D’air pur et d’eau fraiche – Pero

d-air-pur-et-d-eau-fraiche-01.jpg Joshua est fils de trappeur. Un père qu’on envie peu tant son alcoolisme et sa violence pèse sur le jeune garçon, sa mère et sa petite soeur. La petite famille grandit à l’ombre de cet homme puissant qui fait la pluie et le beau temps à la maison. Jusqu’au jour où une bande d’indiens attaquent et massacrent la famille. Seul Joshua réussit à s’en sortir. Le voilà désormais livré à lui-même dans une nature hostile qu’il va devoir apprendre à apprivoiser pour survivre.

 

A l’issue de l’attaque indienne, il ne restera plus à l’adolescent que les cadavres de ses parents, la poupée de sa soeur enlevée, un tas de ruines fumantes en lieu et place de cabane, et un jeune chiot survivant. Il ne lui reste plus que le choix de prendre la route avec le jeune animal et de tenter de survivre dans ces régions sauvages où la nourriture, la chaleur d’une fourrure, la protection d’un toit se mérite. Affamé, transi de froid, il erre jusqu’à la ville où il se fait refouler. Joshua doit alors apprendre à compter sur lui-même et surtout à chasser pour se nourrir, se vêtir et plus tard, faire commerce de fourrure, tel son père autrefois. Une vie solitaire qu’il a choisi mais qui le tourmente aussi parfois. Au point de chercher une femme à tout prix.

 

L’histoire se déroule dans une Amérique des grands espaces à une époque où il est encore de coutume de circuler à cheval. Mais loin d’être une histoire de survie légère, comme le laisserait suggérer le titre, D’air pur et d’eau fraiche se révèle au contraire un album sombre et désabusé sur la nature humaine.

Entre western, histoire de survie et récit initiatique, on assiste à l’évolution du personnage principal au fil des années, à son morne quotidien fait de chasse et de petits travaux. Libéré de son père et des contraintes qu’il lui faisait peser, Joshua va apprendre à devenir adulte et à assumer sa propre (sur)vie. On admire le courage et la volonté des jeunes années. Mais bientôt, ces derniers laisseront place à une certaine rancoeur et misère affective qui pervertira notre héros. Alcool, violence, sexe : c’est à son tour de tomber dans ces travers. Joshua reproduit les gestes de son père et c’est avec amertume que le lecteur fermera cet album. Point de salut dans les grands espaces, dans la nature sauvage et libre. L’homme finit par laisser s’exprimer ses bas instincts et ne semble pas apprendre de ses aînés.

 

La particularité la plus notable de cet album est qu’il s’agit d’une histoire sans paroles. Pero a fait le choix du silence pour laisser s’exprimer toute la force des illustrations. Et de fait, il fait preuve d’une grande force narrative et réussit à exprimer avec succès les émotions, les interrogations, les réflexions des personnages à travers un découpage judicieux et l’utilisation ponctuelle d’image pour signifier telle ou telle pensée. Le découpage classique met particulièrement en valeur les paysages enneigés (ou pas) de l’ouest mais aussi l’expressivité des visages qui pallie à l’absence de texte. Son trait épuré et pourtant travaillé utilise parfois les hachures, donnant ainsi un caractère torturé et dur au propos. D’une grande fluidité, le lecteur n’est jamais perdu dans ce dédale silencieux en noir et blanc.

 

A travers le portrait de Joshua, D’air pur et d’eau fraiche revient sur la notion de fatalité humaine et délivre une vision éminément pessimiste de la vie. Album graphiquement très intéressant et très réussi, on pourra tout de même regretter la fin abrupte à laquelle on aurait préféré une morale un peu plus aboutie.

Un bel album à découvrir !

 

 

Liens :

Premières pages à découvrir

 

 

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Titre : D’air pur et d’eau fraiche

Dessinateur / scénariste : Pero

Éditeur : La boite à bulles

Parution : Juin 2012

  128 pages 

Prix : 14€




7 comments for “D’air pur et d’eau fraiche – Pero

  1. 24 septembre 2012 at 4 h 03 min

    Les dessins sont beaux, j’aime beaucoup

    Bonne semaine !

  2. 24 septembre 2012 at 9 h 51 min

    Excellent ! Je suis très tenté.

    • 25 septembre 2012 at 0 h 09 min

      Tant mieux, c’est le but :)

  3. 24 septembre 2012 at 0 h 12 min

    j’aime. le billet donne envie de lire la BD.

    • 25 septembre 2012 at 0 h 09 min

      J’ai bien fait mon boulot alors ! :)

  4. 26 septembre 2012 at 1 h 20 min

    Mmmm…je note!

    • 2 octobre 2012 at 8 h 49 min

      Je suis sure que c’est le côté grands espaces qui t’attire ! ;)

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