Touriste – Julien Blanc-Gras

 

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Auteur : Julien Blanc-Gras

Editeur : Au diable Vauvert

Date de parution : Avril 2011

  260 pages

Prix : 17€

 

 

Fasciné dès son plus jeune âge par les cartes et les atlas, le narrateur (dont nous ne connaîtrons pas le nom), atteint de « pathologies géographiques » , décide très tôt de prendre la route pour l’Ailleurs. Il va devenir un Touriste.


   » Il faut se rendre à l’évidence. Je dois aller dans tous les pays du monde. Je ne trouverais pas le repos dans l’immobilité. (…) Certains veulent faire de leur vie une oeuvre d’art, je compte en faire un long voyage.

Je n’ai pas l’intention de me proclamerexplorateur. Je neveux ni conquérir les sommets vertigineux, ni braver les désert infernaux. Je ne suis pas si exigeant. Touriste, ça me suffit. « 

 

Désormais, nous allons suivre le jeune homme dans ses escales toutes aussi dépaysantes les unes que les autres.

Débutant dans un port de pêche anglais où il n’y a strictement rien à faire excepté forniquer…


   » C’était un mini-monde en construction, dont les habitants disposaient de neuf mois pour accumuler le plus grand nombre de partenaires sexuels possibles avant de rentrer à la maison auréolés d’une éducation globalisée « 

 

… se poursuivant en Colombie où le crime est une « valeur ajoutée du secteur touristique. « 

…atterrissant en Inde et au Népal où il peut voir :


« Le sâdhus mendient, fument et portent des tuniques orange. D’un point de vue occidental, ça ressemble donc à un mélange de clodo, de rasta et de supporter hollandais. »

 

Etc, etc… Tunisie, Maroc, Polynésie, Brésil, Chine, Guatemala, Proche-Orient, Madagascar, Mozambique,…

Les autres pays ne sont pas en reste !


 

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Loin d’être le touriste stéréotypé dont il s’annonce, le narrateur fait plutôt partie de ces voyageurs au long cours qui prend le temps d’observer les locaux et leurs coutumes ainsi que la horde de « touristes » qui colonise ces contrées. Son passeport est bien rempli, il n’hésite pas à se lancer dans des aventures improbables et à voyager à la « roots », tout en sachant apprécier de temps en temps le confort occidental.

Armé d’un humour noir et ironique sur ses contemporains, il dénonce les troupeaux de voyageurs qui, loin de vouloir découvrir de nouvelles cultures, s’attachent plus à retrouver leurs repères nationaux et à se contenter des sentiers balisés des prospectus.

 

On peut dire sans peine que l’auteur et son narrateur a l’art de la formule ! Les remarques sont fines, souvent pertinentes et on en redemande.

 

 » Nous sommes neuf dans une Peugeot 504 break. Je suis coincé entre un vieux barbu taiseux et un Touareg enrhumé. J’ai un poulet sur les genoux et je suis assis sur le frein à main. J’aime voyager seul. C’est le meilleur moyen de ne pas le rester très longtemps. »

 

« L’allemanenshort désigne un gros touriste âgé de plus de 40 ans et doté d’un bedon confortable sur lequel repose un caméscope. Il a un short, c’est entendu. »

 

Touriste-03.jpg Le célèbre allemanenshort :)


 

Sous des dehors potaches et moqueurs, affleure malgré tout un instantané de chaque pays traversé où les travers locaux ou les problèmes politiques ne manqueront pas non plus d’être pointés du doigt.

 

 » Ari est un jeune globalisé, il pourrait prétendre à l’universel mais il se sent condamné à être l’autre. Etre juif, il trouve çà épuisant : « çà ne veut rien dire pour moi. Je n’ai pas choisi de l’être. Je voudrais aller vivre ailleurs. Mais je sais que partout dans le monde, avec ma gueule et mon nom, il y aura toujours quelqu’un qui me verra avant tout comme un Juif. C’est presque une malédiction pour moi. « 

 

« Je travaillais à l’usine pour pouvoir voyager. Ils avaient beaucoup, beaucoup voyager pour venir travailler à l’usine. »

 

 » La vérité, la sinistre vérité, c’est que ce crapaud érudit refuse de sacrifier une journée de recherche sur ses chers mollusques pour essayer de sauver la vie d’une quinzaine de pauvres nègres analphabètes.
Comprenez-le : il a un budget à tenir, des résultats à présenter à ses mécènes – parmi lesquels on trouve une multinationale connue pour ses profits exorbitants et ses marées noires dévastatrices. « 

 

 

C’est donc à un périple « globalisé » que nous entraîne le sympathique narrateur de Touriste. Loin d’être une succession morne de visites, la traversée des divers pays se fait rythmée et loin d’être monotone. Chaque pays a ses particularités et son lot de réflexions faussement naïves.

Néanmoins, rédigeant mon billet 3 semaines après ma lecture, je m’aperçois que si le propos est assez jouissif à découvrir, la conclusion finale se dissout assez rapidement dans mon esprit, déjà porté vers les ailleurs évoqués, pressé de porter ma propre casquette touristique…


   » Vue d’ici, on se rend bien compte que l’humanité n’a rien d’indispensable au fonctionnement de cette planète. Nous sommes éphémères, la végétation est persistante. On peut brûler l’herbe qui pousse sous nos pieds, elle repousera toujours derrière nous. Nous sommes les touristes de luxe de l’évolution, les simples passagers d’une époque. Nous avons visité la Terre, nous l’avons magnifiée et dévastée, nous allons repartir. « 

 


Touriste-04.JPG L’auteur

par pur plaisir personnel… ^^

 

 


D’autres avis :

KeishaAifelleYvon -Akialam -


 

Vous pouvez lire un extrait en PDF ici

 

 

Un grand merci à Babelio et au Diable Vauvert pour cette découverte !

 

 

 


Critiques et infos sur Babelio.com

24 comments for “Touriste – Julien Blanc-Gras

  1. 14 juin 2011 at 7 h 22 min

    J’ai beaucoup aimé également, j’aime bien les récits de voyage humoristiques, parce qu’on a toujours des anecdotes à raconter. Des histoires humaines, de différences culturelles !

    Et merci d’avoir mis le lien vers mon article ! :)

    • 14 juin 2011 at 7 h 42 min

      Bah, de rien ! J’ai beaucoup aimé le ton du roman mais je regrette malgré tout un poil de profonedur.

  2. 14 juin 2011 at 7 h 49 min

    Un bon billet complet! Je vais voyager mon exemplaire, ce qui est finalement normal, pour ce livre…

    • 14 juin 2011 at 7 h 43 min

      Complet, je ne sais pas, j’ai eu du mal à me le remettre en mémoire avec le retard du billet…Je suis curieuse de lire les prochains avis en tout cas.

  3. 14 juin 2011 at 1 h 16 min

    Je n’arrive pas à me décider pour ce livre. J’aime bien le principe et les extraits sont sympas mais j’ai parfois l’impression qu’il y a un petit ton supérieur. Je voyage aussi de préférence à la « roots » et le voyage organisé est ma hantise mais voilà, voyager à la roots, ça prend du temps et si on a deux semaines de vac, on a peut-être envie de débarquer en bus et de porter des shorts moches, chaussettes et birkenstock, sans qu’on soit pour autant un péquenot ;-)   Je sais que ce livre a avant tout pour objectif d’être drôle mais je sens que je vais tiquer sur certains passages.  

    • 14 juin 2011 at 8 h 07 min

      Ah je n’ai pas du tout ressenti de ton supérieur. J’ai trouvé que le narrateur savait aussi se moquer de lui-même. Après, je suis peut-être moins tolérante que toi sur les péquenots :) )

      Même avec un temps réduit, on n’est pas obligé de tomber dans la cliché, à mon avis ! Rien ne nous oblige à voir tout ce qu’il FAUT avoir vu et se lancer dans une course touristique où au final, on n’apprécie pas pleinement ce qu’on voit !

  4. 14 juin 2011 at 6 h 15 min

    L’exemplaire de Keisha est chez moi. Lecture à venir donc… Je suis actuellement plongée dans « Marche avant » d’Alexandre Poussin, un autre grand voyageur !

    • 14 juin 2011 at 8 h 11 min

      Je suis curieuse d’avoir ton avis de voyageuse là-dessus ! Pas lu Marche avant mais je ne doute pas qu’il soit aussi passionnant que son auteur !

  5. 14 juin 2011 at 9 h 52 min

    Dans ma PAL grâce à une gentille blogueuse

    • 14 juin 2011 at 1 h 04 min

      Keisha te l’aurait prêté ? :)

  6. 14 juin 2011 at 1 h 07 min

    Non, mieux que ça

    • 14 juin 2011 at 1 h 11 min

      Intriguante ! Tu ne mérites pas de cadeaux

  7. 14 juin 2011 at 1 h 11 min

    Bon, je l’avais dans les mains ce matin en me disant que ce serait parfait pour l’été un livre comme ça… je l’ai reposé, y paraît que j’ai déjà de quoi lire…

    • 15 juin 2011 at 0 h 48 min

      ça doit être une erreur ^^ tes étagères sont vides, c’est bien connu !

  8. 15 juin 2011 at 9 h 01 min

    Moi aussi, je vais avoir mon petit plaisir personnel ce week-end … l’auteur est invité au salon du livre à Vannes et j’y vais samedi :) Autant dire que je vais acheter ce titre-là !

    • 15 juin 2011 at 0 h 29 min

      hé mais tu vas nous faire un petit billet sur le salon alors !

  9. 18 juin 2011 at 0 h 42 min

    On me l’avait proposé mais j’ai préféré décliner car je pense qu’il ne rentre pas vraiment dans mon genre de lecture.

    En revanche j’irais bien jouer les touristes avec l’auteur

    • 18 juin 2011 at 3 h 06 min

      AH tiens, toi aussi

      Comme toujours, nous avons les mêmes goûts…d’auteur ^^

  10. 11 octobre 2011 at 6 h 53 min

    Je viens de faire le billet pour mon blog (pas en ligne tout de suite) et je n’ai pas osé mettre la photo de l’auteur, mais je comprend tout à fait la pertinence d’une telle photo dans ton billet.

    J’ai beaucoup aimé ma lecture et j’ai été surprise de me retrouver dans plusieurs situations décrites alors que je n’ai qu’un seul pays en « commun » avec le narrateur.

    • 11 octobre 2011 at 7 h 34 min

      Ah chouette, un nouvel avis ! Ceci dit, tu aurais pu te faire plaisir hein… espèce de lâche

       

  11. 13 avril 2012 at 3 h 02 min

    je n’ai pas accroché mais merci pour la photo !!

    • 15 avril 2012 at 4 h 25 min

      Qui est la coquinette, hein ?! ;)

  12. 14 avril 2012 at 8 h 36 min

    J’ai adoré le ton du livre ! 

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