Le chemin de l’Amérique – Baru / Thevenet / Ledran

 

  chemin de l'amérique 01

 

Dessinateur : Baru

Scénariste : Jean-Marc Thévenet

Couleurs : Daniel Ledran

 Editions :

Albin Michel, L’écho des savanes – 1990 – 45 pages – Epuisé

Casterman – 1998 – 45 pages – Epuisé

Casterman – Novembre 2010 – 48 pages – 12€

 


 

En Algérie, dans les années 50. Said Boudiaf est fils de boucher. Son père espère bien qu’il va continuer dans le commerce familial et lui confie les livraisons de viande. Pourtant, le seul rêve de Saïd est de devenir boxer. Il n’hésite d’ailleurs pas à participer à quelques petits combats de rues. C4est de cette façon qu’il est repéré par le « constantinois », un manager bien décidé à le transformer en champion. Quand Saïd est envoyé à Paris, la consécration n’est pas loin. Mais c’était sans compter sans l’Histoire qui, avec la guerre pour l’indépendance de l’Algérie, demande à chacun de prendre parti…

 

Inspiré de l’histoire vraie d’un boxer ( Chérif Hamia) qui quitte son Algérie natale, gagne ses galons en France avant de partir pour l’Amérique, « Le chemin de l’Amérique » dresse le portrait d’une époque sombre à travers le destin d’un homme, entrainé bien malgré lui par les évènements historiques.

Saïd, à la fois combatif et naïf, arrive à Paris pour les championnats de France qu’il remporte brillamment. Son statut d’algérien n’est pas toujours vu d’un très bon oeil mais le boxer fait fi d’un certain racisme ambiant exacerbé par la guerre d’Algérie qui vient de débuter. Il fait la connaissance de Sarah, une belle femme dont il tombe amoureux, le reste lui important désormais peu.

Pourtant Saïd n’est pas complètement heureux : son frère resté en Algérie s’engage farouchement pour l »indépendance en rejoignant le FLN et cherche à convaincre Saïd de le rejoindre. Certains indépendantistes cherchent même à lui soutirer « l’impôt révolutionnaire » pour soutenir leur mouvement mais Saïd refuse en vertu du fait qu’il est du « côté de la boxe ».

Chaque camp essaie d’en faire le symbole de sa propre cause et Saïd se trouve pris entre 2 feux.

 

Voilà un album à la dimension historique importante. S’éloignant du thème des souvenirs de jeunesse de ses précédents albums, Baru continue néanmoins à dénoncer toute forme de violence morale et politique. Sans montrer aucun combat, il réussit à aborder un sujet difficile en relatant de manière quasi documentaire un parcours d’importance. En effet, le récit est emmaillé de nombreuses coupures de presse, de fausses photos avec des dirigeants politiques (comme Saïd avec Ben Bella) accentuant ainsi l’aspect réaliste de l’histoire. Sans prendre parti, Baru réussit néanmoins à pointer du doigt les dérives de la guerre.

 

Son trait a quelque peu évolué et semble plus abouti, plus « fini » que dans « Cours camarade ». Croqués de manière moins fuyante, les personnages restent cependant toujours en mouvement. Les scènes de boxe sont d’ailleurs extrêmement bien rendues et dénotent d’une observation certaine. La narration est plus posée, plus réfléchie. Un narrateur intervient régulièrement pour poser les choses et éclairer le récit.

 

Bref, « Cours camarade » est un album extrêmement fin sur le sujet de la guerre d’Algérie. En montrant le parcours d’un homme sur une dizaine d’année, Baru réussit à parler de la Grande Histoire en pénétrant par la Petite. Un album qui dénote d’un certain engagement politique de son auteur, un engagement que nous retrouverons aussi plus tard.

 

A noter : L’album a reçu le prix Alph-art du meilleur album au festival d’Angoulême de 1991.

 

 

L’avis très complet de Phylacterium.

 


 

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bd du mercredi

 

Chez Mango

 

Challenge roaarrr Prix Fauve d’or 1991


19 comments for “Le chemin de l’Amérique – Baru / Thevenet / Ledran

  1. 16 mars 2011 at 5 h 33 min

    J’ai toujours du mal aevc le graphisme de Baru, je n’ai pas encore réussi à passer le pas… Cela dit, il y a encore quelques mois j’hésitais à découvrir Chabouté…, et maintenant je suis accro ! ;-)

    • 19 mars 2011 at 0 h 41 min

      Tu vois, je suis sûre que tu peux aimer Baru comme Chabouté ! Il faut essayer !

      DE toute façon, tu n’as pas fini de le voir passer ici !

  2. 16 mars 2011 at 7 h 37 min

    la thématique a l’air intéressante. Il y a très peu d’ouvrages qui parlent de la guerre d’Algérie.

    • 19 mars 2011 at 0 h 42 min

      Oui je dois dire que je n’en connais pas beaucoup. En plus, ici le sujet n’est pas traité de front et c’est d’autant plus fin.

  3. 16 mars 2011 at 1 h 18 min

    J’aime beaucoup les petites histoires dans la grande et cette BD est très tentante. Par contre, je peine encore et toujours sur le dessin. A voir donc. 

    • 19 mars 2011 at 1 h 17 min

      Toi aussi, tu bloques avec le trait de Baru ? Décidemment… Pourtant, c’est tellement bien…. Bon allez, il faut te lancer quand même !

  4. 17 mars 2011 at 7 h 15 min

    J’ai beaucoup de mal avec ce dessinateur. Je n’arrive pas à aimer ce qu’il fait  malgré son succés! 

    • 19 mars 2011 at 1 h 23 min

      Ah bon… je vais finir par pleurer, à force de lire ça ! Tu avais lu un de ses albums au moins ?

  5. 17 mars 2011 at 1 h 13 min

    Pas encore lu celui là mais j’adore Baru

    • 19 mars 2011 at 1 h 23 min

      Je continue ma découverte et ça n’est que du plaisir !

  6. Mo'
    18 mars 2011 at 2 h 34 min

    peu tentée par cet album je dois reconnaitre

    • 19 mars 2011 at 1 h 25 min

      Arrête de faire ta rabat-joie et lis un Baru ^^

  7. 18 mars 2011 at 9 h 53 min

    Je n’accroche pas du tout aux dessins.

    • 19 mars 2011 at 1 h 37 min

      PPfff, toujours aussi catégorique ma chère Manu

  8. 19 mars 2011 at 8 h 24 min

    Je ne connais pas Baru? Moi?!)))  alors que « Pauvres Zhéros est la première BD que j’ai commentée sur mon blog… et je n’étais pas tendre!

    http://liratouva2.blogspot.com/2010/01/pauvres-zheros-baru-et-pierre-pelot.html

    • 19 mars 2011 at 3 h 36 min

      ah oui, c’est vrai !!! J’avais oublié !! ça ne nous rajeunit pas tout ça… ça date d’il y a un an…

  9. 22 mars 2011 at 1 h 53 min

    Après avoir vu un bon nombre de planches de Baru à Angoulème, je suis totalement accro, c’est un grand dessinateur, mais pas seulement, pour notre plus grand bonheur !

    A bientôt !

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