Les cahiers ukrainiens – Igort

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 Comme l’annonce la couverture, cet album n’est pas une fiction mais un récit-témoignage. Nous avons entre les mains le résultat de 2 ans de voyage en Ukraine (en 2008-2009) que l’auteur s’applique à nous faire connaître à travers ses habitants et son histoire.

Après une douzaine de pages posant les bases d’un pays en plein marasme depuis la domination russe, Igort rentre ensuite au coeur de l’histoire Ukrainienne en rapportant et illustrant les propos de quelques habitants qui lui ont confiés leur vie.

On découvre alors avec stupéfaction le drame humain qui s’est joué depuis les années 30 et les conditions difficiles de vie, de survie même pourrait-on dire.

 

En 1932, Staline lance une opération de  »dékoulakisation ». Les koulaks sont des propriétaires terriens qui refusent la collectivisation. Il s’agit alors de réquisitionner toutes les réserves de céréales des paysans et par là même d’annihiler toute tentative d’indépendance du pays. Outre la terrible famine qui s’en suit, une vaste déportation dans les goulags est organisée. La population meurt littéralement de faim au point de se pervertir en mangeant chiens, chevaux et… cadavres humains. Les corps sont déterrés, les enfants abandonnés.

La conséquence de cette opération : la population passe de 5 600 000 à 149 000 personnes…

Un crime contre l’humanité dont on discute encore aujourd’hui de sa reconnaissance. Seuls 24 pays l’ont reconnu comme génocide, et la France n’en fait pas partie.

 

Vous l’aurez compris, c’est un témoignage extrêmement fort que nous livre ici Igort. Alternant les témoignages d’habitants avec des chapitres historiques qui nous détaillent avec beaucoup d’habileté la réalité de l’époque, il nous sert le portrait inhabituel d’un pays dont on ne sait finalement que peu de choses.

Chaque habitant a vu sa vie brisée d’une manière ou d’une autre par la famine, la pauvreté ou la maladie. Et leurs conditions de vie actuelles ne se sont pas vraiment améliorées. Seraphina, 80 ans, évoque l’horreur de la famine. Nicolaï, 78 ans, raconte son enfance cahotique, l’invasion allemande, ses drames sentimentaux et surtout une terrible maladie qui le laisse à moitié paralysé et rampant comme un chien pour essayer de survivre malgré sa solitude. Maria à 83 ans explique son parcours qui la mène aujourd’hui à gagner quelques kopeks en proposant aux passants de se peser sur sa balance.

L’Ukraine, après avoir été le grenier de l’Europe, est aujourd’hui un pays qui peine à se redresser malgré l’indépendance obtenue en 1991. Chômage, hausse des prix, la population peine à s’en sortir et l’ombre communiste continue toujours de peser sur le pays.

 

Igort traduit excellement son expérience dans un dessin et une mise en page audacieuse. Prenant quelque peu l’apparence d’un carnet de voyage, l’album alterne entre une narration plus classique dans des planches colorées de 5-6 cases et des pages plus libres où texte et illustration se mélangent dans un noir et blanc plus affirmé. Cette opposition reflète bien les différentes narrations. Les témoignages d’ukrainiens s’illustrent de manière plus « académique » dans des tons sépias et éteints tandis que le récit historique apporté par Igort se teinte d’un noir plus agressif qui traduit bien la violence des faits de l’époque.

 

Les cahiers ukrainiens d’Igort est vraiment une lecture forte qui ne pourra laisser aucun lecteur indifférent. Mélangeant habilement histoire et témoignage, l’auteur réussit à dresser le portrait d’un pays peu médiatisé et dont l’histoire dramatique reste à ce jour encore peu connu du grand public. C’est vraiment un album de grande qualité que l’auteur et l’éditeur ont su mettre en valeur avec une belle présentation, un beau papier qui soulignent toute la richesse graphique de son dessinateur.

 

 

D’autres avis :

Mo’JoelleCatherineThéomaLeiloona -

 

Liens :

Le site de l’auteur (en italien)

 

 

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 Titre : Les cahiers ukrainiens

Auteur : Igort

Editeur : Futuropolis

Parution : Juin 2010

    176 pages 

Prix : 22€


 

bd du mercredi

 

challenge récit de voyage

 

24 comments for “Les cahiers ukrainiens – Igort

  1. 2 novembre 2011 at 9 h 40 min

    Je l’avais noté-surnoté celui-là, tu confirmes ( ce qui ne me surprend pas -). En commande.

    • 2 novembre 2011 at 6 h 30 min

      ça, non plus, ça ne me surprend pas ! Là, je suis en train de lire un récit de voyage qui se passe à Vladivostok, je me demande si ça ne te plairait pas non plus.

  2. 2 novembre 2011 at 1 h 04 min

    j’en suis ressortie sonnée !

    • 2 novembre 2011 at 6 h 33 min

      Voui, j’ai vu ça ! C’est un album dur mais c’est passé sans problème pour ma part ! (je suis un coeur de pierre ? ^^)

  3. 2 novembre 2011 at 1 h 47 min

    Une belle occasion de plonger dans la réalité d’un pays méconnu. Je ne suis pas fan des témoignages en BD mais je pourrais me laisser tenter.

    • 2 novembre 2011 at 6 h 35 min

      Ce qui est intéressant, c’est qu’il ne s’agit pas de son propre témoignage mais de ceux qu’il recueille et qu’il met ensuite lui-même en image. Le dessin est vraiment impressionnant et colle super bien au sujet !

  4. Mo'
    2 novembre 2011 at 3 h 50 min

    Très bel album effectivement, très fort et marquant. Il faut avoir le coeur bien accroché sur certains passages mais c’est réellement une oeuvre à découvrir. J’avais cru comprendre que « Mémoires du temps de l’URSS » est un premier tome… je ne parviens plus à retrouver la source de cette information. Pourrais-tu me renseigner sur ce sujet ?

  5. 2 novembre 2011 at 4 h 58 min

    J’accroche de plus en plus à ce genre de récits témoignages en BD, souvent l’occasion pour moi de découvrir un pan de l’histoire de certains pays que je méconnais malheureusement…

    • 2 novembre 2011 at 7 h 35 min

      POur être instructive, on peut dire qu’elle l’est !

  6. 2 novembre 2011 at 5 h 07 min

    Je me rappelle encore avec effroi certaines pages. 

    Un indispensable pour moi.

    • 2 novembre 2011 at 7 h 39 min

      Je n’irais peut-être pas jusqu’à l’indispensable mais un excellent album assurément !

  7. Mo'
    2 novembre 2011 at 1 h 31 min

    Non, ce n’était pas ça… mais c’est une piste supplémentaire Je suis retournée sur la fiche album du site de l’éditeur. Ils parlent également d’un premier tome… mais j’avais eu des informations plus détaillées. Il faut que je fouille un peu sur internet me semble ^^

    • 3 novembre 2011 at 9 h 57 min

      Ah, je n’avais pas compris : tu veux dire qu’il existe un tome qui précède ces cahiers ukrainiens ?

  8. 2 novembre 2011 at 2 h 31 min

    Tu as le chic pour découvrir des BD très fortes, témoignages de périodes et de réalités en grande partie méconnues.  Je finirais bien par le lire aussi cet album. 

    • 3 novembre 2011 at 0 h 05 min

      J’essaye, j’essaye ! :)

  9. Mo'
    3 novembre 2011 at 0 h 08 min

    Non, pas un tome qui précède, mais un tome qui va suivre

    On va y arriver ^^

    • 3 novembre 2011 at 0 h 10 min

      La fille larguée

      Ben alors, pourquoi ça pourrait pas être ces cahiers russes ?

  10. 4 novembre 2011 at 5 h 13 min

    Une lecture qui doit déranger ça c’est sûr ! Et dire qu’à une certaine époque l’Ukraine et la Russie s’envait mutuellement leur culture !

    • 4 novembre 2011 at 3 h 58 min

      Oui, encore un des nombreux massacres qui attend toujours une véritable reconnaissance…

  11. 4 novembre 2011 at 9 h 47 min

    Je fonce à la bibliothèque , je cherche…ou j’achète.

    • 4 novembre 2011 at 3 h 58 min

      Et bien, et bien : voilà qui me plait !

  12. 10 novembre 2011 at 1 h 00 min

    C’est un album de très grande qualité et qui nous fait ouvrir les yeux sur des horreurs commises sur un peuple ! C’est très fort et très marquant, comme lecture !

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