horreur ! Les hommes sont vraiment des bêtes !

  16. 16 février 2011 at 9 h 02 min

    Ca me tente un peu au départ, mais là j’ai pas du tout envie de le lire ! Je n’aime pas le genre de détails glauques surtout lorsqu’ils ne sont pas nécessaires ! Je passes mon chemin !

  17. 18 février 2011 at 7 h 06 min

    OOps, je viens de prendre une claque en lisant ton billet avec les photos. J’ai lu lelivre l’an dernier, il m’avait vraiment « remuée »

    • 18 février 2011 at 3 h 30 min

      Désolée pour les photos mais elles me semblent plus vraies que ce roman.

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