La terre sans mal – Lepage / Sibran

terre-sans-mal-01.jpgEn 1939, la jeune linguiste Eliane Goldschmidt se rend pour la troisième fois au Paraguay afin de poursuivre son étude de la langue guarani. Vivant au sein de la communauté Mbya, elle partage leur quotidien, leur repas et leurs jeux. Pourtant, depuis son retour, leur attitude a changé et ces derniers semblent résignés, se laissant aller et négligeant leurs terres. Eliane l’ignore encore mais l’Homme-Dieu, le Karaï va bientôt arriver dans la tribu pour emmener son peuple vers la Terre sans mal pour les sauver de la fin du monde. Un peu malgré elle, Eliane va se retrouver engagée dans cette improbable quête. U voyage initiatique à travers la jungle dans laquelle elle va bientôt se lancer corps et âme lorsqu’elle découvre que la guerre gronde en Europe et a commencé à faire ses premières victimes.

 

Emmanuel Lepage et Anne Sibran nous emmène dans un voyage fabuleux à travers les mythes et les espoirs d’un peuple voué à disparaître. Déambulant semaines après semaines, mois après mois, à travers la forêt qu’il parcoure d’Est en Ouest, croisant jaguars affamés, cathédrales abandonnées au beau milieu de la nature, paysages défigurés par la main de l’homme et ses industries, Karaï et les siens cherchent cette fameuse terre où le mal serait absent. Eliane, surnommée Napagnouma (« la femme blanche qui fait pleurer son bâton », comprendre celle qui écrit et dessine avec son crayon) les accompagne et bientôt s’immerge totalement dans cette culture qui n’est pas la sienne, voulant tirer un trait sur cette Europe guerrière qui lui a pris ses proches.

Pour Eliane, cette quête devient vite la sienne et prend une forme personnelle où elle se cherche une nouvelle identité. Elle abandonne ses attributs occidentaux et se rase les cheveux pour symboliser sa nouvelle naissance. Désormais, elle est une Mbya.

 

Le récit nous est raconté par Eliane, elle-même, par l’intermédiaire de son carnet où elle note ses impressions. L’album débute d’ailleurs par une reproduction de quelques pages (7) de ce fameux carnet où le lecteur découvre ses croquis, ses notations linguistes, des anecdotes de vie des Mbyas. Le tout est ponctué d’annotations plus tardives où Eliane s’adresse directement à son fils…

On retrouve ainsi au fil de l’histoire des phylactères quadrillés, reprenant ainsi l’idée de la narration issue de son carnet de notes. Très rythmé, le récit nous emmène véritablement au coeur d’un univers totalement inconnu qui flirte avec la mythologie et la magie, sans tomber dans un description ethnologique trop marquée.

 

Cette grande fresque épique est, par ailleurs, totalement sublimé par le dessin d’Emmanuel Lepage dont c’est le premier album qu’il réalise en couleurs directes. Et quelle flamboyance ! En effet, la forêt semble luxuriante, dense et humide. Les couleurs sont fortes, alternant entre la touffeur sombre des arbres et la lumière éclatante du soleil et des feux.

 

On sent chez le dessinateur comme chez la scénariste une recherche précise et très documentée de cette culture disparue.

Les communautés Mbyas sont des des groupes primitifs de chasseurs-cueilleurs qui vivent dans la forêt amazonienne, au Paraguay, au Brésil et en Argentine. La disparition progressive de la forêt au profit de l’industrie forestière amenuise leur territoire et entraîne leur propre disparition. Au Paraguay, il resterait à l’heure actuelle 14 000 Mbyas ; 8000 en Argentine et 7000 au Brésil. Une culture en danger donc (certains parlent de « génocide silencieux ») et dont la langue est de moins en moins transmise.

 

La terre sans mal est véritablement un petit bijou qui réussit à sublimer une culture indienne peu connue à travers la quête mythique et spirituelle d’un peuple, à la recherche d’un paradis perdu inaccessible dont il serait le seul élu. Une recherche où sagesse et sacrifice personnel sont de mise et révélant peut-être d’une certaine manière la place de l’Homme dans un univers qui le dépasse. 

Laissez vous donc bercer par la magie indienne des tambours et par l’utopie d’un monde sans mal !


Un indispensable qui est malheureusement épuisé (il serait d’ailleurs de bon ton qu’une réédition soit à nouveau envisagé…) qu’on trouve facilement sur certains sites en ligne d’occasion ou que vous trouverez peut-être en bibliothèque.

 

D’autres avis :

Cely qui attiré mon attention sur cet album- Scénario BD -

 

A noter :

Il existe un roman jeunesse qui évoque précisément le drame de la tribu Mbya :

Les fils de la forêt, de Reine Marguerite Bayle

Editions Belin, 2010 – 5,90€

Pour ceux que ça intéresse, l’auteur organise même des interventions (payantes) en classe.

 

On peut également relever l’existence d’un documentaire sur ce peuple : Mbya, tierra en roja

 

 

 

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Titre : La terre sans mal

Scénariste : Anne Sibran

Dessinateur : Emmanuel Lepage

Editeur : Dupuis, Aire Libre

Parution : Juin 1999 – Réédition en 2004 et 2008

  62 pages 

Prix : épuisé


bd du mercredi

 

Challenge roaarrr

L’album a reçu le prix des libraires en 2000

et le prix du Jury Oeucuménique de la BD en 2000

 

challenge récit de voyage

25 comments for “La terre sans mal – Lepage / Sibran

  1. 19 octobre 2011 at 8 h 44 min

    Waow, les couleurs sont vraiment éclatantes ! J’ai commencé à m’inquiéter quand tu as dit qu’il était épuisé mais ouf, ma biblio en a deux exemplaires donc je pourrai le lire ;)

    • 19 octobre 2011 at 2 h 44 min

      Ah, tu as beaucoup de chances qu’il y soit ! Je suis contente, j’aimerais beaucoup qu’on redécouvre ce vieux titre oublié !

  2. Mo'
    19 octobre 2011 at 8 h 44 min

    Effectivement, je pense que ça me plairait. Merci pour ta chronique, un virée en librairie s’impose ^^

    • 19 octobre 2011 at 2 h 45 min

      Aaaaaaah ! Tu vois, qu’est-ce que je t’avais dit ?!  Par contre, ta virée en librairie…. c’est épuisé, je te rappelle…

  3. 19 octobre 2011 at 0 h 49 min

    Ah qu’est-ce qu’il est bien cet album. Des plages magnifiques. J’adore moi aussi !

    • 19 octobre 2011 at 2 h 46 min

      J’ai pensé à toi en le lisant ! Je me souvenais que tu m’avais parlé de ces anciens albums :) Vraiment un superbe album !

  4. Mo'
    19 octobre 2011 at 2 h 48 min

    ah mince… tu vois, je perds la mémoire en ce moment ^^ Bon, un emprunt… pfff, ça semble être un bel objet, c’est dommage ! J’enchainerais sur le bouquiniste dans ce cas

    • 19 octobre 2011 at 2 h 53 min

      Ben alors, ma petite Mo’, tu décaroches, comme on dit chez moi ?!

  5. Mo'
    19 octobre 2011 at 2 h 57 min

    Je décaroche ??? C’est quoi cette bete bizarre ???

    • 19 octobre 2011 at 3 h 01 min

      Hihihihihi, c’est du chtimi ^^

      -> radoter et par extension perdre la boule (genre comme les petits vieux ^^)

  6. Mo'
    19 octobre 2011 at 3 h 09 min

    Oui, je décaroche… je ne fais même que ça ! C’est terrible !

  7. 19 octobre 2011 at 7 h 05 min

    Terrible la fin de ton billet: épuisé, tu nous fait saliver  et…demain j’ vais chez mon bouquiniste spécialisé dans les  BD d’occase et je passe à la médiathèque.

    • 20 octobre 2011 at 4 h 24 min

      Ben oui, j’en suis fort désolée ! Mais j’ai recherché sur Price M. précisement et il est trouvable ! Donc en dehors des biblio et des bouquinistes, tout n’est pas perdu ! En tout cas, je suis contente de t’avoir donné envie car c’est vraiment un super album, un peu oublié malheureusement.

  8. 19 octobre 2011 at 9 h 23 min

    Ton billet donne vraiment envie. C’est malin, je ne suis pas certain de dégoter ce titre épuisé par  chez moi !

    • 20 octobre 2011 at 4 h 25 min

      Tant mieux, c’était vraiment le but ! Au pire, comme je l’indique ci-dessus, on le trouve d’occasion sur internet :)

  9. 19 octobre 2011 at 0 h 01 min

    Malgré le splendide dessin d’Emmanuel Lepage, je n’ai pas trop accroché au scénario de cet album.

    • 20 octobre 2011 at 4 h 25 min

      AH oui ? je suis surprise. Trop nébuleux pour toi ? Tu avais fait un billet ?

  10. 19 octobre 2011 at 0 h 49 min

    Je viens de vérifier et je peux le trouver en médiathèque, donc je note.

    • 20 octobre 2011 at 4 h 26 min

      Bingo ! Il faudra le chroniquer hein !

  11. 21 octobre 2011 at 0 h 48 min

    Très intéressant ton billet, et comme beaucoup je pense que je vais aller voir si ma médiathèque le possède, sait-on jamais…!

    • 21 octobre 2011 at 4 h 13 min

      Chouette ! Je suis vraiment contente d’avoir attiré votre attention sur cet album vieux de plus de 10 ans !

  12. 24 octobre 2011 at 4 h 33 min

    Bon ça risque d’être compliqué de mettre la main dessus, mais je prend note car les illustrations sont très attractives.

    • 24 octobre 2011 at 3 h 00 min

      Je te l’accorde mais ça vaut le coup de se prendre un peu la tête ! Comme je le disais plus bas, il est trouvable Price M. au besoin !

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