Les ignorants – Davodeau

ignorants-01Etienne Davodeau a fait la rencontre il y a quelques années de Richard Leroy. Alors que leur amitié grandissait, une idée murissait dans la tête de Davodeau. L’un est dessinateur, l’autre vigneron et aucun des deux ne connaît véritablement le métier de l’autre. Davodeau se lance alors dans le projet un peu fou de faire une initiation croisée de leur métier. Pendant un an, Étienne va accompagner Richard dans son quotidien de vigneron tandis que ce dernier va peu à peu découvrir les dessous du métier de dessinateur.
Les ignorants est le récit de cette rencontre, la chronique d’une amitié respectueuse autour de leur passion respective.

Étienne débute son initiation par la découverte de la vigne. Il apprend la taille, l’importance de la terre, du vent, du choix du bois pour les tonneaux de fermentation. Richard lui enseigne les petits gestes qui font que son vin est un bon vin qui lui ressemble. Le lecteur découvre à ses côtés toute la technique et la méticulosité nécessaire à la fabrication du vin. Des gestes inédits pour le néophyte dessinateur qui prend pourtant plaisir à écouter et à suivre son ami. Étienne va apprendre à goûter le fameux breuvage, à l’apprécier et à identifier ses nuances.
Richard est un homme passionné qui a choisi de produire son vin en toute indépendance. Il a choisit de cultiver ses vignes en biodynamie et se moque des sceptiques. Et c’est un vrai ravissement que de découvrir l’engagement simple et honnête de cet homme pour sa terre et ses vignes.
De son côté, Étienne va faire découvrir les coulisses de son métier à Richard. Il va lui prêter des albums majeurs qu’il est tenu de lire. Il va emmener son ami chez son éditeur, chez l’imprimeur, chez d’autres amis dessinateurs. Ils visiteront des festivals de BD ensemble. C’est un monde nouveau qui s’ouvre à Richard. Totalement inculte en matière de bande dessinée, il porte un regard neuf et naïf sur ce monde qui le dépasse parfois ou le touche. Ses questions font souvent mouche et pointe des évidences qui n’en sont pas.

Vous l’aurez compris, ces deux hommes sont des passionnés qui vivent véritablement à travers leur travail. La crétaion d’un vin ou d’un album de bande dessinée procède d’un processus créatif qui demande beaucoup de travail. Si les 2 métiers difèrent, on est pourtant frappé par le parallèle qui existe entre ce même acte de création.
Les échanges entre Étienne et Richard sont savoureux. On découvre une véritable amitié entre ces deux là. Ils savent s’écouter, accepter les remarques et les critiques. Ils sont patients l’un envers l’autre et font preuve d’une belle curiosité envers le travail de l’autre. En un sens, ils sont profondément humains.
Leur ignorance est un beau prétexte pour le lecteur d’en découvrir tout autant et sans être d’un didactisme ennuyeux, l’album est une mine d’informations pour qui ne connaît rien en viticulture.
Du côté de la BD, les informations se feront un chouïa moins importantes. Étienne connaît son sujet et on comprendra que ce dernier se penche inconsciemment un peu plus sur un domaine qu’il découvre. Pourtant, les réactions de débutant de Richard sont parfois amusantes et le voir remettre en cause la qualité de certains grands albums a beaucoup de sel ! (Moebius, « c’est pas bon » !) Étienne s’appliquera à lui expliquer la signification de certains éléments (comme l’utilisation d’un canard chez Trondheim) et les rencontres avec Marc-Antoine Mathieu, Gibrat et les 2 médecins de MSF (présents dans la série Le photographe) sont particulièrement riches en échanges et diversité de regards sur le monde.

Inutile donc d’être amateur de bons vins pour apprécier cet album, même si cela peut être un plus ! Pour ma part, je n’en bois pas du tout et si je ne me passionne pas pour l’univers de la vigne, je n’en ai pas moins apprécié la chaleur et la richesse de cet échange au long cours. Étienne Davodeau a réussit une nouvelle fois à rendre avec réalisme l’humanité des hommes qu’il aime et à rendre hommage à cette simplicité d’être au monde qu’on ne doit pas confondre avec vide et platitude. Richard, tout comme Davodeau lui-même est un homme admirable qui va au bout de ses convictions et se bat pour produire un vin qui lui plaise tout d’abord à lui.
Étienne et Richard, ou l’art de toucher les autres à travers leur propre travail !

 

D’autres avis :
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Titre : Les ignorants
Auteur : Etienne Davodeau
Editeur : Futuropolis
Parution : Octobre 2011

267 pages
Prix : 24,50€

 

35 comments for “Les ignorants – Davodeau

  1. 6 février 2012 at 7 h 18 min

    Je veux lire cette BD parce que 1) je susi fan de davodeauy depuis des années 2)je vis au milieu des vignes (mon grand père en possédait d’ailleurs deux ou trois rangs…). 

    • 6 février 2012 at 3 h 29 min

      Petit 3 : parce que Choco le recommande…

  2. 6 février 2012 at 8 h 01 min

    Ma bibliothèque est incapable de mettre la main sur l’exemplaire qu’elle est censée posséder. Tu le crois çà

    • 6 février 2012 at 3 h 29 min

      Y’en a un qui s’est fait un petit cadeau visiblement…. !

  3. Mo'
    6 février 2012 at 8 h 15 min

    J’ai adoré ! Tu te rappelles, on en avait parlé et notamment au sujet des achats de Noel. Finalement, je l’ai offert à mon père… mais mon grand père, vigneron de plus de 80 ans, a passé plus de 3 heures en compagnie de cet album. Ce récit est transgénérationnel ! ^^

    • 6 février 2012 at 3 h 30 min

      Oui je me souviens bien ! Tu vois, je t’avais dit que le papy, il aimerait !! ça me fait bien plaisir ça ! Vous en avez discuté à 3 ensuite ??

  4. 6 février 2012 at 9 h 28 min

    Déjà repéré, je l’ai en plus apercçu à la BM….

    • 6 février 2012 at 3 h 31 min

      Y’a plus qu’à, alors !

  5. 6 février 2012 at 0 h 17 min

    Quelle belle BD! L’univers de Davodeau me touche par son humanité. 

    • 6 février 2012 at 3 h 31 min

      Oui, c’est une constante qui ressort à chacun de ses albums !

  6. 6 février 2012 at 0 h 46 min

    Ah comme je suis d’accord avec toi ! Depuis je suis inscrit dans une cave qui fait des dégustations et je me tourne de plus en plus vers le vin issu de la biodynamie (même le blanc ne me fait pas mal à la tête le lendemain contrairement aux autres à cause des sulfites). Un très bel album.

    • 9 février 2012 at 1 h 18 min

      Ah voui, tu es devenu fan à ce point ! :)

  7. Mo'
    6 février 2012 at 3 h 40 min

    On en a reparlé ensuite, mais pas à trois. En fait, mon grand-père m’a livré ses impressions à chaud. Il interrompait souvent sa lecture et m’interpellait pour parler d’un point ou d’un autre. Puis il reprenait le livre quelques pages avant l’endroit où il l’avait quitté et reprenait sa lecture.

    Quant à mon père, il m’a appelé quelques jours après et on a eu un long échange sur l’album. Je crois qu’il se rend enfin compte que la BD est un medium qui peut l’intéresser. Ouf. Beaucoup d’éléments narratifs ont fait echo chez lui bref, l’album lui donne pas mal de grain à moudre. Il l’a déjà preté à un ami. Il m’a également reproché de ne pas l’avoir offert également à mon grand-père et envisage de réparer cette erreur rapidement. Voici donc un album qui va trouver plus d’un lecteur tant dans mon entourage familial que dans l’entourage amical de mon père. Qui plus est, ces potentiels lecteurs n’ont habituellement pas d’affinités particulières avec le 9è Art. Je suis donc assez curieuse de voir quelles réactions cet ouvrage va susciter. ^^ Affaire à suivre ^^

    Et de ton coté. Tu l’as fait découvrir à qui ?

    • 9 février 2012 at 2 h 24 min

      J’adore ! Voir que la BD peut être un moyen de dialogue et de transmission entre les générations !

      De mon côté, personne à qui le faire partager… Pas de gros amateurs de vins. Pas de lecteurs de BD. Mon père lit beaucoup mais se restreint aujourd’hui à tout ce qui tourne autour du voyage. Bref, l’échange BD, c’est uniquement avec les copinautes… et mes clients :)

  8. 6 février 2012 at 3 h 51 min

    Tu as su me convaincre ! Je travaille dans un CDI de lycée hôtelier et les élèves étudient le vin. Cette BD peut donc les intéresser. Elle fera partie de ma prochaine commande !

    • 9 février 2012 at 2 h 12 min

      Alors là c’est une évidence, ils doivent lire cet album !

  9. 6 février 2012 at 4 h 57 min

    Il fait partie des albums incontournables que je n’ai pas lu l’année dernière avec Portugal et Habibi. Il va falloir que je répare ça au plus vite !

    • 9 février 2012 at 2 h 13 min

      PAs encore lu Habibi non plus mais Portugal est MA Bd de l’année, pour ma part ! J’ai juste pas encore réussi à la chroniquer…

  10. 6 février 2012 at 5 h 05 min

    Comme tous les précédents livres (et expériences) de Davodeau, j’ai beaucoup apprécié cette histoire qui nous fait découvrir deux univers a priori fort éloignés l’un de l’autre. Et pourtant ! Un bon choix !

    • 9 février 2012 at 2 h 14 min

      Oui, je le trouve très fort pour ça, Davodeau !

  11. 6 février 2012 at 2 h 00 min

    Choco, Là , nous sommes d’accord ce livre est un très beau livre, un grand roman, même pour un non buveur de vin !

    • 9 février 2012 at 2 h 15 min

      A mon avis, les amateurs de bonnes bouteilles devraient encore plus apprécier !

  12. 7 février 2012 at 1 h 10 min

    je ne connais pas cet album, mais pour l’instant je n’ai jamais été déçue par cet auteur. Je note

    • 9 février 2012 at 2 h 16 min

      Tu fais bien ! Il fait partie des grands titres de l’année !

  13. Gene
    8 février 2012 at 4 h 46 min

    C’est l’une des plus belle Bd que j’ai lu dernièrement. Je suis toujours bluffée par l’art de passionner les lecteurs avec un documentaire, c’est un tour de force de Davodeau selon moi! Et puis cet album est tellement empli d’humanisme et de respect, la relation des deux hommes est pleine de curiosité réciproque! Bref, complètement d’accord avec toi!

    • 9 février 2012 at 2 h 21 min

      Je n’ai eu un aussi gros coup de coeur que toi, tout de même ! Pour moi, c’est Portugal de Pedrosa qui remporte la palme !

  14. Gene
    9 février 2012 at 9 h 51 min

    Ahh mais je n’ai pas lu Portugal encore; mais à vous lire tous, ça ne devrait plus tarder;-)

  15. 21 février 2012 at 4 h 58 min

    Je survole ton billet car je suis en train de lire cet album (mon homme vient juste de le terminer !). Mais j’avoue que je ne suis jamais une inconditionnelle de Davodeau. J’aime ses dessins mais je m’ennuie toujours un peu en lisant ses albums !

    • 27 février 2012 at 7 h 47 min

      De l’ennui ? Ah ben non ! Cet auteur parle des hommes dans tout leur humanité !

  16. 24 février 2012 at 0 h 15 min

    Celle là, il me la faut d’urgence !!!

  17. 4 avril 2012 at 3 h 11 min

    Une Bd que j’ai découvert dans la presse at que je lis peu de temps après « un homme est mort ». Davodeau ne déçoit pas, il associe Bd et projets ambitieux, c’est remarquable!

    • 8 avril 2012 at 6 h 07 min

      En effet, c’est à la fois ambitieux tout en restant simple et humain.

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