La véridique histoire des compteurs à air – Cardon

veridique-histoire-des-compteurs-a-air-01.jpgDans un monde futuriste et quelque peu aseptisé, l’air que nous respirons est devenu une denrée si rare qu’il est désormais compté. L’homme se balade désormais avec un compteur à air dans le dos et est tenu d’économiser coûte que coûte ce précieux « carburant ». Des quotas sont imposés et les parents d’Emile dont nous suivons l’histoire lui interdisent bien d’en consommer pour « des bêtises comme respirer des fleurs ou monter l’escalier quatre à quatre ».

 

Cette fable si moderne est pourtant une réédition d’un album ô combien visionnaire paru en 1973. Evoquant de manière directe une dégradation de l’environnement telle que des compteurs deviennent nécessaire pour vivre, il pointe aussi du doigt les inégalités sociales. Alors que pour le petit Emile, le simple fait de respirer une fleur en cachette ou même de rire est du gaspillage, on voit d’autres enfants plus nantis avoir la chance de posséder un animal et de courir en leur compagnie. Plus loin, ce sont des ouvriers d’usine qui meurt dans l’indifférence. Et plus loin encore, on découvre une zone où l’air est tellement pollué qu’il en est gratuit.


Cardon dessine ici un monde effrayant, presque déshumanisé. Les humains sont affublés d’un boite disgracieuse sur le dos qui engendre une mode en conséquence et n’évite pas la surenchère sur de nouveaux compteurs toujours plus performants. Les rues sont vides, silencieuses. Il n’y a plus de voitures, plus de cris d’enfants, plus de vie pourrait-on dire. Résignation et désespoir semblent être le quotidien.

 

La mise en forme graphique dans un format à l’italienne est tout aussi curieuse. Le texte ne prend pas place dans le dessin et l’album se présente comme une alternance de dessins muets et de page de texte. Un texte court, percutant qui tient en une phrase mais éclaire l’image d’à côté. Les dessins sont donc en pleine page ou même en double page. Le trait est épuré, se construisant sur des lignes graphiques étouffantes, écrasantes qui laissent peu de place à la liberté des hommes. Aucune couleur pour alléger l’atmosphère pesante. Les seuls tâches colorées présentes ne font que souligner l’importance d’un détail : les nouveaux compteurs, la fleur interdite,…  Le monde de Cardon se veut fort sombre…

 

La véridique histoire des compteurs à air est une histoire à la fois surréaliste et se basant sur des réalités sociales et environnementales bien réelles. Vu à travers le regard d’un enfant d’ouvrier qui se confie à son journal intime, le monde inégalitaire est dénoncé de manière subtile. Un album atypique d’une grande force et qui n’a pas perdu son étonnante actualité.  

 

Liens :

Interview de Cardon

 

D’autres avis :

L’accoudoirDu9 -

 


 

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Titre : La véridique histoire des compteurs à air

Auteur : Jacques-Armand Cardon

Éditeur : Buchet Chastel, Les cahiers dessinés

Parution : Février 2012 (1ère édition : 1973)

    160 pages

Prix : 28,40€


 

 

9 comments for “La véridique histoire des compteurs à air – Cardon

  1. DeL
    1 mai 2012 at 1 h 02 min

    Le thème et le dessin ont attiré mon attention. Il est dispo dans ma bibliothèque, je le note donc, merci !

    • 3 mai 2012 at 0 h 57 min

      Contente de voir que ce livre atypique a au moins fait une touche !

  2. 1 mai 2012 at 4 h 49 min

    Je ne connaissais pas du tout, je note

  3. 1 mai 2012 at 4 h 59 min

    Terrifiant et si vrai. Un bel album. Merci pour cette découverte.

    • 3 mai 2012 at 1 h 01 min

      De rien ! Je serais heureuse de lui offrir quelques lecteurs !

  4. Mayday
    14 mai 2012 at 5 h 57 min

    C’est tout simplement la plus grosse claque que j’ai pris cette année avec un album!

    • 15 mai 2012 at 9 h 23 min

      Ah ouais carrément ?!

      Moi, je suis assez fière d’avoir lu ce genre d’album qui, à priori, n’est tout à fait ma tasse de thé !

  5. 17 mai 2012 at 1 h 23 min

    intéressant, voilà qui me tente beaucoup (enfin, sauf le prix, aouch!). Je ne connais pas cet illustrateur, mais son style me fait un peu penser à Topor…

    • 21 mai 2012 at 0 h 14 min

      C’est un vieux truc mais je le découve aussi à l’occasion de cette réédition ! Topor ? En effet, on peut les rapprocher, tu as raison !

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