Page noire – Giroud / Lapierre / Meyer

page-noire-01.jpgKerry est une jeune critique littéraire qui essaie de faire son trou. Admirant l’oeuvre de Mc Neal, écrivain très mystérieux qui ne laisse filtrer aucune information sur sa vie ou même son image, elle va tenter de démasquer cet homme qui se cache et ramener le scoop de sa carrière.

Parrallèlement, nous suivons Afia, une palestinienne orpheline qui tente de se reconstruire après un passage en prison pour prostitution et drogue.

Les 2 intrigues n’ont rien à voir ensemble… et pourtant !

 

Voilà un récit croisé fort intriguant. Kerry pénètre l’intimité de l’écrivain à force de ruses et réussit à s’attirer sa sympathie…et plus si affinités. Pourtant notre journaliste se débat également avec quelques soucis familiaux : son père, avec qui elle est fâchée depuis quelques années pour divergence d’opinion quant à sa carrière, est en train de se mourrir d’un cancer. Son seul souhait est de lui prouver qu’il avait tort et de lui montrer sa réussite professionnelle.

Afia, de son côté, est également une jeune femme tourmentée. Des cauchemars l’assaillent toutes les nuits et lui donnent à voir des bribes d’un passé qu’elle ne comprend pas. Pourtant, elle tente tant bien que mal de s’en sortir et son quotidien dans un centre social lui offre l’espoir d’un avenir meilleur où elle aidera les autres.

 

Le lecteur comprend, dès le départ, que l’histoire d’Afia est le futur roman de Mc Neal que Kerry vient d’obtenir. Les 2 intrigues alternent et sont parfaitement identifiables par 2 styles graphiques différents. Le récit avance lentement mais le mystère autour de l’écrivain s’épaissit alors que peu à peu les souvenirs d’Afia se font jour. La tension monte jusqu’à ce que vérité et fiction se mélange de manière surprenante et intelligente…

 

L’intrigue en quinconce qui nous permet d’avancer tour à tour sur les 2 récits est très intéressante. L’idée d’introduire 2 styles graphiques différents est aussi très efficace et se passe d’explication au niveau de la narration. Le lecteur ne se perd pas dans ces 2 temporalités et les différencie bien. Du coup, lorsque celles-ci se recoupent, l’incompréhension et la surprise est tout aussi importante pour nous que pour Kerry qui ne comprendra rien à ce qui lui arrive.

La réflexion sur le travail d’auteur est aussi en quelque sorte une mise en abyme du propre travail des auteurs et offre une belle piste de réflexion.

Pourtant, contrairement à toute attente, je dois dire que j’ai été déçue par cet album… Je ne suis pas du tout rentrée dans l’histoire…


Si les personnages de Mc Neal et d’Afia m’on parus fouillés et suffisamment intriguants, j’ai trouvé Kerry pas totalement crédible. Son histoire d’amour avec l’écrivain tombe comme un cheveu sur la soupe et m’a semblé totalement irréaliste (genre il se connaissent depuis 3 jours et s’aiment passionnément). Elle tente de faire pleurer dans les chaumières avec son histoire personnelle un peu miteuse. Bref, elle m’a été très antipathique.

Malheureusement, j’ai trouvé que le dessin ne l’a mettait pas plus en valeur, elle comme le reste…

Comme je le disais, il y a 2 genres de dessin. Le premier, associé à Afia, est dans une ligne plutôt claire, de genre classique avec une majorité de teintes bleues, grises et vertes. Le récit autour d’Afia est au contraire, plus chaleureux. Les couleurs sont rouge clair, orange, saumon et les traits plus fondus, plus doux.

Si la partie concernant Afia m’a plu, je n’ai pas du tout mais alors pas du tout accroché à l’autre section. Les personnages, en particulier Kerry, sont grimaçants et figés. Les décors sont réduits à un simple aplat de couleur sur certaines cases. La réunion graphique de ces 2 styles en fin d’album ne m’a pas beaucoup plus convaincue, gardant les défauts relevés ci-dessus.

De plus, si l’intrigue en elle-même tient parfaitement la route, la fin m’a laissée un peu dubitative et j’ai refermé l’album avec un « tout ça pour ça ? »

 

Au final, Page noire est une grosse déception pour moi qui avait pourtant tant aimé le Berceuse assassine de Ralph Meyer, un de mes premiers coups de coeur en BD… où son dessin était autrement plus fin et travaillé, je trouve. C’est dommage, l’histoire avait tout pour plaire : une intrigue puzzle à reconstituer, des personnages aux psychologies poussées, une réflexion sur le travail d’écriture,le pardon et la redemption, un arrière-fond historique même… La rencontre a été ratée… alors que je n’entends que des éloges de cet album !

 

Il est à noter tout de même la belle performance des 2 scénaristes. Chacun s’est attribué une partie des 2 intrigues avant de se rejoindre dans les dernières planches en même temps que Kerry et Afia. Une idée originale qui a dû demander une certaine complicité entre les 3 auteurs !

 

 

D’autres avis :

Mo’YvanJoellePapillonAntigoneJean-Mi -

 

Liens :

Premières pages à lire

 

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Titre : Page noire

Scénaristes : Frank Giroud / Denis Lapière

Dessinateur : Ralph Meyer

Editeur :
Futuropolis

Parution : Août 2010

  104 pages 

Prix : 18€


 

palseches

10 comments for “Page noire – Giroud / Lapierre / Meyer

  1. 23 septembre 2011 at 9 h 06 min

    Ce qui m’a le plus intéressé, c’est l’utilisation des deux styles graphiques en parallèle mais l’histoire ne m’a pas vraiment laissé un souvenir inoubliable ! Je l’ai trouvée plutôt prévisible alors que les sujets abordés avaient matière à développement. Du coup, moi aussi, j’ai été un peu déçue mais comme je n’avais aucune attente précise avec cette lecture, cette déception a été moins forte !

    • 23 septembre 2011 at 2 h 15 min

      Finalement cet album m’emporte pas tant les foules que ça, on dirait. C’est vrai que l’idée des 2 styles correspondant à chaque histoire est une très bonne idée. C’est juste qu’effectivement, j’ai été déçue de par la manière dont ça a été dessiné. Plus, là dessus, une histoire assez moyenne au final… ça ne fait pas un grand album malgré un point de départ ambitieux.

  2. 23 septembre 2011 at 9 h 35 min

    Pas une totale déception pour moi car j’ai apprécié le travail des deux scénaristes (tout comme toi) et la prouesse du dessinateur qui propose deux dessins totalement différents. Par contre, pour l’histoire, je suis un peu dubitatif….

    • 23 septembre 2011 at 2 h 18 min

      Ouais, finalement, on se rejoint plutôt… La partie graphique « classique » est à 10 000 lieux quand même de Berceuse assassine ! L’autre section m’a plus plû mais néanmoins, manque de naturel (a-t’elle été faite à l’ordinateur ?). Bref, une déception quoi…

  3. Ys
    23 septembre 2011 at 4 h 19 min

    Le graphisme n’est pas très engageant, mais la première partie de ton billet me tente, et si je mets la main sur cette BD, je la lis.

    • 24 septembre 2011 at 2 h 33 min

      Mazette, je te donne envie de lire des Bds que je n’ai pas aimé ! Je suis trop forte !

  4. Mo'
    26 septembre 2011 at 1 h 20 min

    Effectivement ! ^^ J’étais un peu plus convaincue par cet album :) Par contre, je n’avais pas vu le coups venir quant au livre dans le livre. Je n’avais pas pensé qu’il raconterait l’histoire des deux filles… je mets plus longtemps à connecter que toi visiblement ^^

    • 26 septembre 2011 at 3 h 02 min

      J’avais prévenue ^^

      M’enfin, la connection est évidente ! De mémoire, je crois qu’on voit Kerry lire le manuscrit et il y a mention du nom de l’héroine dans le texte. Mais ptet que t’as pas lu ce petit bout-là dans la case en question. (ou alors, je me plante aussi )

  5. Mo'
    26 septembre 2011 at 3 h 22 min

    il faut dire que ma lecture commence à dater un peu. Je ne me rappelle plus du tout de cet élément et je n’ai pas tellement envie de relire l’album en plus ^^ Je te fais confiance ! ^^

    • 26 septembre 2011 at 7 h 11 min

      Je ne suis pas sure que ça soit toujours une bonne idée mais bon !

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