La mort dans l’ame – Ricard / Wens

Mort dans l'ame 01Un fils qui se remémore ses souvenirs d’enfance avec son père. Un homme qui arrive dans un centre médical. Un coup de fil amer qui évoque la fin prochaine d’un homme et la nécessité des soins palliatifs. Mr Vanadris se meurt, vraisemblablement d’un cancer. Il est affecté désormais dans un centre de soins palliatifs, où il finira ses jours. Son fils tente de l’accompagner alors que le vieil homme essaye d’apréhender la mort et la déchéance. Des moments intenses de fin de vie entre un père et son fils.

 

Mr Vanadris entre donc dans cette unité médicale en sachant qu’il n’en ressortira pas vivant. L’accueil est chaleureux, le personnel tente de le mettre à l’aise mais comment accueillir sereinement l’idée de finir. Vient la ronde des traitements de plus en plus forts, les attentions des infirmières qui sont d’une cruelle ironie.


 » – Il faut manger pour prendre des forces…

- Des forces ? Pour quoi faire ? « 

 

Son quotidien se rythme au gré des visites régulières de son fils et de ses discussions avec un jeune prêtre sur la foi et la mort. Mais, la déchéance le guette inéluctablement et les fantômes qu’il croise dans les couloirs ou gisant dans leur lit d’hôpital sont d’autant plus effrayants lorsque l’on sait que cela sera votre devenir.

Cyril, le fils, tente le plus possible d’être présent auprès de son père. Il essaye de tenir le choc en gardant une vie en apparence normale. Mais le magasin des pompes funèbres n’est pas loin et les inquiétudes de son père qui tente de lui faire comprendre qu’il souhaiterait qu’on abrège ses souffrances ne fait qu’accentuer sa douleur. Une souffrance dont les autres tiers seront victimes, par ricochet. 

 

Il est évident que La mort dans l’âme n’est pas un livre gai. Mais la force de cet album est telle qu’elle ne pourra que toucher au coeur chacun d’entre nous. 

Un homme se meurt. Il apprend à accepter l’idée de sa finitude, et à ne plus craindre la mort. Accepter la mort, oui, mais vouloir aussi décider de quelle manière on ira l’embrasser. Un dernier sursaut de dignité pour un homme qui vit ses derniers instants, une façon de rester encore maître de ce qui reste de vie.

Un fils voit son père mourir. Il se sent impuissant à l’aider, à apaiser ses douleurs physiques. Un fils qui peine lui aussi à accepter la fin de son père et se refuse à y jouer un rôle actif. 

Mais surtout entre ces deux hommes, il y a ces derniers moments de complicité, d’affection, de conversation.

La fin imminente de l’un renforce la force du lien qui les attache.

La relation entre le père et son fils, voilà ce qui m’a le plus bouleversé dans cet album.

Sans y toucher, les auteurs donnent vie avec une grande force de réalisme à ces derniers moments de vie commune. La façon des bien portants de parler de banalités, de garder une apparence joviale et presque positive pour ne pas plomber un peu plus l’ambiance et surtout cacher leur propre souffrance afin de ne pas alourdir celle du malade. Ces silences pesants qui contiennent à eux seuls plus de mots que vous ne pourrez en dire. Ces petits bonheurs futiles, comme le vol d’un papillon, auquel on fait désormais attention. Ces moments intenses où l’on essaie malgré tout d’avouer ses peurs et d’en partager le poids. La maladresse des proches, les formules éculées pour réconforter. La douleur qui reflue lorsque la porte de l’hôpital est tournée.

Pour tout cela (et bien d’autres choses encore, comme la mémoire, la transmission, le rapport avec son propre statut de père, etc…), cet album est totalement bouleversant.

Alors même si le sujet principal était surtout la question de la fin de vie, de l’euthanasie et du choix d’une mort digne, La mort dans l’âme m’a touché personnellement pour cette relation-là, pour l’authenticité de ces moments.

Il est évident que chaque lecteur ressentira une émotion différente selon sa propre expérience, sa sensibilité. Pour ma part, mon père est heureusement bien vivant et on ne peut « m’accuser » d’y retrouver là une part de vécu. Pourtant, cet album renvoit à d’autres pertes, à nos propres peurs aussi peut-être. Chacun ne pourra nier de devoir faire face un jour à la mort d’un proche et il me semble que cette histoire ne pourra que parler, peu importe la manière, à tous les lecteurs.

Je vous l’avoue  donc sans honte, j’ai terminé cet album à chaudes larmes. Des larmes arrivées de manière totalement impromptue au détour d’une page, sans que j’en sache la raison. Et la rédaction de ce billet me fait sensiblement le même effet…

 

Alors voilà, pour une fois, je ne m’étalerais pas sur les caractéristiques plus « techniques » de cet album, sur son scénario, sur son dessin crayonné si torturé.

Seule l’émotion qui reste est essentielle. Et nos questionnements. Que feriez-vous à la place du fils ? Comment réagiriez face à la déchéance de ceux que vous aimez ?

Je vous invite très très chaleureusement à trouver vos propres réponses dans ce formidable album qui s’arrête sur des questions quelques peu taboues tout en bouleversant son lecteur sans tomber dans un pathos gratuit.

 

 

D’autres avis :

Mo’Alfie’s mecYvan

 

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  Titre : La mort dans l’âme

 Dessinateur : Isaac Wens

Scénariste : Sylvain Ricard

Editeur : Futuropolis

Parution : Septembre
2011

    120 pages 

Prix : 20€

 


 

bd du mercredi

 

Chez Mango

26 comments for “La mort dans l’ame – Ricard / Wens

  1. Mo'
    11 janvier 2012 at 8 h 47 min

    Un album émouvant oui, je l’ai refermé en ayant la gorge nouée. Les amateurs de récits intimistes devraient l’apprécier

    • 15 janvier 2012 at 7 h 32 min

      J’aimerais bien mais visiblement, j’ai fait peur à tout le monde avec ce billet fort dans l’émotion…

  2. 11 janvier 2012 at 9 h 12 min

    .tu sembles particulièrement i bouleversé(e) par cette histoire que je suis tenté de trouver l’ouvrage.

    • 15 janvier 2012 at 7 h 33 min

      Voui, cet album m’a profondément touché. Je suis contente de t’avoir donné envie car le sujet semble faire peur à beaucoup de lecteurs, c’est dommage !

  3. 11 janvier 2012 at 9 h 21 min

    Comme ton blog porte en sous-titre le coin du Japon je t’informe qu Je viens de publier quelques billets qui font référence au Japon: les critiques des films de Kurosawa (Ran et Rashômon), Rashômon et autres contes d’AKutagawa, Deville-Nicloux: Rashômon (un roman graphique). Si cela te tente.

    • 15 janvier 2012 at 7 h 37 min

      Ouiii, j’ai aperçu ça ! je n’ai pas encore ue le temps d’aller les lire ! J’arrive ;) Super idée cet article qui propose 3 axes de support ! J’avais fait qqs billet aussi sur des romans japonais et leur adaptation ciné. Je trouve ça très intéressant !

  4. 11 janvier 2012 at 0 h 37 min

    Je l’ai noté mais vu le sujet assez difficile, je pense que je le lirai quand la météo sera plus … ensoleillée ! Inutile de se plomber un peu plus le moral ;)

    • 15 janvier 2012 at 8 h 06 min

      Bizarement, ça ne m’a pas plombé le moral même si j’ai pleuré comme une madeleine ^^ . ça parle de la vie, de la mort, du quotidien. De choses qui peuvent nous toucher demain, après-demain. C’est beau et fort à la fois. Bref, il faut le lire !

  5. 11 janvier 2012 at 2 h 17 min

    Malgré ton émotion et l’attention particulière que je porte à tes conseils, non.

    • 15 janvier 2012 at 8 h 08 min

      Comment ça, non ??! Moi qui croyais que tu suivais éperdument TOUS mes conseils de lecture, je suis absolument déçue. Enfin, bref, tout ça, c’est parce que tu ne veux pas pleurer ! 

  6. 11 janvier 2012 at 2 h 23 min

    J’aime pas tellement le dessin, mais avec une bonne histoire on s’y fait. Futuropolis sont à surveiller!

    • 15 janvier 2012 at 8 h 09 min

      C’est plus qu’une bonne histoire ! ET Futuropolis est plus qu’à surveiller ^^ Un de mes éditeurs préférés !

  7. 11 janvier 2012 at 4 h 56 min

    J’ai découvert Sylvain Ricard dans Stalingrad Khronika , et celui-ci est dans ma LAL ;-)

    Pas simple de se positionner sur l’euthanasie ou pas …

    • 15 janvier 2012 at 8 h 11 min

      Je lorgnais du coin de l’oeil pour ce Khronika mais ton récent billet m’a convaincue ;)

      Sinon dans cet album-ci, je trouve que les auteurs posent intelligement la question sans imposer une réponse toute faite pour l’euthanasie. Et c’est bien d’en parler, juste pour faire avancer le débat.

  8. 11 janvier 2012 at 5 h 32 min

    Voilà une lecture qui a l’air réellement bouleversante… Il faut sûrement avoir le coeur bien accroché pour se lancer, en aurais-je le courage ?

    • 15 janvier 2012 at 8 h 13 min

      Non, pas du tout. Le fait de vous avoir parlé principalement de mon émotion biaise votre impression on dirait… C’est sûr que c’est un album triste qui parle de la mort et de l’euthanasie mais bon, je pense que chacun le prendra différemment. A moins d’avoir vécu une expérience similaire, rien ne dit qu’il t’émouvera autant que moi.

  9. 11 janvier 2012 at 5 h 34 min

    convaincue, je note !

    • 15 janvier 2012 at 8 h 13 min

      Ah, merci !! ça me fait un grand plaisir ça !

  10. 11 janvier 2012 at 7 h 08 min

    Pas sûr du tout d’avoir envie de lire ce genre d’histoires en ce moment.

    • 15 janvier 2012 at 8 h 14 min

      L’empathie est de mise alors si le sujet est sensible à une période donnée, il faut lui laisser le temps.

  11. 11 janvier 2012 at 9 h 45 min

    J’ai vécu ça il n’y a pas si longtemps avec ma mère. J’en souffre encore terriblement. Je ne pourrais pas lire cette histoire. 

    • 15 janvier 2012 at 8 h 16 min

      Là, je comprends tout à fait Mango. Je pense que les auteurs ont dû vivre une expérience similaire pour retranscrire de manière aussi réaliste et subtile ce difficile moment. Dans quelques années, sauras-tu peut-être l’aborder.

  12. 11 janvier 2012 at 0 h 33 min

    J’ai également beaucoup apprécié cet album…

    • 15 janvier 2012 at 8 h 16 min

      Bah, je n’ai pas trouvé de billets chez toi ?! Je l’ai raté ?

  13. 15 janvier 2012 at 0 h 01 min

    Le moteur de recherche n’est pas terrible. En cherchant sur le titre, je n’ai rien trouvé non plus

    Mais, il est bel et bien là : http://brusselsboy.wordpress.com/2011/10/03/sylvain-ricard-isaac-wens-la-mort-dans-l%E2%80%99ame/

    • 19 janvier 2012 at 2 h 16 min

      En effet ! Si tu ne te trouves même pas toi même ! ^^ Je te rajoute :)

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