Sayonara gangsters – Genichiro Takahashi

sayonara-gansters-01Sayonara gangsters est un roman qui se laisse difficilement résumer et appréhender.
Le narrateur est un professeur de poésie dont le quotidien, complètement surréaliste, se déroule sous nos yeux. Dans un univers tenant à la fois de la science-fiction et de l’imaginaire, le lecteur est amené à perdre ses repères et à oublier toute intrigue censée pour plonger dans une narration inédite et perturbatrice.

Paru en 1982 au Japon, ce texte était encore à ce jour inédit. Premier roman de Genichiro Takashi, Sayonara Gansters a été couronné du prix Gonzo et s’inscrit dans le mouvement de renouveau des lettres japonaises avec les deux célèbres Murakami. L’écriture de ce roman fait suite à une période d’incarcération de l’auteur, alors étudiant contestataire de 30 ans, où ce dernier perdit en partie la maîtrise de sa langue.

Où voit défiler dans ce monde incompréhensible, des personnages plus improbables les uns que les autres. Il y a tout d’abord les Gangsters, groupe de 4 terroristes qui finiront par apprendre la poésie. Il y a le poète Virgile qui s’est réincarné en réfrigérateur. Il ne faut oublier non plus Henri IV, le chat lecteur du narrateur qui aime se régaler de lait-vodka en ergotant sur Thomas Mann. L’école de poésie du professeur recèle un microcosme inédit où on croise des élèves étonnants qui voient de la poésie dans des traités d’astronomie ou autres calembredaines. C’est un monde bizarre où la mort de votre petite fille vous est annoncée par faire-part 5 jours avant par la mairie. Où les gens portent des noms qu’ils se sont donnés eux-même. Aussi, vient la nommée Livre-de-chansons qui, bientôt, vivra une histoire amoureuse avec le narrateur, aussi curieuse qu’éphémère.
L’absurde est la norme et il est vain de chercher à comprendre le sens de la prose hallucinée de l’auteur. En abordant ce récit, vous devez vous préparer à être déboussolé, vous devez oublier notre monde pour accepter celui de l’auteur, mélange de fantastique, de philosophie et de poésie.
Je ne vous cacherais pas que j’ai peiné à pénétrer cet univers bien peu cartésien, peu réaliste. Je n’ai pas réussi à lâcher prise sur mes certitudes narratives et l’idée d’une histoire construite avec un début, une fin et des personnages réalistes. Il va sans dire que Genichiro Takashi ne laisse pas indifférent. Son œuvre atypique ne se saisit pas instantanément mais semble révéler que dans la poésie se trouve le moteur indispensable d’une vie soumise à la dure réalité des choses.

Je vous en livre quelques extraits :

 » Il fut un temps où chacun avait un nom. Et on dit que les gens recevaient leur nom de leurs parents.
Je l’ai lu dans un livre.
Il y a peut-être longtemps, très longtemps, c’était vraiment comme ça.
Les gens avaient des noms exactement pareils à ceux des personnages des romans célèbres, des noms comme Piotr Verkhovenski et Oliver Twist et Jack Oshinumi.
Je parie que ça devait être génial. »

« Et c’est ainsi que nous avons commencé à nous nommer les uns les autres.
Nous demandons à la personne dont nous désirons qu’elle nous nomme de nous donner un nom.
C’est notre manière de faire la cour.
J’ai donné mille noms et les ai perdus mille fois. J’ai circulé sans nom quelques temps avant de rencontrer Livre-de-Chansons.
À force de donner des noms, on devient prudent. »

 « Il est très triste de sentir quand on fait l’amour que nos corps sont simplement des machines à faire l’amour.
Je me sens épanoui quand je fais l’amour avec Livre-de-Chansons.
Faire l’amour est un dialogue. « 

 « J’ai acheté cinq costumes noirs. Et autant de Borsalinos. Mitraillettes. Pistolets. Chargeur de cartouches. Couteaux [...] La fille à la caisse m’a fait un sourire si aimable que j’ai pensé qu’elle était prête à me prendre dans ses bras.
– Vous allez jouer aux gangsters, monsieur ? – Je vais être un gangster.
– Oh, mon… mon Dieu !
– Ne vous donnez pas la peine d’enregistrer ces articles, je compte les voler. »

 

 

Titre : Sayonara Gangsters
Auteur   : Genichiro Takashi
Éditeur : Books
Parution : Mars 2013

224 pages
Prix : 18€

 

4 comments for “Sayonara gangsters – Genichiro Takahashi

  1. 18 avril 2013 at 3 h 09 min

    La prose absurde et hallucinée, ce n’est pas vraiment mon truc. Pas du tout même…

    • 28 avril 2013 at 6 h 15 min

      Je dois dire que ce n’est pas vraiment ce à quoi je m’attendais… mais bon ce fut une expérience… lol !

  2. 22 avril 2013 at 7 h 27 min

    Ton interprétation me fait penser à certains romans de Murakami, ou le fantastique, la science fiction et la réalité s’enmèlent

    • 28 avril 2013 at 6 h 16 min

      Je pense que le rapprochement avec Murakami se fait de manière évidente bien que leur écriture soit tout à fait différente.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *