Un léger bruit dans le moteur – Munoz / Get’s / Luciani

leger-bruit-dans-le-moteur-01.jpgDans un petit village isolé où personne ne s’arrête jamais, excepté le facteur, et où la vie semble être un sac de briques accroché au cou de ses habitants en pleine noyade sociale et financière, un gamin a décidé de tuer tout le monde. Pour d’obscures raisons, il s’attèle à trucider les habitants un par un, en faisant preuve de beaucoup d’ingéniosité.

 

Cette adaptation du roman éponyme de Jean-Luc Luciani (que je n’ai pas lu et dont je ne peux juger l’adaptation) est une oeuvre à la fois noire et cynique. On y suit les pensées et les actes de ce petit garçon qui, persuadé d’avoir commencé à tuer dès sa naissance (sa mère) construit un plan fort réfléchi pour arriver à ses fins : tuer tous les habitants du village, sa propre famille compris. A travers la narration de ce personnage dont nous ne connaîtrons pas le nom, nous allons suivre la fin tragique de chacun d’entre d’eux. Le petit frère qui décède d’un accident de balançoire, l’institutrice qui se prend un coin de bureau dans l’oeil, un gamin qui s’empale dans un piège à sanglier, un autre qui se noie dans la vase, etc…

Seule la petite Laurie trouve quelque peu grâce à ses yeux et, pour cela, devra mourir la dernière.

 

« Madame Frolignac, c’est l’épicière du village. Et c’est son chat que j’égorge si souvent dans mes rêves. C’est la seule à avoir un contact avec le monde de dehors du village. Elle part acheter des aliments qu’elle revend trois fois plus cher. C’est mon père qui l’a dit. Rien que pour ça, elle mourra plus lentement que les autres. »

 

Vous l’aurez compris, inutile de chercher un peu de lumière dans cette histoire à la fois malsaine et oppressante. Le gamin tueur est effrayant de sang-froid et d’absence de remords et de compassion. Il nous explique ses faits et gestes avec une certaine naïveté, fautes d’orthographe à l’appui, tout en faisant preuve d’une résolution incompréhensible.  Sa seule volonté est d’achever tout le monde et de partir, dans le monde, hors de cette communauté bien peu amène. Si les enfants seront les premiers à subir sa violence, les adultes ne seront pas en reste. Et d’une certaine façon, on pourrait presque le comprendre ! Les habitants de ce petit village vivent en vase clos, dans une misère crasse qui les enfoncent dans la médiocrité, la méchanceté et la perversion. Chômage, misère, folie, avarice, luxure, inceste, infidélité, racisme… les adultes de ce groupe donnent de beaux exemples d’immoralité et sont prêts à planquer les cadavres dans le jardin pour continuer à toucher les pensions de ces derniers. Aucun des personnages ne semble pouvoir être sauvé ici.

Cette descente aux enfers s’avère pourtant surprenante. Le contraste entre un propos profondément noir et une narration enfantine et innocente donne un effet totalement décalé qui donne presque envie d’en rire. On s’étonne à attendre la suite du récit avec impatience, s’interrogeant sur les limites sans cesse repoussées du jeune assassin.

 

Mais si le scénario en perturbera certains, on ne pourra que s’enthousiasmer pour son traitement graphique. Dans une palette aux tons ocres et bleu nuit, Munoz a imaginé un univers oppressant dont l’ambiance crépusculaire est rendue à la perfection. Son trait offre à la fois un côté naïf avec des traits épais, appuyés, et un côté très travaillé sur le grain, la lumière, donnant ainsi beaucoup de profondeur et de densité. Un aspect qui m’a fait un peu penser au dessin de Tirabosco, dont j’apprécie aussi le travail. Les personnages sont fort bien croqués et leurs expressions mises en avant. Par exemple, on ne peut oublier le regard perdu et désespéré de Laurie dans un lit où elle ne devrait pas être.

 

Un léger bruit dans le moteur est un album qui ne manquera pas de troubler son lecteur. Une histoire hors-norme qui ne vous laissera pas indifférent. Laissez-vous embarquer malgré tout dans ce cauchemar sauvage qui, tout en piétinant toute forme de morale, montre l’aspiration d’un jeune garçon à une vie « normale » en dehors de ce village inhumain. Faut-il aller au bout de son inhumanité pour retrouver une quelconque forme d’humanité ? La question est posée. En attendant, nous pourrez toujours vous régaler de l’étrange beauté qui ressort de ces pages, sublimé par le dessin de Munoz.

Un petit coup de coeur pour ma part !

 

 

Lien :

Blog du dessinateur, Jonathan Munoz

 

 

 

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Titre : Un léger bruit dans le moteur

Dessinateur : Jonathan Munoz

  Scénaristes : Gaet’s / Jean-luc Luciani

Éditeur : Physalis

Parution : Août 2012

  120 pages 

Prix : 17,90€


 

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Chez Mango


25 comments for “Un léger bruit dans le moteur – Munoz / Get’s / Luciani

  1. 12 septembre 2012 at 7 h 52 min

    Surprenant !

  2. 12 septembre 2012 at 9 h 31 min

    Perturbant, c’est certain, un cauchemar en effet. Impressionnant. Mes planches que tu montres sont saisissantes. Je ne sais pas si le malaise ne sera pas trop grand en lisant, un côté voyeur.

    • 23 septembre 2012 at 7 h 37 min

      Non pas voyeur du tout, ce n’est pas cette impression. Mais, oui, un peu malsain c’est certain. Néanmoins, la fin dédramatise un peu.

  3. 12 septembre 2012 at 9 h 53 min

    Pas uper envie de me lancer en ce moment dans une histoire malsaine et oppressante. Mais je reconnais que graphiquement, c’est très beau.

    • 23 septembre 2012 at 7 h 59 min

      Le malsain n’a pas un effet durable, je te rassure ! ça vaut vraiment le coup de le découvrir !

  4. 12 septembre 2012 at 5 h 14 min

    je l’aurais !!

  5. 12 septembre 2012 at 9 h 19 min

    Celui-là, je le note. Rien que la couverture me donne déjà envie de le lire…

    • 23 septembre 2012 at 8 h 00 min

      C’est la réflexion que je me suis faite aussi ! ^^

  6. 12 septembre 2012 at 0 h 46 min

    Ta présentation et les quelques planches me donnent l’eau à la bouche. Je le note ! (p’têt même que je vais le trouver ce week-end).

  7. 12 septembre 2012 at 2 h 26 min

    Sacrée trouvaille que tu nous as fait là, je suis emballée ! Ca devrait plaire à Sara !

    • 23 septembre 2012 at 8 h 01 min

      Tu es la lectrice parfaite, tu t’emballes toujours pour mes coups de coeur bd !

  8. 12 septembre 2012 at 2 h 37 min

    Non, franchement , ce n’est pas pour moi. Je n’aime même pas les dessins c’est dire! 

    • 23 septembre 2012 at 8 h 01 min

      Ah ben merde alors !

  9. 13 septembre 2012 at 1 h 47 min

    Les illustrations oui… mais je ne sais pas trop là quand même :)

    • 23 septembre 2012 at 8 h 02 min

      Faut pas avoir peur ! Je suis sure que vous avez tous lu des trucs autrement plus glauques que ça ! ^^

  10. 14 septembre 2012 at 2 h 40 min

    Ahah, génial ça. Je vais aimer c’est sûr :P

    Comment ai-je pu louper ça ? ^^

    • 23 septembre 2012 at 8 h 03 min

      Ben, je ne suis pas certaine que l’album soit super diffusé… Petit éditeur pas forcément notable…

  11. 15 septembre 2012 at 4 h 08 min

    Je ne connais pas mais Noukette a raison : c’est pour moi !!

    • 23 septembre 2012 at 8 h 03 min

      Youhou ! J’attends ta chronique alors !

  12. 18 septembre 2012 at 2 h 59 min

    Flippants leurs yeux !!

  13. 28 septembre 2012 at 6 h 40 min

    Oui, trouvé depuis le temps !! Voilà : ici : viens, mais,, ne tombe pas en panne !
    http://alamagie-des-yeux-doli.over-blog.com/article-un-leger-bruit-dans-le-moteur-gaet-s-munoz-110629812.html

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