Paco les mains rouges, tome 1 – Vehlmann / Sagot

Les survivantsPatrick Comasson est un ancien instituteur qui a dérapé : il a tué un homme. Échappant à la guillotine, il sera envoyé au bagne de Cayenne. Loin d’être une sinécure, c’est plutôt l’enfer qui l’attend. Dès le trajet en bateau, notre homme va apprendre les nouvelles lois. Une hiérarchie implicite est en cours entre les gros caïds, les tatoués, les nouveaux prisonniers au visage d’ange. Patrick se rapproche de la Bouzille qui lui fait un tatouage dans le dos : une faucheuse en pleine action. Hélas, ce n’est pas elle qui le défendra contre les autres criminels et c’est en groupe que ce dernier sera tout simplement violé.
S’il veut survivre, s’il ne veut pas devenir une « môme », Patrick va devoir jouer de la lame et apprendre à se faire respecter. Il est désormais Paco les mains rouges et va devoir jongler entre violence amorale et amour naissant…

Première partie d’un diptyque, Paco les mains rouges nous propose une plongée dans l’univers carcéral. Le plus dur, le plus inhumain, celui du bagne de Cayenne des années 30 où l’espérance de vie se limite à moins de 5 ans. Le lecteur suit le parcours de Paco qui nous raconte en voix off son expérience. On découvre dès les premières pages le traitement réservés aux bagnards :promiscuité, punitions des gardiens, esclavagisme et travail pénible. Traités comme des moins que rien, des animaux, ils sont obligés de passer par les magouilles pour le moindre objet de confort (nourriture, savon, …).  A cela, s’ajoute aussi la perspective de quitter à tout jamais la France. Même libres, le retour est quasiment impossible pour les anciens prisonniers, assignés à résidence. Au sein de la prison, c’est la loi du plus fort qui règne et il est de bon ton de se trouver un protecteur ou encore d’être craint par les autres bagnards. C’est le cas de Paco donc qui, après un coup d’éclat sanglant, fait le choix de se salir les mains un peu plus et de tremper dans différentes affaires pour mieux survivre. Une option qui peut paraître discutable mais qui s’avère finalement assez courageux tant les faits sont durs et méritent d’être battus sur leur propre terrain.
D’autant plus que l’histoire sait ensuite nous surprendre par le tour amoureux que prend l’expérience du bagne… Une idylle inattendue qui déstabilisera un peu le lecteur mais devrait prendre plus d’ampleur dans le deuxième opus de cette histoire.

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C’est donc une réalité difficile qui se fait jour ici mais qui semble étonnamment contrebalancé par le ton donné par les auteurs. Vehlmann dicte les faits avec simplicité, sans rien cacher tout en usant d’une certaine forme de pudeur qui évite de tomber dans une surenchère dramatique. C’est à la fois brut et posé. Un subtil mélange qui fait le parallèle avec le graphisme de Sagot. Son dessin plutôt naïf et rond évite l’écueil d’une démonstration de violence pour s’attarder sur les situations du quotidien, utilisant ellipses et suggestions pour les tableaux les plus noirs. Le choix de la couleur sépia accentue l’impression de feuilleter un album photos aux teintes fanées, souvenirs du passé que le principal acteur se remémore pour un auditeur encore inconnu.

Paco les mains rouges s’avère finalement multiple. Partant sur des bases de fiction documentaire sur le milieu carcéral et du bagne en particulier, l’album s’ouvre plus généralement sur le parcours d’un homme qui, obligé de se fermer à toute émotion pour réussir à survivre dans un monde de brutes va se voir pourtant touché au cœur. Cette histoire d’amour peu conventionnelle évolue pour le moment entre une attirance, qui n’exclue pas la violence et la domination, et une vengeance primaire. La suite de l’histoire devrait orienter pleinement le sens de cette relation et nous fait presque regretter qu’elle soit découpé en deux parties, brisant un peu la dynamique amoureuse sur laquelle on ne sait pas encore se positionner.

 

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Violent, pudique, Paco les mains rouges étonne par son mélange. Il nous raconte la douleur, les atrocités, l’inhumanité tout en évoquant avec un voile triste la tendresse, les émotions et les sentiments qui étreignent le cœur sans que l’on s’y attende. Un revirement qu’on espère plus marqué dans la suite et fin de cette histoire qui manque peut-être un chouia d’émotions mais qui revient avec succès sur l’époque des bagnes.

 

Liens :
- Interview des auteurs

 

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Titre : Paco les mains rouges, tome 1
Scénariste: Vehlmann, Fabien
Dessinateur : Sagot, Eric
Éditeur : Dargaud
Parution : Septembre 2013
56 pages
Prix : 15,99€

12 comments for “Paco les mains rouges, tome 1 – Vehlmann / Sagot

  1. 11 octobre 2013 at 9 h 37 min

    Je l’ai acheté parce que c’était Vehlmann que j’adore au scénario, je me rends compte que je ne l’ai même pas ouvert :D
    En te lisant, j’ai l’impression qu’il n’est pas question de la mort, et pourtant, ce sujet est tant emblématique de son œuvre… il faut que je lise ça (y’en a tant de bons livres à lire, c’est déprimant : donnez-moi du temps ! ^^).

    • 19 octobre 2013 at 23 h 11 min

      Oui, moi aussi, je veux du temps… !!
      Bon, c’est sûr la mort n’est jamais loin avec toute cette violence mais non, ça n’est pas le sujet de cet album. A moins que la suite ne me donne tort !

  2. 11 octobre 2013 at 16 h 45 min

    Ayé il est arrivé à la maison depuis peu. Lecture prévue très bientôt !

    • 19 octobre 2013 at 23 h 18 min

      Alors, j’attends toujours ta chronique !! :)

  3. Mo
    12 octobre 2013 at 12 h 26 min

    Lecture prévue pour bientôt ^^ Il m’attend sagement sur ma PAL

  4. 14 octobre 2013 at 11 h 27 min

    Elle me fait de l’oeil à chaque fois que je fais un tour en librairie cette BD…

    • 19 octobre 2013 at 23 h 21 min

      A quand le craquage ?! :)

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