Trop n’est pas assez – Ulli Lust

 

trop n'est pas assez 01

 

Auteur : Ulli Lust

Editeur : ça et là

Date de parution : Novembre 2010

Prix : 26 €

  463 pages

 

 

Vienne, 1984. Ulli est une jeune fille autrichienne de 17 ans, une gentille punkette qui passe son temps avec les copains à refaire le monde et à boire. Les chambres sont squattées par les uns et les autres. L’ambiance est plutôt libertaire et la famille assez loin. Un jour débarque Edi, une nana quelque peu délurée qui n’a pas froid aux yeux. Les deux sympathisent et décident de partir sur un coup de tête pour prendre la route, direction l’Italie. Mais le goût de l’aventure et de l’interdit les mèneront surement un peu plus loin qu’elles ne l’auraient souhaités.

 

Parties les mains dans la poche, sans passeport, sans bagage, sans argent et sans prévenir personne, Edi et Ulli sont pourtant bien décidés à franchir la frontière et à prendre du bon temps. En faisant du stop et en prenant des chemins détournés, elles débarquent en Italie, joyeuses et insouciantes. Pourtant sur place, elles rejoignent le milieu des marginaux et découvrent la nécessité de la survie : il faut trouver de l’argent de quelque manière que ce soit. Mendicité, vols et bientôt offres de gâteries diverses pour avoir à manger. La violence règne, les bastons sont récurrentes, la drogue fait aussi des ravages et la mafia n’est pas loin. Si Edi couche sans scrupules avec des hommes pour un simple repas ou par pur plaisir, Ulli a un peu plus de mal avec tout ce qui touche au sexe.


   » Même si je m’efforçais de jouer les dures à cuire, mes besoins érotiques étaient étonnamment innocents. Embrasser, des câlins, je trouvais ça super. La baise, je m’en fichais. « 

 

Passant de Vérone à Rome puis s’enfonçant un peu plus vers le Sud et la Sicile, les 2 amies vont peu à peu découvrir que les italiens sont de plus en plus intéressées par les parties de jambes en l’air potentielles qu’elles représentent. Leurs regards se faits de plus en plus lourds et leurs demandes de plus en plus insistantes. Pour eux, une étrangère est une fille facile, voire une pute.

 

 » Le pire, c’est d’être matée et pelotée sans arrêt, le viol mental. D’être traitée comme un petit toutou, qui par hasard sait parler. Mais ce que toutou dit, tout le monde s’en fiche. « 


Le mode de vie des 2 punkettes basé sur la liberté commence à trouver ses limites et se fait de plus en plus inquiétant. A raison car le drame finit par arriver. Ulli perd le contact avec Edi mais continue malgré tout son voyage seule. Elle tombe de déchéance en déchéance et ses retrouvailles avec Edi n’y changeront rien.

Edi, inconsciente, les entraine dans les mains de mafieux sans scrupules avant d’abandonner son amie.

Les 2 mois de voyage se termineront abruptement. Ulli rentrera chez elle, seule, avec ses illusions perdues.

 

Récit autobiographique, « Trop n’est pas assez » est la chronique amère et violente d’un voyage initiatique qui conduira notre héroine sur la voie du désenchantement.

Exaltée par la liberté et les interdits bafoués, Ulli va pourtant découvrir la face noire des hommes.

L’idéal punk et ses idées libertaires sont bien mis à mal dans ce récit qui n’épargne pas non plus l’amitié et ses petites trahisons.

L’auteur décrit, sans complaisance aucune envers elle-même et avec beaucoup de recul et d’à-propos son expérience quelque peu borderline qui l’a emmené au-delà des limites qu’elle souhaitait. Cru et sans équivoque, elle évoque sans pudeur la sexualité, devenue un moyen de se protéger, de se nourrir plutôt que de se donner du plaisir.

Un récit toujours sur le fil mais qui ne tombe pas dans le glauque et sait se ménager des passages plus légers où l’humour affleure.

L’odyssée italienne d’Ulli est entrecoupée ici de passages textuels, extraits de son carnet de voyage, donnant ainsi une résonnance encore plus forte et réaliste de son périple.

Ce voyage en Italie restera indélébile pour Ulli, marquant d’une certaine manière la fin de l’enfance et de ses illusions. Découvrant la cruauté et l’oppression masculine, son regard sur le monde sera à jamais changé et laissera place à une vision plus féministe des choses.

 

On notera le graphisme, plutôt surprenant avec sa bichromie dans les tons verts, et son trait simple assez expressif qui sert bien le propos.

 


Prix révélation Angoulême 2011.

 

L’avis d’Yvan.

 


 

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Et pour lire les 37 premières pages, c’est juste en dessous….

 


 

 

bd du mercredi

 

Bd du mercredi avec Mango

 

 

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Challenge PAL sèches chez Mo’

 

 

Women bd

 

Challenge Women BD chez Theoma

 

Challenge roaarrr width="142"/> Prix révélation 2011


24 comments for “Trop n’est pas assez – Ulli Lust

  1. Mo'
    16 février 2011 at 9 h 58 min

    Sacré parcours tout de même, il y a de quoi être marquée avec une expérience comme celle-là. Après, c’est le problème aussi de ces jeunes qui sont dans une crise d’opposition telle qu’ils sont complètement étanches au discours parental. En partant comme elles sont parties, franchement, ça frise l’inconscience et le résultat ne m’étonne absolument pas. A repousser ses limites en permanence, elles avaient quand même de fortes chances à y laisser des plumes. Ce récit ne me tente pas trop. D’une part car le coté « barrage de la langue » ne m’intéresse pas plus que ça (plusieurs chroniques en lignes mettaient aussi en avant ce point, car visiblement le fait de ne pas parler italien leur a causé du tort) et puis cette inconscience-là… enfin, je ne vais pas les plaindre de ne pas avoir eu un peu plus de plomb dans la cervelle. Après, je ne nie pas la difficulté de l’expérience, certainement à la limite du trauma… mais bon…

    • 16 février 2011 at 3 h 21 min

      L’inconscience oui c’est clair ! ça se veut rebelle, punk et compagnie mais quand tu les mets devant leurs idéaux de vie libre en dehors de la société, on s’aperçoit que ça n’est pas si simple… d’autant plus quand on est une fille convoitée par des mâles sans scrupules…

      Je n’avais pas vraiment relevé le problème de la langue je dois dire, elles se débrouillent qd même et je ne suis pas sure que si elles avaient été bilingues, ça aurait changé bcp de choses…

      Une expérience de vie marquante dans tous les cas et surtout un sacré recul pour la rendre si vivante après tant d’année !

  2. 16 février 2011 at 0 h 20 min

    J’étais assez tentée par l’histoire mais hou, le graphisme ne m’emballe pas du tout !!!

    • 16 février 2011 at 3 h 22 min

      Je ne suis pas spécialement fan non plus mais c’est surtout le sujet qui est important.

  3. 16 février 2011 at 1 h 02 min

    J’ai renoncé à  lire cet album  tant les dessins et les couleurs me déplaisent! Quant à l’histoire, je frémis devant l’inconscience totale des parents de cette jeune fille! 

    • 16 février 2011 at 3 h 24 min

      Ah ce point ! Tu as testé quand même les 37 premières pages ?

      Les parents n’y sont pour rien ! Ulli part sans les prévenir… Elle envoit juste une carte postale pdt son voyage et finira par être retrouvé par les flics à cause des parents qui ont lancés un avis de recherche… alors tu vois…

  4. 16 février 2011 at 1 h 37 min

    Presque 500 pages, la vache ! Vu le sujet, je ne tiendrais jamais jusqu’au bout. En tout cas c’est typiquement le genre d’album que l’on aime récompenser à Angoulême.

    • 16 février 2011 at 3 h 25 min

      Oui, tu l’as dit c’est une somme ! En même temps, il n’y a pas de longueurs, je dois dire ! Pas un coup de coeur pour ma part mais un album très intéressant ceci dit.

  5. 16 février 2011 at 1 h 55 min

    Les dessins ne m’attirent pas du tout…

    • 16 février 2011 at 3 h 25 min

      Ce vert semble rebuter pas mal de monde…

  6. 16 février 2011 at 2 h 38 min

    pas sûre que cette histoire me plaise, d’autant plus que les dessins ne m’attirent pas vraiment … mais le fait que cela soit tiré d’une histoire vraie pourrait me faire changer d’avis!

    • 16 février 2011 at 3 h 26 min

      C’est une expérience assez inédite et super bien rendue par l’auteur en tout cas !

  7. 16 février 2011 at 6 h 05 min

    J’avais feuilleté cette énorme BD en librairie suite à son prix : je déteste les dessins, ni plus ni moins… Je ne crois pas que j’arriverais à passer outre pour m’intéresser vraiment à cette BD…

    • 16 février 2011 at 0 h 30 min

      Et ben, c’est tranché !

  8. 16 février 2011 at 6 h 13 min

    Je ne suis pas emballée par les dessins. Pourtant l’histoire me tente. A voir donc..

    • 16 février 2011 at 0 h 30 min

      Je pense que ça vaut le coup que tu y jettes un oeil ! Essaie d elire les 30 premières pages gratuites pour avoir une idée !

  9. 16 février 2011 at 7 h 12 min

    Ouah, une aventure choc, tout à coup mon voyage en Italie vécu à 17 ans comme la grande aventure me parait tout fade Plus sérieusement, l’histoire me tente et le dessin ne me gêne pas plus que ça. 500 pages, un pavé c’est sûr, mais je suis souvent frustrée des formats courts en bd alors je crois que celle-ci est faite pour moi…

    • 16 février 2011 at 0 h 31 min

      Vu tous tes arguments… oui elle est faite pour toi !

  10. 17 février 2011 at 3 h 02 min

    Je le veux !

    • 17 février 2011 at 3 h 29 min

      C’était un emprunt… sinon je te l’aurais prêté avec plaisir…

  11. 20 février 2011 at 1 h 57 min

    Bien tentée aussi ! Le sujet me parle et les dessins ne me déplaisent pas à priori !

    • 20 février 2011 at 3 h 46 min

      C’est un gros pavé je te préviens… Tu ferais mieux de lire celui qui t’attend chez toi…

  12. 20 février 2011 at 3 h 56 min

    Oui oui, je note pour plus tard

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