Maria, tome 1 – Kazuo Kamimura

Maria-t1-01Au Japon, dans les années 70. La belle Maria débarque dans sa nouvelle école, un lycée de filles. Un lycée de seconde zone où on y retrouve des jeunes femmes en marge, délinquantes ou déviantes, que la société tente de faire rentrer dans le droit chemin. Prêtes à en découdre avec cette adolescente tape à l’œil qui arrive en voiture luxueuse, ses nouvelles camarades vont pourtant bien vite découvrir en Maria, une personnalité forte et bientôt une alliée dans leur rébellion contre la société japonaise.

Kazuo Kamimura, le grand maître qui nous a offert, entre autres, Lady Snowblood  ou  Lorsque nous vivions ensemble, s’attaque ici de front à des thèmes plus que difficiles et dénonce sans ambiguïté les travers de la société japonaise.
Issue d’une famille nouvellement riche, elle ne semble pas vraiment à sa place dans ce lycée de moindre importance.  Il y a le groupe des lesbiennes qui se passent des photos érotiques en cachette, celui des violentes qui traînent avec les petits loubards à moto.
Pourtant, Maria est une jeune femme libre qui tente de s’affranchir des règles et s’autorise toute forme d’expérience. Elle s’inscrit en opposition totale envers sa famille qui, derrière les apparences, cache bien des secrets. Elle se cherche, vit des amours lesbiens avant de s’amouracher de Kirito, un mauvais garçon, torturé par l’influence maternelle.

Sulfureux est le mot qui revient constamment pour parler de ce titre, et de fait, il est totalement approprié.
A travers le parcours de cette jeune femme, on découvre tout un univers en marge de la société. Des adolescentes qui s’épanouissent dans des parties lesbiennes collectives, une professeur qu’on soumet contre sa volonté à des jeux sensuels, des jeunes qui s’auto-mutilent et se font souffrir sciemment, des suicides exaltés,  …etc. Nous sommes dans les années 70 et l’homosexualité est alors considéré comme une dangereuse perversion qu’il faut annihiler.  Vous l’aurez compris, ces jeunes filles ne sont pas des saintes et sont donc jugées sévèrement par les adultes.
Pourtant, là où l’auteur excelle, c’est que loin de condamner ces adolescents, Kamimura jette surtout le discrédit sur la moralité des adultes qui semblent entièrement responsables. Les jeunes de cette histoire semblent coincés entre les règles de la société auquel il n’est pas permis de s’écarter et les compromis des adultes que ces derniers s’autorisent afin de conserver les apparences. On découvre alors que les relations entre adultes ne sont pas d’une moralité sans faille et contiennent en leur sein des perversions autrement plus violentes : un beau-père homosexuel et pleutre qui a trouvé dans le mariage de quoi cacher son vrai moi et qui entretient une relation sexuelle avec le professeur de sa belle-fille, une mère qui vit un amour incestueux avec son fils qu’elle voit comme une création artistique qu’elle aurait créée, une femme qui refuse la laideur et sacrifie son mari vieillissant, un homme qui se suicide faute d’avoir honoré son pays en tant que kamikaze.
Le monde des adultes est loin d’être une sinécure et la pression psychologique, l’immoralité consciente ou pas qu’ils imposent à leurs enfants est d’une grande violence.
On ne peut alors que constater que ces futurs adultes sont perdus dans un monde où ils ne trouvent pas leur place. Leur manière de se sentir vivant est d’aller toujours au-delà de leur limites, de ne rien se refuser. Maria, elle, cherche sa voie et tente de trouver l’amour, le bonheur et l’équilibre. Elle cultive une certaine forme de romantisme qu’on retrouve d’ailleurs dans le trait de Kamimura.

Car, en dehors des sujets tabous qui sont abordés ici, on pourra également s’arrêter de manière notable sur le dessin de l’auteur. Loin d’appuyer son propos par des scènes difficiles et tape à l’œil, Kamimura choisit au contraire d’introduire beaucoup de légèreté dans son trait qui se fera subtil et tout en nuances. Les scènes érotiques, à la fois réalistes et suggestives, gagnent en sensualité et la perversion primaire semble s’effacer devant la beauté et l’élégance des dessins. On retrouve avec bonheur l’art du maître dans la représentation des figures féminines et on pourrait presque voir dans Maria une des cousines de la fameuse Lady Snowblood : bisexuelle, sombre, belle et sauvage.

Maria est une histoire qui ne laissera pas indifférent. Jouant sur l’ambivalence entre la beauté féminine, l’élégance d’un graphisme romantique de toute beauté et l’exploration de sujets tabous, la dénonciation d’une société malade de l’intérieur, elle emmène le lecteur dans une émotion à la fois touchante et malsaine. Si les passages sexués sont loin d’être d’ordre érotique, la multiplicité de scènes fortes, la violence psychologique, font que ce manga est à réserver à un public adulte. On comprend sans mal que Maria ait pu choquer à l’époque de sa parution (1971), et si depuis 40 ans ont passés, on ne s’étonnera pas que ce chef d’œuvre qui n’a pas vieilli continue d’interpeller.

Un chef d’œuvre indispensable dont la suite et fin sort le 18 janvier !

 

 

D’autres avis :
Zaelle -

 

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Titre : Maria, tome 1
Dessinateur / Scénariste : Kazuo KAMIMURA
Éditeur : Kana, Sensei
Parution : Novembre 2012
256 pages
Prix : 15€

 

logo-bd-du-mercrediChez Mango

 

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20 comments for “Maria, tome 1 – Kazuo Kamimura

  1. Mo
    16 janvier 2013 at 1 h 15 min

    Le 18 janvier arrive à grands pas… intéressant ;) Il ne m’en fallait pas plus, je pense que je vais m’offrir cette série

    • 16 janvier 2013 at 1 h 15 min

      Je suis ravie de t’avoir convaincue ! ça n’est pas si souvent que tu te laisses tenter par un manga !

  2. 16 janvier 2013 at 1 h 27 min

    Rohhh, tu va lire du manga ? :D

  3. 16 janvier 2013 at 2 h 44 min

    Très tentant. Moi qui me cherche un peu en ce moment niveau manga, voila qui pourrait relancer mon intérêt pour le genre.

    • 16 janvier 2013 at 1 h 28 min

      Avec Kamimura, tu n’es pas dans le tout venant et je sais que tu n’as pas peur des ambiances un peu difficiles ou fortes !

  4. 16 janvier 2013 at 3 h 00 min

    Oui, ça a l’air intéressant. De mon côté aussi je tente moins en manga qu’auparavant. Et celui-là (c’est un Kamimura en même temps, une valeur sûre) me semble pas mal.

    • 16 janvier 2013 at 1 h 30 min

      Plus que pas mal, mon cher Lunch ! Bien plus ! Je trouve que l’auteur réussit comme toujours à rendre son époque avec beaucoup de subtilité et à avoir une vision sociétale à travers une histoire aventureuse ou romantique.

  5. 16 janvier 2013 at 3 h 42 min

    Je ne sais pas pourquoi les mots que ma prof de danse latine nous criait hier soir me sont revenus en tête en lisant ton billet : fuego et caliente !! ;-)

    • 16 janvier 2013 at 1 h 31 min

      Hum, je ne sais pas si caliente serait adapté ici malgré tout ! C’est plus une atmosphère mélancolique et froide qu’une ambiance coquine ! ;)

  6. 16 janvier 2013 at 4 h 56 min

    Pas lu de mangas depuis longtemps. Je n’accroche toujours pas assez souvent pour ça mais qui sait si avec celui-ci je ne serais pas plus satisfaite: les dessins me plaisent bien.

    • 16 janvier 2013 at 1 h 36 min

      Kamimura est un maitre ! Il a une telle élégance dans son trait qui est assez épuré ! De plus, ses sujets sont plus adultes et te conviendront peut-être plus qu’un shonen, par exemple !

  7. 16 janvier 2013 at 5 h 05 min

    Tu sais que je ne suis pas très (du tout…) manga mais j’ai tendance à te faire confiance les yeux fermés alors….

    • 16 janvier 2013 at 1 h 37 min

      Oui mais bon tes essais ont souvent été concluants, non ? :)

      Ta confiance me flatte Pour moi, c’est un chef d’oeuvre mais le sujet n’est pas facile. Après, je sais que les coquineries ne te font pas peur…

  8. 16 janvier 2013 at 6 h 49 min

    Tu en parles bien et l’intrigue m’intéresse. Je note ! 

  9. 16 janvier 2013 at 7 h 18 min

    Kamimura est vraiment un auteur fantastique. J’aurai plaisir à découvrir cet album là, merci à toi.

    • 16 janvier 2013 at 1 h 39 min

      Je plussoie sur Kamimura ! Je devrais revenir bientôt parler du tome 2 !

  10. 16 janvier 2013 at 1 h 59 min

    Mon avis sur le même titre, et je suis très curieuse de lire la suite, malgré quelque passages un peu kitsch ( le « il a ressuscité  » m’a plus faite marrer qu’autre chose, j’avoue, dès que les japonais se mèlent de références chrétiennes ça devient souvent incroyablement bizarre)

    http://chezpurple.blogspot.fr/2013/01/maria-kazuo-kamimura.html

    ainsi que d’autres titres du même auteur que je ne connaissais que de réputation.

  11. 29 mars 2013 at 5 h 13 min

    Très bel article ! merci. un grand coup de coeur pour moi ! magistral

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