Zéro pour l’éternité, tome 1 – Sumoto / Hyakuta

zero-pour-eternite-t1 01Après plusieurs échecs à son concours de la magistrature, Kentaro s’est peu à peu démotivé à avoir une vie active. Alors qu’il passe ses journées à traîner chez lui, sa sœur Keiko, auteur freelance, le contacte pour lui proposer un petit travail de recherche. Appâté par la rémunération proposée plus que par le sujet, le jeune homme va devoir entreprendre des recherches sur son grand-père qu’il n’a pas connu, Kyuzo Miyabe. Cet homme dont ils ont appris l’existence sur un tard était en fait un pilote de l’armée japonaise qui est mort à 26 ans dans un vol kamikaze. Un de ces fameux héros de la patrie dont les japonais sont si fiers.

Cette nouvelle série qui comptera 5 tomes nous propose un sujet particulièrement intéressant. Nous avons tous entendu parlé de ces pilotes qui ont sacrifiés leurs vies en lançant leurs avions sur l’ennemi pendant la seconde guerre mondiale mais que savons-nous réellement de leur histoire ? A travers l’enquête de Kentaro et de Keiko, nous allons découvrir le parcours de l’un d’eux. La première étape de leurs recherches les conduit auprès d’un ancien camarade du grand-père, toujours vivant mais au bras amputé. Loin de faire l’apologie de ce dernier, il dénonce au contraire sa pleutrerie et laisse couler son amertume. Évoquant son propre passé, on découvre un homme malmené par la vie qui, ne croyant plus en sa propre valeur, avait décidé de s’engager dans l’armée pour que sa mort est au moins du sens. En face, alors que Keiko est attentive et s’interroge sur la différence entre kamikaze et terroriste, Kentaro s’impatiente avant de se pencher sur les choix de vie de son grand-père qui le renvoie à sa propre existence.

Loin d’être une œuvre patriotique et nationaliste, Zéro pour l’éternité offre une vision extrêmement réaliste sur les pilotes kamikazes et sur leur époque. Alors qu’on s’attend à voir des hommes exaltés pour leur pays, le grand-père et son camarade présente au contraire un aspect plus complexe de cet engagement suicidaire. Les deux hommes, très différents, semblent avoir des visions très opposées dans leur engagement. L’un cherche à rester en vie à tout prix et meurt à 26 ans, tandis que l’autre prêt à se sacrifier se voit avec honte vieux et handicapé. Lequel est un héros ? Le souhait de certains de revenir en vie fait-il d’eux des lâches ? Peut-on les comparer à ces kamikazes terroristes qui se sont abattus sur le World trade center ? Les parents de ces derniers dont on loue l’abnégation peuvent-ils éprouver de la peine sans culpabilité ? Faisant fi des idées reçues, les auteurs s’attachent au contraire à expliquer et à poser les bonnes questions. Malgré les apparences, on comprend que le sujet reste quelque peu tabou et qu’il est difficile pour les rescapés d’en parler, leur « survie » étant vu comme un déshonneur. On sent qu’un vrai travail de mémoire est encore à effectuer. L’attitude ennuyée de Kentaro est d’ailleurs notable et reflète certainement celle des japonais de son âge totalement ignorants et en décalage avec leur histoire nationale.

La mise en images de cette histoire n’est pas sans défauts. L’intrigue est un peu longue à démarrer, la narration en flash-back n’est pas toujours bien rythmé, la personnalité des petits-enfants n’est pas franchement développé et le dessin plutôt rond des personnages manque un peu de caractère. Pour autant, je ne peux que vous conseiller cette série. Le sujet et la vision originale sur les pilotes kamikazes, loin des cadres officiels japonais, valent à eux seuls le détour. D’un autre côté, les scènes d’aviation sont particulièrement bien rendues et plairont aux fans du genre. Quelques pages explicatives à la fin du livre complètent le récit par des informations historiques non négligeables.

Inspiré d’un roman de Naoki Hyakuta, Zéro pour l’éternité s’avère une découverte plus qu’intéressante qui apporte un autre regard sur les pilotes japonais et sur le patriotisme exacerbé de l’époque.
On se doute que cette enquête familiale servira de déclencheur dans la vie de Kentaro, aussi, j’espère que la suite donnera plus d’ampleur et de consistance aux personnages et permettra à ce titre de devenir une référence importante sur le sujet. Un titre à suivre donc !

 

A noter : le tome 2 sortira le 13 mars 2013.

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Titre : Zéro pour l’éternité, tome 1
Dessinateur : Souichi SUMOTO
Scénariste : Naoki HYAKUTA
Éditeur : Delcourt
Parution : Janvier 2013
224 pages
Prix : 7,99€

 

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23 comments for “Zéro pour l’éternité, tome 1 – Sumoto / Hyakuta

  1. 24 janvier 2013 at 6 h 02 min

    Rien que le titre déjà me semble une énigme: il est bien frappant comme j’aime mais si un récit sur la vie brève d’un kamikaze peut m’intéresser un moment,  je me demande comment on peut prolonger l’intérêt du lecteur sur 4 autres tomes à moins,  comme tu le supposes,  que l’intérêt se porte davantage sur le petit fils et l’avenir qu’il choisira. 

    • 24 janvier 2013 at 1 h 16 min

      En fait, le titre renvoit au Zéro, surnom donné à un certain modèle d’avion de combat. C’est expliqué à la fin du manga ! 5 tomes, c’est plutôt une série courte pour les japonais et à mon avis, il y aura de quoi remplir ! On suit le destin du kamikaze mais aussi ce qu’a été leur vie avant, la vie de leur famille et donc le quotidien de Kentaro et de sa soeur. On se doute bien que cette enquête va aider Kentaro à se dépasser et à se bouger le cul pour retrouver une vie active et peut-être passer son examen !

  2. 24 janvier 2013 at 6 h 04 min

    Rafraîchis-moi la mémoire, tu veux bien: qu’est-ce que les  chocoshoots ?

    • 24 janvier 2013 at 1 h 17 min

      M’enfin, Mango, c’est le petit concours photo mensuel et thématique que j’organisais !

      T’en souviens-t’en ?

  3. 24 janvier 2013 at 8 h 52 min

    5 tomes pour un manga c’est pas tant que ça. C’est finalement autant qu’un gros one-shot franco-belge presque, au niveau du contenu, avec le découpage très chronophotographique propre aux mangas.

    Le sujet m’a l’air intéressant en tout cas.

    Et tu as raison Mango, il faut pas se laisser aller : c’est quand les chocoshoots ? :)

    • 24 janvier 2013 at 1 h 19 min

      Oui, c’est ce que je disais à Mango, 5 tomes c’est court ! Je pense que c’est juste ce qu’il faut pour cette histoire !

      Les chocoquoi ? (attention teasing : J-8 !)

  4. 24 janvier 2013 at 3 h 22 min

    Pas tenté par les mangas de ce genre. Par contre je viens d’acheter Maria (merci qui ?).

    • 24 janvier 2013 at 3 h 37 min

      Ouiiiiiiiiiiii ! Je suis contente de t’avoir tenté !!!

  5. 24 janvier 2013 at 3 h 25 min

    Je crois que je suis bien plus intéressée par le roman ( tu le connais ? il est traduit ? )

    ( teasing chocoshoot, oh, oh )

    • 24 janvier 2013 at 3 h 40 min

      Il n’est pas traduit… mais tu peux te mettre au japonais… d’ici Avril ^^

      (ouep teasing officiel, le premier thème est trouvé… ça va etre gratiné )

  6. 24 janvier 2013 at 3 h 31 min

    J’en ai fait de même Jérôme :)

    • 24 janvier 2013 at 3 h 41 min

      Je vous aime les gars !

  7. 24 janvier 2013 at 3 h 56 min

    T’emballe pas Choco, je suis marié

    • 24 janvier 2013 at 4 h 03 min

      Badelel est bienvenue aussi

       

  8. 24 janvier 2013 at 4 h 17 min

    Ce sujet va dévier grave, je ne répondrai pas :D

    • 28 janvier 2013 at 8 h 48 min

      Dévier ?! Je ne vois pas du tout de quoi tu veux parler !

  9. 5 février 2013 at 7 h 18 min

    Ce manga est dans ma PAL, et je pense que ça va me plaire ^^

    • 7 février 2013 at 2 h 11 min

      J’attends de te lire alors !

  10. 27 janvier 2015 at 17 h 58 min

    certaines de tes affirmation ont attiré mon attention : tu dis que la jeunesse japonaise actuelle est “totalement ignorante” et que ce manga présente le sujet “loin des cadres officiels”. Justement, je me demandais quelle était la position officielle du gouvernement japonais vis à vis de cette époque, notamment dans l’enseignement scolaire. Et quel est le degré de connaissance historique du jeune japonais lambda. Aurais tu quelques informations sur le sujet?

    • 8 février 2015 at 15 h 29 min

      Pardon, Bidib, je te réponds un peu tard… J’imagine que c’était notamment pour ta synthèse kbd !
      En fait, la position officielle du gouvernement est quelque peu nationaliste : magnifier le geste de ces suicides, occulter le drame, mettre en avant un fort patriotisme. Et c’est ainsi que c’est enseigner au Japon. Il n’y a pas de travail de mémoire qui remette en cause les actes du gouvernement japonais en fait.
      J’ai cherché d’où je tiens ces informations mais je n’ai pas retrouvé de documents officiels sur lesquels tu pourrais t’appuyer. :(
      A force de lire 3 millions de trucs sur le Japon !

      • 8 février 2015 at 19 h 28 min

        comme on dit… mieux vaut tard que jamais :)
        Je cherchais en effet quelques documents sur lesquels m’appuyer… Si jamais tu tombe sur quelques chose, pense à moi :)

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