Chansons populaires de l’ère Showa – Murakami Ryu

chansons-populaires-de-l-ere-showa-01On parle beaucoup de Murakami Haruki en ce moment, mais on oublie un peu son homonyme : Murakami Ryu !

Banlieue de Tokyo. un groupe de jeunes adultes (la plupart ont moins de 30 ans) se sont regroupés par désœuvrement. Ils se retrouvent régulièrement dans l’appartement de l’un d’eux. Ils sont de milieux différents, ont des métiers différents. Ils ne se parlent pas, ne font rien, n’ont pas d’amitié les uns pour les autres. Le hasard les a réunis et ils s’en contentent. Leurs réunions deviennent des occasions de manger ensemble, de mater parfois la voisine qui se déshabille devant sa fenêtre et enfin d’organiser des karaokés privés et déguisés en bord de mer. Certains ont des crises de rire compulsif sans rapport avec leur état psychologique (cachinnation), qu’ils se transmettent nerveusement entre eux. Un groupe de 6 jeunes hommes donc un peu barrés, un peu paumés, un peu asociaux.
Jusqu’au jour où l’un d’eux commet un acte irréparable et démentiel : il tue une femme sur un coup de folie.
Cette dernière faisait elle-même partie d’un groupe de 6 femmes, presque quadragénaires, toutes prénommées Midori et ayant en commun de ne jamais avoir connu l’orgasme. Divorcées, futiles, ne recherchant que plaisir, amants occasionnels, vont désormais chercher à se venger. Un jeu de ping pong sanglant entre ces hommes et ces femmes va dès lors commencer…

 

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Voilà un roman violent et dérangeant qui va nous plonger dans le vide absolu des japonais d’aujourd’hui.
En effet, ces hommes et ces femmes se sont regroupés par commodité. Aucune affection ne les lie véritablement. Lorsque l’un d’eux parle, personne ne l’écoute. Ce sont juste des êtres égoïstes qui se retrouvent ensemble.

 » S’ils présentaient certaines variations dans les traits de caractère, ce qui les réunissait était le fait d’avoir renoncé à s’impliquer positivement dans la vie, sous quelle forme que ce fût.  »

Lorsque la violence surgit dans leur vie, on découvre alors qu’il va leur servir de catalyseur. Ces personnes qui n’avaient aucun but dans leur vie, que rien ne faisait véritablement vibrer vont découvrir le pouvoir de la vengeance et de la mort. Réveillant leurs plus bas instincts, ils vont commencer à vivre, à éprouver des sentiments, à ne plus rester amorphe dans leur petit cercle. La spirale de vengeance dans laquelle les 2 groupes vont s’adonner et plonger avec délectation devient désormais le moteur de leur existence. Peu importe la morale, peu importe la loi : seule compte la vengeance et ce sentiment puissant de vivre.

 » Comment faisaient les nazis, s’interroge l’un des garçons ? L’armée japonaise ? Ou les Bosniaques ? Je veux dire que notre action est totalement justifiée : œil pour œil, dent pour dent. Voilà l’unique principe qui régit ce monde.  »

Les groupes qui semblent se former plus fortement ne restent finalement qu’un amas d’ego où seul son propre intérêt compte. Totalement détestables, les personnages sont désincarnés et proches d’une folie qui les égarent.

 

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Le roman se découpe en chapitres portant chacun le titre d’une chanson, se référant ainsi au karaoké des jeunes hommes. La narration alterne entre le groupe masculin et celui des Midori. Une alternance qui correspond aussi à celles des actes qui se répondent d’un groupe à l’autre.
De prime abord, le récit peut déstabiliser. L’auteur prend son temps pour installer ses personnages masculins. On se demande qui sont ces individualités un peu tordues, desquelles on ne comprend pas le mode d’existence. On tâtonne, on s’interroge sur le but de l’auteur; Mais à partir du premier meurtre, tout se met en branle et le lecteur ne peut assister qu’impuissant à la montée en puissance d’une violence commencée au couteau qui se terminera au bazooka. L’écriture est crue, violente et ne nous épargne pas de quelques termes explicites.

Murakami nous livre ici une fable amère sur la société japonaise. Ses personnages sont totalement vides et désenchantés. Seules la violence et la mort leur donnent la sensation d’être vivant. Un monde où seul la violence nous permet d’avancer : voilà qui est effrayant ! Mais en sommes-nous si loin ?
Ce roman date de 1994 mais semble toujours autant d’actualité. Je vous le conseille fortement pour cette rentrée japonaise !

A noter :
Une adaptation cinéma est sortie en 2003 au Japon sous le titre de Karaoke Terror, par Tetsuo Shinohara, qui semble plus tourner à la comédie.

 

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Liens :
Extrait du roman

 

Titre : Chansons populaires de l’ère Showa
Auteur : MURAKAMI Ryu
Editeur : Picquier
Parution : Août 2011
198 pages
Prix : 17,50€

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Merci à Newsbook et aux éditions Picquier !

 

 

 

12 comments for “Chansons populaires de l’ère Showa – Murakami Ryu

  1. 3 octobre 2011 at 1 h 03 min

    Étonnant, inquiétant et attirant  car de cet auteur j’ai déjà apprécié: »Raffles Hôtel ». 


    • 4 octobre 2011 at 2 h 18 min

      Oui, je crois que tu résumes bien l’univers de MUrakami !

  2. 3 octobre 2011 at 3 h 07 min

    Je connais et j’apprécie cet auteur. Là, quand même, le synopsis a l’air bien barré !

    • 4 octobre 2011 at 2 h 20 min

      Bah, si on résume : c’est 2 gangs qui se mettent sur la gueule et trouve un sens à leur vie de cette façon !

  3. 3 octobre 2011 at 0 h 06 min

    J’ai deux titres de cet auteur dans ma PAL : Les bébés de la consigne automatique et Bleu presque transparent.

    • 4 octobre 2011 at 2 h 23 min

      Grand livre, les bébés de la consigne mais je ne suis pas sûre que c’est le genre de truc que tu apprécieras… L’autre est son premier roman et il est aussi dans ma PAL :)

  4. 4 octobre 2011 at 2 h 05 min

    Si c’est violent, ce n’est pas pour moi…

    • 4 octobre 2011 at 2 h 39 min

      ça l’est, je te le confirme…

  5. 4 octobre 2011 at 7 h 14 min

    Pourquoi, ça parle de maladies ?

     

    • 4 octobre 2011 at 2 h 32 min

      De mémoire, non. Je l’ai lu il y a longtemps, je ne me souviens plus très bien mais c’est un roman assez dur et violent dans son propos. Un peu barré aussi. Les personnages sont décalés, en dehors et contre la société. 

  6. 5 octobre 2011 at 8 h 55 min

    Ben alors, moi c’est les maladies et la torture animale qui me posent problème Après je suis loin de vivre au pays des bisounours, au contraire. Même si c’est vrai que justement, la lecture est souvent un refuge à mon cynisme sur la nature humaine.

    • 5 octobre 2011 at 4 h 11 min

      Oui oui, je me souviens Manu ! Je sais bien que tu ne vis pas dans un monde rose bonbon

      C’est compliqué d’être plus explicite car les souvenirs manquent… mais j’avais souvenir d’une lecture vraiment difficile, un peu amorale et ultra pessimiste sur la société. Du coup, est-ce vraiment ta tasse de thé ? Après, je serais heureuse que tu essayes… mais t’es interdite de critiques lol !

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