Le temple des oies sauvages – MIZUKAMI Tsutomu

temple-des-oies-sauvages-01Nangaku Kishimoto est un peintre renommé qui a peint de magnifiques panneaux ornés d’oies sauvages. Ces peintures qui ornent désormais le Temple Kohoân sont les dernières traces de cet homme mourant qui confie sa maitresse Satoko aux bons soins de Kitami, le moine responsable du temple. Kitami, amoureux secret depuis toujours de la belle Satoko, s’empresse de l’accueillir en son temple où il vit avec Jinen, son jeune apprenti. Laissant libre cours à ses désirs, les deux amants connaissent alors une vie empreinte de sensualité et de sexualité ignorant que, bientôt, elle va être menacée. 

Voilà un roman à la trame tout ce qu’il y a de plus classique : un lieu fermé et trois personnages dont les relations troubles vont finir au tragique. L’histoire se déroule dans un quasi huis-clos à l’intérieur du temple autour de 3 personnages. Kitami est le responsable du Kohoân et il doit faire face à de nombreuses obligations envers les familles auquel il est rattaché : prières commémoratives, cérémonies de deuil, …  La venue de Satoko bouleverse son quotidien et développe ses ardeurs masculines. Satoko, qui en acceptant de venir habiter au temple s’est rallié au « meilleur choix » possible pour une femme de sa condition,  s’y prête malgré tout avec bonheur et répond aux attentes de Kitami tous les jours. Au mileu, Jinen. Le petit moine apprenti destiné à devenir le successeur de Kitami présente un physique repoussant mais surtout un regard et un comportement inquiétant. C’est un jeune garçon silencieux mais dévoué qui effectue ses tâches sans rechigner et subit les vexations de son maître sans broncher.

 » [...] … elle ne parvenait pas à se faire au petit moine : Jinen. Pour parler franc, elle ne l’aimait pas, mais sans qu’elle eût pu dire pourquoi. D’abord, il avait une grosse tête sur un petit corps : ses proportions faisaient croire à quelque anomalie. Son caractère contredisait cette impression : il avait une certaine candeur, un côté «enfant bien sage». Mais Satoko ne pouvait pas supporter son air sinistre. »

 A l’image de Satoko que le garçon attire et effraie en même temps, nous ne saurions rien des pensées et des sentiments de Jinen. La chute de l’histoire n’en sera d’ailleurs que plus surprenante, si vous avez évité de lire la quatrième de couverture qui vous dévoile tout…

L’auteur aborde ici un univers qu’il connaît bien, ayant exercé lui-même en tant que novice dans un temple. Il renonce d’ailleurs à devenir moine pour écrire des romans. L’ambiance est d’ailleurs très réaliste et l’atmosphère parfaitement rendue. Roman à léger suspense, la tension apparaît peu à peu malgré une apparence de sérénité. Un malaise certain que Satoko ressent particulièrement sans parvenir à le cerner. La promiscuité exacerbe les désirs et le temple, lieu de dépouillement par excellence devient temple de la luxure.

 

temple-des-oies-sauvages-02Hiroshige

 

Le temple des oies sauvages est finalement un roman très simple qui ne se fait remarquer ni par son écriture, ni par son histoire. Un choix semble-t-il délibéré de l’auteur (trop peu) explicité dans la préface. Si j’avais ignoré la manière tragique dont cette histoire se terminerait, j’aurais peut-être plus apprécié ce léger roman qui ménage sa fin en tenant le lecteur dans une certaine ignorance. Malheureusement, j’ai pour ma part trouvé dérangeant le fait de ne rien savoir jusqu’à la fin des sentiments de cet enfant qui va se révéler le pivot de cette histoire. S’ils finissent par être compréhensible, à travers ses actes, la sensation durable d’être resté en surface, que le ressort psychologique est absent prend malgré tout le pas.

Le style d’écriture épuré et sans grandes envolées littéraires, le choix très classique d’un narrateur omniscient ne marqueront pas plus les esprits. De l’auteur, on retiendra surtout ce désir de parler d’une classe de déshérités qui ressassent amertume et désespoir, de ces existences où vie et mort se côtoient et se mélangent pour le meilleur et pour le pire. Du roman , c’est la peinture tristement réaliste de la vie religieuse de moine et de novice qui restera en mémoire.

Une lecture agréable donc mais qui ne me paraît pas indispensable outre mesure.

 

D’autres avis :
VirginieKatell -

 

Titre : Le temple des oies sauvages
Auteur : MIZUKAMI Tsutomu
Editeur : Picquier
Parution : 1992 /1995 pour le poche
139 / 144 pages
Prix : épuisé / 6€

 

 

10-jours-japonais1Jour 10 des 10 jours japonais :

Vous pouvez également découvrir :

- Jérome a lu Boy, de Kitano
- Unchocolatdansmonroman nous fait découvrir le peintre Yoshitomo Nara
- Clara a lu le roman inachevé de Kawabata, Les pissenlits
- Mango nous présente un peintre qui a peint sur le Japon
- Catherine évoque la présence de Kenzaburo Ôé au salon du livre
- Sharon s’attaque au manga Nana

 

 

 

11 comments for “Le temple des oies sauvages – MIZUKAMI Tsutomu

  1. 30 mars 2012 at 7 h 01 min

    Bon, je apsse alors … L’écriture aurait pu « sauver » ce livre, mais vu ce que tu en dis, je préfère me pencher sur un autre titre. ;)

    • 30 mars 2012 at 9 h 32 min

      POur le coup, je pense qu’il doit y avoir des notions de courants et de style japonais que j’ignore et qui ne me permettent pas d’insérer ce roman dans un certain genre narratif, Et du coup qui fait que certaines qualités m’échappent.

  2. 30 mars 2012 at 4 h 11 min
    • 30 mars 2012 at 2 h 14 min

      Merci beaucoup ma chère pour cette participation que je n’attendais pas !

      Je t’écris ce week-end…

  3. 30 mars 2012 at 6 h 23 min

    ah ah ! il semblerait que je me sois perdue dans ces nipponeries car voici mon dixième billet, le dernier donc, sur un ouvrage aussi troublant que beau: Les Belles endormis de Kawabata : http://www.unchocolatdansmonroman.fr/article-les-belles-endormies-yasunari-kawabata-102545520.html

    En tous cas merci pour ce challenge qui m’a permis de faire de belles découvertes, des livres touchants que je prendrai plaisir à relire. Puis j’ai pu faire de nouvelles rencontres, découvrir des blogs que je ne connaissais pas. bref, c’était super !

    • 30 mars 2012 at 2 h 17 min

      Tu as été une participante des plus régulières et je t’en remercie ! Tu termines en plus sur un de mes romans coup de coeur :)

      Je peux en dire tout autant que toi sur ce défi et je ne laisserais pas autant de temps passer avant de réitérer l’opération !

  4. 30 mars 2012 at 9 h 49 min

    Pas indispensable ? C’est ma PAL qui va être contente. De mon coté, je finis ces 10 jours japonais avec un roman Picquier Jeunesse, Gamba et les rats aventuriers : http://litterature-a-blog.blogspot.fr/2012/03/gamba-et-les-rats-aventuriers.html

    • 30 mars 2012 at 2 h 22 min

      Je ne peux tout de même pas dire que tous les romans japonais sont indispensables, vous finiriez par ne plus m’écouter !

  5. 30 mars 2012 at 0 h 08 min

    Merci pour cette belle note de lecture, je pense que ce roman vaut quand même le coup d’être lu .

    Bon weekend !

    • 30 mars 2012 at 2 h 25 min

      Tout roman japonais vaut le coup d’être lu !

  6. 31 mars 2012 at 8 h 33 min

    Pourtant, c’est justement le sel d’un roman de nous surprendre par une fin inattendue. 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *