Les monstres de Mayuko – Marie Caillou

monstres-de-mayuko-01C’est l’hiver. Mayuko est une petite fille espiègle qui s’amuse dans la neige à lancer des boules sur les statues en pierre des divinités familiales : Kitsune le renard et Tanuki, l’animal légendaire. A l’heure du coucher, Mayuko se sent fiévreuse. Elle se réveille alors soudain, en plein nuit, et se retrouve nez à nez avec Kitsune qui sous couvert de l’emmener rejoindre sa mère, conduit la petite fille dans un étrange univers peuplé de yôkai et d’esprits en tout genre qui ne lui veulent pas tous du bien… Il ne fait pas bon se moquer des divinités !

Marie Caillou signe ici son deuxième album de bande dessinée. Et quel album ! Plus habituée au monde de l’animation pour lequel elle travaille régulièrement (notamment sur Peur(s) du noir), on l’avait pourtant pu la croiser sur La chair de l’araignée réalisé avec Hubert. Ici, elle est seule aux commandes de cette histoire qui se veut une sorte d’Alice au pays des merveilles, version japonaise ( c’est l’auteur elle-même qui me l’a dit !).

Il est à noter tout d’abord que le livre est de grande qualité. Une couverture superbe, un papier au fort grammage très agréable à toucher, des couleurs mises en valeur : voilà déjà un fort bel écrin.

A la suite de Mayuko, le lecteur plonge dans un monde parallèle, situé entre rêve fiévreux (cauchemar !)  et réalité. Si la petite fille sait qu’elle doit se méfier de Kitsune, elle finit par céder à ses pressantes invites et se retrouve bien vite perdue dans un monde dont elle n’a pas les clés. Sur sa route, elle croise bon nombre de créatures fantastiques du bestiaire japonais. Au nombre de ces yôkai : Kitsune le renard, le Tengu au long nez, le Kappa du lac, le légendaire Tanuki, des rokurokubi aux long cous de serpent. Des yôkais bien effrayants qui n’hésitent pas à se jouer de la petite fille et à se venger gentiment.

Véritable conte moral, Les monstres de Mayuko n’est pourtant pas, selon moi, destiné aux jeunes enfants. Certaines scènes sont d’une violence sourde, parfois même sanglante. L’atmosphère est ambivalente entre naïeveté et noirceur plutôt effrayante. Squelettes pendus aux arbres, petite fille mutilée constrastent fortement avec le joli visage rond et fardé de blanc de Mayuko.

Graphiquement, l’album est somptueux. Entièrement réalisé à l’ordinateur, il fait preuve d’un graphisme particulièrement original. Entre inspiration traditionnelle japonaise et formes figuratives, cette histoire est tout autant à lire qu’à voir. On remarquera surtout les décors constitués de formes stylisées qui donnent une modernité certaine au dessin tout en prenant racine dans une tradition plus ancienne. La couleur est franche, forte et puissante, souvent en grands applats, accentant ainsi l’effet fantastique de l’histoire. Mélange des genres entre occident et Japon, le style de Marie Caillou est parfaitement maîtrisé et trouve son summum dans des illustrations pleine page plus que réussies.

Marie Caillou réalise ici un superbe album hybride qui s’appuie sur sa connaissance du monde japonais. Une histoire troublante, charmante et effrayante à la fois pour laquelle j’ai eu un véritable coup de coeur !!

En voyant que l’auteur était présente au salon du livre, je me suis empressée d’aller faire dédicacer mon exemplaire. Seule devant sa table en compagnie d’autres auteurs Dargaud à la file bien fournie, j’ai pu discuter fort agréablement avec elle sur son travail. Elle m’avoua que le monde de la bande dessinée est tout nouveau pour elle et qu’elle y trouve une formidable liberté absente dans l’animation, très cadrée. Elle travaille sur ordinateur car elle a la main peu sûre. Elle me cita ses influences dessinées dont j’ai malheureusement presque tout oublié…. ( Crumb, Mizuki, Tatsumi,Maruo,…etc). Evoquant le fait que je la verrai parfaitement dans l’illustration jeunesse, elle me répondit que c’est également un de ses souhaits mais que ses nombreux envois n’ont pas fait mouche chez les éditeurs jeunesse… On ne peut que s’en attrister. Actuellement, elle travaille sur un projet dans l’animation et prépare également un nouvel album qui j’espère fera mouche chez les éditeurs et les lecteurs !

 

 

D’autres avis :
Bulles et onomatopéesDavid F -

 

Lien :
Site de Marie Caillou

 

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Titre : Les monstres de Mayuko
Auteur : Marie Caillou
Editeur : Dargaud
Parution : Février 2012
48 pages
Prix : 19,99€

 

Challenge Dragon de Feu

BD du mercredi chez Mango

bd du mercredi

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La dédicace :

 

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  10 jours japonais : Jour 2

10 jours japonais

 Aujourd’hui, vous pouvez aller voir chez les participants :

- Jérôme vous plonge à son tour dans les bains du manga Therma Romae

- Oliv’ a lu Une vie dans les marges, de Tatsumi

- Catherine vous explique l’art du Kirigami

- Hélène se balade avec Taniguchi et son Furari

- Soukee voyage avec Lafcadion Hearn

- Anis lit Murakami Ryu et sa Kyoko

- Unchocolatdansmonroman part en cuisine avec les bentos

- Mango découvre le pavillon des hommes

- Tiphanya a lu La maison en petits cubes

 

 

 

20 comments for “Les monstres de Mayuko – Marie Caillou

  1. 21 mars 2012 at 1 h 21 min

    Eh ben, il a été vite lu 

    • 21 mars 2012 at 2 h 08 min

      Acheté et lu avant le salon en fait !

  2. 21 mars 2012 at 2 h 00 min

    La dédi aussi est réalisée à l’ordi ?

    400 pages quand même…ouch, c’est tentant !

    • 21 mars 2012 at 2 h 08 min

      Nan, c’est fait avec deux tampons ! 400 pages ?! ah nan merde, j’ai pas fait la correction du copier-coller…. 48 pages en fait Mais soit tenté quand même :)

  3. 21 mars 2012 at 2 h 38 min

    Super belle, la dédicace

    • 22 mars 2012 at 3 h 20 min

      C’est encore meilleur avec la rencontre !

  4. 22 mars 2012 at 9 h 01 min

    Merci d’avoir bien précisé que ce n’était pas pour les très jeunes enfants. Je vais attendre un peu pour la lire à celle qui adorera sûrement les images. Les dessins sont très agréables. 

    • 22 mars 2012 at 3 h 26 min

      Ah non, c’est certain ! Néanmoins, une grande comme toi peut y aller les yeux fermés ! ;)

  5. 22 mars 2012 at 1 h 31 min

    j’avais énormément hésité à lire la chair de l’araignée  cause de l’histoire (je l’ai pris et reposer un paquet de fois dans différentes librairies). mais là je suis carrément tentée. Il est temps que je découvre cette illustratrice

    • 22 mars 2012 at 3 h 27 min

      Je n’ai lu La chat mais du coup, ça me titille depuis Mayuko ! Je trouve son travail d’illustration extrêmement intéressant et je suis curieuse de voir comment elle va évoluer dans le monde de la BD.

  6. 22 mars 2012 at 6 h 49 min

    Si je peux me permettre Choco je voudrais juste te signale que le lien de Jérôme nous mène tout droit vers une page de …Oliv ! hihi !

    • 22 mars 2012 at 3 h 28 min

      Ah merde ! Je galère tellement avec ma connection que je foire mes publications régulièrement…

  7. 22 mars 2012 at 7 h 35 min

    Déjà convaincue, j’ai hâte de découvrir en détail cet album, et quel billet !

    Voici ma participation du jours aux 10 jours japonais ( conte  jeunesse en musique ) :

    http://lisezjeunesse.canalblog.com/archives/2012/03/22/23804345.html

    • 22 mars 2012 at 3 h 34 min

      Ouais bof, je ne suis pas supe contente de moi… comme souvent, qd on a eu un coup de coeur !

  8. 22 mars 2012 at 8 h 53 min

    Je l’ai feuilleté la semaine dernière en librairie. Très beau graphiquement, mais je n’ai pas craqué. Une erreur peut-être…

    • 22 mars 2012 at 3 h 34 min

      Moi, je suis fan ! Après, faut être un peu branché Japon tout de même ! :)

  9. 23 mars 2012 at 5 h 11 min

    joli graphisme, noté !

  10. 26 avril 2012 at 5 h 49 min

    Je l’ai feuilleté en librairie et je n’ai pas franchement accroché au dessin … je pense qu’il faut que j’apprenne à m’y habituer ! Donc, pas d’achat pour ce titre mais j’attends de voir si la biblio l’achète … je suis quand même un peu intriguée par l’histoire ;)

    • 29 avril 2012 at 2 h 36 min

      C’est sûr, c’est très graphique comme dessin !

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