Chihayafuru, tome 1 – SUETSUGU Yuki

chihayafuru-t1-01Chihaya est une jeune collégienne dont la sœur aînée remporte toute l’attention familiale par sa beauté et les nombreux concours auxquels elle participe. L’arrivée d’un nouvel élève que Chihaya va défendre contre les brimades de ses camarades va pourtant déporter son attention. C’est que, derrière une apparence timide, Arata se révèle un excellent joueur de karuta. Impressionnée par son adresse, Chihaya va commencer à s’intéresser à ce jeu.

Le karuta, qu’est-ce que c’est ? C’est un jeu de cartes typiquement japonais qui est basé sur la mémorisation d’une centaine de poèmes issus du recueil Hyakunin isshu . Chacun de ses poèmes est inscrit sur une carte de manière tronquée (uniquement la fin de ceux-ci). Les cartes sont étalées devant les deux joueurs en face en face. Un récitant déclame alors le début d’un poème et le but du jeu est d’être le plus rapide à saisir la carte correspondante à la suite de ce dernier.
C’est sur la base de ce jeu absolument inconnu en France que nous arrive Chiyahafuru ! Un pari osé qui rappelle d’autres séries comme King of Shogi (basé sur le jeu du shogi) ou Hikaru no go (sur le jeu de Go). Ici, c’est une série de style Josei, destiné à un lectorat féminin plutôt mature. Pour autant, ce titre est loin de se cantonner à ce genre et pourra séduire un large public.

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 L’histoire débute autour de la rencontre entre Chihaya et Arata. Chihaya est une jeune fille un peu écrasée par le succès et la beauté de sa soeur devant laquelle elle s’efface. Son plus grand rêve d’ailleurs la concerne : que sa sœur soit élue reine de beauté. Arata, de son côté, est un garçon très effacé et plutôt terne. Dès son arrivée, il va se faire chahuter par Taishi, le jeune premier de la classe à qui tout réussi. Pourtant Arata est un joueur de karuta passionné. C’est même une histoire de famille : pratiqué de père en fils, Arata ambitionne d’égaler son grand-père, champion national de karuta. Sympathisant avec Arata, Chihaya est fasciné par les facultés de Arata au jeu. Elle tente alors de s’y mettre et c’est au tour d’Arata d’être surpris par les capacités par les dispositions naturelles de la jeune fille. Quand le compétiteur Taishi essaye lui aussi d’égaler son camarade de classe, c’est un trio de jeunes joueurs que nous allons désormais suivre. L’amitié (et l’amour ?) sera au rendez-vous !

Il n’est bien sûr aucunement nécessaire de connaître quoi que ce soit au karuta pour apprécier ce manga. En suivant le parcours de Chihaya et Taishi, plus ou moins coaché par Arata, le lecteur va découvrir en même temps que les personnages les règles de ce jeu / sport traditionnel, plutôt vu comme quelque chose de ringard par les jeunes japonais modernes. L’auteur laisse le temps à l’intrigue et aux personnages de se mettre en place. Le principe du karuta est facilement assimilé mais on comprend de manière évolutive que le karuta peut aussi être un jeu stratégique dont les développements nous seront certainement dévoilés par la suite.

Le trio de personnages, sans être très original, s’avère attachants. Leurs personnalités sont différentes et se complètent, mettant en valeur ainsi la richesse de leur amitié. Car derrière cette histoire de karuta, c’est aussi un récit de l’enfance. Le premier tome augure déjà d’un développement sur une large période temporelle. Nos trois joueurs sont destinés à se séparer (changement d’école, déménagement,..) mais pour forcément se retrouver plus tard, n’en doutez pas ! Nous retrouverons les personnages au lycée dès le tome 2. Débutant en classe de 6ème, notre trio va donc grandir ensemble, découvrir une passion commune qui va les enrichir humainement. Chihaya a désormais une activité qui lui est propre, et émet désormais un rêve qui la concerne, mettant enfin sa sœur de côté pour vivre de ses propres ailes. Tandis que Taichi, ce garçon obséquieux, laisse paraître la forte pression de réussite scolaire que ses parents font peser sur ses épaules. Au final, le karuta se révèle pour les 3 amis plus qu’un simple jeu et leur enthousiasme est clairement communicatif.
Bien que ça n’est pas encore abordé dans ce premier tome, on pressent que le triangle sera amical mais aussi amoureux (style josei oblige). Les affres de l’adolescence ne sont pas loin, les relations vont se compliquer et les intrigues de la série se multiplier. On notera aussi quelques personnages secondaires qui ajoutent une touche humoristique certaine. Je pense notamment au professeur de karuta que les collégiens vont rencontrer dont l’attitude tendue à l’extrême donne un aspect comique au fait que, ENFIN, des enfants s’intéressent à ce jeu !

Le dessin est plutôt typé shojo mais pas de manière excessive et laisse la porte ouverte aux lecteurs masculins. Les personnages sont finement dessinés, parfaitement reconnaissables. L’expression de leur passion pour le karuta prend vie dans le trait très dynamique du mangaka et ce jeu, d’apparence plutôt tranquille, se révèle curieusement extrêmement physique, offrant de très belles scènes d’affrontements entre les concurrents !

Chihayafuru se révèle donc une excellente surprise ! Malgré un sujet quelque peu difficile, la série ouvre des perspectives alléchantes entre romance amicale (et plus, si affinités) à la psychologie étudiée et récit d’initiation à un sport peu banal. Alors que la série comporte déjà une vingtaine de tomes au Japon, on ne peut qu’espérer que le créneau du josei soit enfin sérieusement envisagé par les éditeurs français si ce titre remporte un petit succès. Pour ma part, je suis pour ! En attendant, vous pourrez toujours vous exercer avec les cartes de karuta offertes en bonus dans chaque tome du manga !

 

A noter :

La série connaît une adaptation en animé.
Vous pouvez le voir en streaming ici !

 

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Titre : Chihayafuru, tome 1
Auteur  : SUETSUGU Yuki
Éditeur : Pika
Parution : Mars 2013

192 pages
Prix : 7,50€

 

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Aujourd’hui, pour la quinzaine nippone, vous pouvez découvrir aussi :

Marilyne vous présente les tomes 3 et 4 du manga Bride stories.

 

 

 

21 comments for “Chihayafuru, tome 1 – SUETSUGU Yuki

  1. 5 juin 2013 at 0 h 58 min

    Belle découverte que l’existence d’un tel jeu. Voilà qui me plairait énormément même si désormais ringard! Début de récit bien sympathique en tout cas! 

    • 9 juin 2013 at 3 h 38 min

      Ringard ou pas, c’est quand même un jeu qui demande beaucoup de compétences ! Rien que ça, ça impressionne !

  2. 5 juin 2013 at 1 h 55 min

    Je connais quelqu’un à qui ça va plaire ! ;-)

  3. 5 juin 2013 at 2 h 24 min

    J’aime découvrir des pans de culture japonaise à travers les manga. Je note donc ce titre

    • 9 juin 2013 at 3 h 23 min

      Parfois, ces éléments de culture sont sous-jacents. Ici, c’est clairement affiché !

  4. 5 juin 2013 at 2 h 57 min

    Drôle de pari éditorial ! Coup de chapeau à Pika pour oser lancer une telle série en France, je me demande quand même si le publc sera au rendez-vous.

    • 9 juin 2013 at 3 h 41 min

      Si j’en crois mes clients, il y a quelques amateurs !

  5. 5 juin 2013 at 4 h 26 min

    Je suis pas trop fan du dessin (mais je ne suis pas dans le lectorat cible). Le sujet est intéressant en tout cas.

    • 9 juin 2013 at 3 h 42 min

      Moi, j’ai trouvé que le graphisme passait tout seul ! Mais je suis une fille mature, faut croire que ce titre m’est destiné ^^

  6. 5 juin 2013 at 3 h 39 min

    C’est fou le karuta comme jeu ! Pas sûre par contre que ce manga soit fait pour moi…

    • 9 juin 2013 at 3 h 42 min

      Oui, assez pointu comme jeu, mine de rien !

  7. 6 juin 2013 at 8 h 40 min

    J’ai cherché des images/vidéos hier mais j’ai rien trouvé. Peut-être que j’ai pas cherché assez longtemps ceci dit.

  8. 6 juin 2013 at 4 h 00 min

    Merci Choco, j’ai regardé en pointillés le premier épisode et j’ai compris comment on jouait au Kurata (dans les grandes lignes je suppose). Un jeu de mémorisation de fous donc, à la croisée des chemins entre la poésie et le mémory.

    L’animé m’a vraiment beaucoup fait pensé à Hikaru no Go, et c’est passionnant comment les japonais sont capables de donner du rythme à un jeu qui n’est pas forcément très dynamique au départ.

    Le dessin me plaisait pas trop sur les extraits de planches mais l’animé semble plus tourné tout public.

    • 9 juin 2013 at 3 h 48 min

      Oui, c’est difficile d’expliciter à l’écrit ! Assez dément comme jeu : comme tu le précises, ça se joue beaucoup avec la mémoire et les différents choix possibles sur les premières syllabes du poème. Bref, faut avoir de la mémoire et être rapide dans sa réfléxion !

      Je te rejoins sur le dynamisme japonais sur tout type de sujet improbable ! En plus de la narration, il se retrouve aussi beaucoup dans le dessin. Je dois dire que j’ai été bluffée de ressentir toute la tension du jeu et de voir presque l’action se dérouler sous mes yeux !

  9. 8 juin 2013 at 6 h 02 min

    Je viens de le commencer car c’est un coup de coeur de ma bibliothèque. Et j’ai enfin compris ce qu’étais les cartes que nous avons reçu en cadeau lors de notre voyage au Japon, nous pas des cartes pour jouer, mais des cartes avec les poèmes en entier pour les apprendre… Va y avoir du boulot !

    • 10 juin 2013 at 0 h 29 min

      Et bien, elle est au taquet ta bibliothécaire !

      Quelle bonne surprise que ces cartes ! Voilà un bon moyen pour t’aider à apprendre le japoanais, non ?!

  10. 10 juin 2013 at 8 h 33 min

    Le rayon manga adulte est effectivement plein de surprises et de découvertes rarement grand public.

    Par contre pour le japonais ce n’est pas gagné car ils sont très « poétique » c’est poème

  11. 13 juin 2013 at 1 h 32 min

    L’animé est une grande réussite. Il démontre le talent de ces animateurs qui parviennent à rendre palpitant un jeu très statique c’était dèjà un tour de force avec le go cela l’est encore plus ici avec un jeu encore moins visuel que le go.

    • 17 juin 2013 at 4 h 17 min

      Ah, merci de ton retour sur l’animé ! Je ne l’ai pas encore vu mais je dois dire que je suis encore plus tenté en te lisant ! :)

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