Muse – Joseph O’Connor

muse-01.jpgSi le dramaturge John millington Synge connaît une belle notoriété parmi les amateurs de littérature irlandaise, l’actrice Molly Allgood ne peut en dire autant parmi nos contemporains. Selon les voeux de Synge, ce couple de légende est resté dans l’ombre et Molly, terminera sa vie seule et sans le sou avant d’être internée en hôpital psychiatrique.

 

C’est d’ailleurs en 1950, à Londres, que nous retrouvons l’ancienne actrice. La belle a perdu de son lustre et c’est désormais une vieillarde qui traîne ses nippes dans les rues à la recherche de quelques sous. Une vieille femme donc, qui survit péniblement, en se réchauffant à coup d’alcool et de souvenirs. Car des souvenirs, Molly en possède de nombreux. Tous liés à son grand homme de théâtre à qui elle restera toujours fidèle même après avoir choisi de le quitter. L’histoire d’amour de toute une vie que Molly nous conte à sa façon dans ce roman qui s’appuie sur des faits réels.

 

Muse nous plonge donc dans les affres nostalgiques de Molly, suivant au gré de ses pensées des épisodes du passé. Se déroulant sur une journée à l’issue tragique, son parcours ne manquera pourtant pas de nous conduire à travers les époques.

Sans aucun ordre chronologique, nous allons découvrir les débuts de Molly, sa rencontre avec Synge qui signera le début d’une vie amoureuse compliquée par la trop grande pudeur de Synge, son désir de rester secret et de ne pas trop s’impliquer, pris par les affres de la création et trop tenu par une mère dominatrice. Molly, elle, respire l’insouciance, la liberté. Elle n’hésite pas à braver les traditions de la famille pour vivre comme elle l’entend. Issu d’un milieu populaire, elle découvre à ses côtés l’art, la littérature et tente de perdre son accent peu raffiné. On est le spectateur de leurs échanges épistolaires, riche de références intellectuelles et de petits mots passionnés.Il est protestant , elle est catholique et pourtant leur amour dépasse les clivages.

Au delà de leur histoire d’amour, on découvre aussi toute une époque, tout le milieu théâtral anglais qui vît les débuts de Synge et de Yeats, l’incompréhension du public, l’attachement de Synge envers les petits paysans qui va à l’encontre de son éducation.


Leur histoire tournera court et c’est la vieille Molly qui, en tant que dernier témoin, nous livrera son témoignage sur cette époque bénie. Le contraste est d’autant plus choquant que Molly vit désormais dans le dénuement le plus total, se nourissant de souvenirs faute d’aliments. Sa déchéance est poignante, tout comme sa fierté à vouloir sauver la face, envers et contre tout. Les allers-retour entre les époques perturbent quelque peu au départ, avant de nous embarquer dans un tournoiement de misère et de gloire. Synge n’est plus mais l’amour de Molly continue de flamboyer sous sa carapace décrépie, s’accrochant à quelques lettres comme à un trésor de grande valeur.

 

muse-02.jpg Molly Allgood, par Yeats – 1913

 

Formidable roman dont la très belle écriture nous interpelle dès les premières lignes ! La narration se fait à la deuxième personne et prend à partie à la fois le lecteur et Molly, comme une petite voix de la conscience qui admonesterait son enveloppe physique. Très écrit, dans une prose raffinée qui retranscrit bien les formes et l’ambiance de l’époque, Muse nous catapulte dans un Londres théâtral où les carrières se font et se défont au gré d’une opinion publique arrêtée et peu novatrice. Amour, solitude, difficulté de la création littéraire, théâtre, histoire irlandaise, ce roman d’inspiration historique et littéraire s’avère très dense et riche d’émotions. Suivant le parcours d’une jeune fille naïve qui deviendra néanmoins la muse d’un grand auteur, le lecteur ne peut que s’attacher au personnage et découvrir un aspect peut-être méconnu de l’auteur. Centré autour de Molly, le texte tend à mettre en avant celle qui fut toujours dans l’ombre tout en brillant sur les planches.

Muse est sans conteste un roman brillant qui fait la part belle à la finesse et transforme un amour à la fois passionné et douloureux en un petit bijou littéraire. Un superbe hommage à un dramaturge que, je dois le reconnaître, je ne connaissais pas vraiment.

 

Citations :

« Alors il marche, et il marche avec ses vieilles bottes abîmées, et elle marche à ses côtés, par temps de pluie ou de canicule. Ils sont presque toujours côte à côte, rarement face à face, et leurs empreintes sur la plage forment de gracieuses parallèle qui ne se rencontrent guère. »

 

« J’imagine que quand on est vieux, les souvenirs sont comme des pierres, on pose toujours le pied sur cellesqu’on connait bien pour ne pas tomber. »

 

 

muse-03.jpg

 

 

D’autres avis :

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Titre : Muse

  Auteur : Joseph O’Connor

Editeur : Phébus

Parution : Août 2011

    278 pages 

Prix : 19€


 

 

prix lectrices ELLE

 

 

 

 



21 comments for “Muse – Joseph O’Connor

  1. 21 février 2012 at 7 h 57 min

    Un roman magnifique dont je garde un excellent souvenir.

    Bravo pour ce beau billet. :)

  2. 21 février 2012 at 9 h 15 min

    Comme tu as du le lire dans mon billet, je n’ai pas été touchée par cette histoire… je pense que l’écriture, très belle, j’en conviens, m’a empêchée de m’intéresser aux personnages, surtout à Synge.

    • 27 février 2012 at 7 h 43 min

      Oui, j’en conviens, il n’est pas forcément facile d’accès et ne conviendra pas à tout le monde.

  3. 21 février 2012 at 1 h 51 min

    Je prévois d’en parler, dans ma rubrique « abandons ». Je me suis ennuyée à périr, du coup j’ai laissé tomber. Pourtant, il avait tout pour me plaire…

  4. 21 février 2012 at 2 h 44 min

    C’est noté ! En plus, j’aime beaucoup la couverture !

     

    463 bouquins sur ta PAL, mais tu es folle !!!! Tu vas les mettre où dans ton appart ?

    • 27 février 2012 at 7 h 44 min

      C’est bien ma question quand je vois les 50 cartons entassés ^^

  5. 21 février 2012 at 5 h 13 min

    Je suis totalement fâchée avec le style de cet auteur alors je passe mon tour, malgré un sujet qui me semble intéressant !

    • 27 février 2012 at 7 h 53 min

      C’est mon premier titre alors ce fut la suprise ! J’avoue que je le relirais bien :)

  6. 21 février 2012 at 6 h 03 min

    Je n’ai pas du tout accroché…

    • 27 février 2012 at 7 h 54 min

      Décidemment, les avis sont partagés !

  7. 22 février 2012 at 5 h 18 min

    Ah oui, il est en sélection ! Chouette alors ! 

     

    Il est sur ma PAL, il faudrait que je prenne le temps de le lire, j’en ai tellement envie ! ;)

    • 27 février 2012 at 7 h 54 min

      Héhé ! Mais je ne sais pas s’il fera partie des 3…

  8. 22 février 2012 at 0 h 06 min

    Pas sûr d’adhérer, le sujet et le style « trop classique » ne m’emballe pas plus que ça.

    • 27 février 2012 at 7 h 55 min

      J’y suis rentrée un peu à l’aveuglette sans connaître vraiment ce poète mais j’ai réussi à rentrer dans cette histoire pourtant bien éloignée de mes genres habituels.

  9. 24 février 2012 at 9 h 46 min

    Les avis sont tellement contradictoires sur ce roman que je finis par ne plus savoir si je le lirai

    • 27 février 2012 at 7 h 56 min

      Oui, je suis assez surprise qu’il y ait autant d’avis négatifs.

  10. 26 février 2012 at 2 h 42 min

    j’avais été bouleversée par Inishowen. Je n’ai plus rien lu de lui depuis… il faudrait que je m’y remette. J’aime beaucoup sa plume!

    • 27 février 2012 at 7 h 57 min

      J’avais repéré à l’époque ce roman centré en Irlande. Je crois que je poursuivrais un de ces 4 avec ce titre !

  11. 25 août 2012 at 1 h 57 min

    Superbe roman que j’ai chroniqué aussi comme la plupart des livres de Joseph O’Connor.

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