Violette Nozière, vilaine chérie – Simon / Benyamina

L.10EBBN001441.N001_VioleNozi_C_FR1934. Un des plus grands procès de l’époque s’ouvre à Paris. Une belle jeune femme attend qu’on l’appelle. Son nom : Violette Nozière. Flash-back, un an plus tôt.
A 18 ans, Violette est une jeune femme frivole qui aime traîner avec ses amis au café. Elle vient de découvrir qu’elle a contracté la syphilis, cadeau d’un de ses nombreux amants de passage. Malgré son âge, Violette se pose comme une femme libre tout en jouant les petites filles auprès de ses parents qui veulent la voir réussir de grandes études. Petites gens modestes, Violette leur reproche leur manque d’ambition et n’hésite pas à fabuler quant à leur fonction professionnelle. Manipulatrice, menteuse, Violette joue de ses charmes pour obtenir ce qu’elle veut ou vole ses parents qui tentent de la faire rentrer dans le rang. Jusqu’à des actes irrémédiables : elle tente d’empoisonner ses parents. Son père décède mais sa mère survit et témoigne.

Cet album revient donc sur le fait divers qui agita les années 30. Violette Nozière, la jeune femme qui fit scandale, cette « monstrueuse enfant » qui de manière incompréhensible décide de tuer ses parents pour une simple histoire d’argent. Les auteurs se concentrent sur l’année précédent le drame et suivent Violette dans son quotidien. On découvre une jeune femme troublante qui semble à l’étroit dans le cadre familial. Elle s’émancipe en frayant avec toutes sortes d’hommes qui n’hésitent pas à l’entretenir ou à lui offrir des cadeaux. Il n’y a qu’un pas qui la sépare de la prostitution et c’est avec une certaine élégance qu’elle le franchit en choisissant ceux qui l’entretiennent. Elle leur raconte les vies qu’elle s’invente : fille de riches bourgeois, orpheline, … Elle ment à tous avec un grand naturel et joue devant ses parents la gentille fille innocente ou repentante qui aime ses parents. Sa rencontre avec un certain Jean Gabin l’entrainera plus loin encore. Fortement amoureuse, elle entretient le jeune homme en droit sans le sou en jouant la fille riche. Hélas, les rentrées d’argent issues de ses nombreux amants, les économies de la famille volées se suffisent pas à maintenir leur train de vie fait de fêtes et de nombreuses sorties. Violette prémédite alors empoisonnement de ses parents dans un acte qui semble sans conséquence. Et pourtant.

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Si le fait est historiquement connu, cet album s’attache à décrypter les raisons qui ont poussées cette jeune femme à devenir parricide. Femme double et manipulatrice, Violette est décrite ici sans concession. On reste sans voix devant les raisons et la facilité dont cette dernière passe à l’acte. Cependant les auteurs, loin de dresser un portrait extrêmement noir de notre meurtrière, laisse le lecteur seule juge devant les faits. Violette est-elle coupable ou victime ? La réponse n’est pas évidente mais les auteurs soulignent ici le rôle joué par les parents, trop laxistes, qui se laissent consciemment abusés par cette petite fille qu’ils aiment tant et qui jure de rester sage. Si les voisins se sont pas dupes, les parents de Violette semblent eux aveugles. La syphilis que Violette ramène à la maison, les qu’en dira-t’on, les vols avérés de leur fille se terminent par une petite dispute vite oubliée devant les promesses de Violette.
Le beau dessin très doux de Benyamina diminue aussi l’aspect noir et sanglant de cet épisode tragique. Les couleurs aux teintes passées, l’aspect légèrement flouté de son trait donne un aspect sensuel et romantique à ce récit. L’héroïne est charmante et on retrouve en elle l’archétype des jeunes femmes des années 30. La dessinatrice a d’ailleurs particulièrement bien rendu l’atmosphère de l’époque : les tenues féminines accessoirisés de jolis chapeaux ronds, les ateliers de grands couturiers et leurs petites mains, les fêtes où les belles paradent, entourées de prétendants, le quartier Latin et ses étudiants. Tout concourt à rendre vivant cette funeste histoire.

Déjà adapté au cinéma par Claude Chabrol, le crime de Violette garde ici tout son mystère mais la jeune femme conserve une certain aura de fascination et de séduction que les différents visages que l’on découvre n’enlève pas. Loin de se cantonner aux codes du genre policier, Camille Benyamina déploie pour son premier album un dessin très séduisant tandis que le scénariste Eddy Simon nous offre un scénario travaillé qui s’intéresse aux ressorts psychologiques de l’affaire.

Une belle découverte assurément !

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D’autres avis :
Moka -

Liens :
- Site de la dessinatrice

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Titre : Violette Nozière : vilaine chérie
Scénariste : Eddy Simon
Dessinateur : Camille Benyamina
Éditeur : Casterman
Parution : Janvier 2014
96 pages
Prix : 20€

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24 comments for “Violette Nozière, vilaine chérie – Simon / Benyamina

  1. 5 février 2014 at 13 h 05 min

    On parle beaucoup de cet album en ce moment, je crois que je vais me laisser tenter.

    • 9 février 2014 at 18 h 05 min

      Ah bon ? Pourtant, je n’ai pas lu grand chose à son sujet. Je dois être déconnectée ! ^^

  2. 5 février 2014 at 14 h 20 min

    C’est aussi ma chronique du jour !
    J’ajoute ton lien à mon billet !

    • 9 février 2014 at 17 h 55 min

      Ah, j’aime ces bons hasards ! Je te rajoute aussi !

  3. 5 février 2014 at 14 h 52 min

    Je note ! Et je te jure que c’est vrai (me suis mise aux bd’s récemment :) )
    Déjà lu « Mauvais genre » de Chloé Cruchaudet ?

    • 9 février 2014 at 18 h 01 min

      Et ben ! C’est bien ce qui me semblait !! T’as eu un déclic ou quoi ?! Je vais pouvoir t’envoyer des bds maintenant ?! ^^
      Oui, j’ai lu Mauvais genre et bien que je n’en ai pas parlé, j’ai trouvé cet album excellent ! Contente de tes choix ;)

      • 8 mars 2014 at 20 h 53 min

        Et voilà il est programmé pour le prochain mercredi bd chez Mango ;)
        Figure-toi que je ne mentais pas en disant que je notais certaines bd’s chez toi ;) J’avais entres autres noté « La parenthèse » , »A la folie » (dans ma PAL tous les deux) et « L’invitation » (introuvable pour l’instant chez moi et même sur A*****).
        Comme j’ai flashé sur le dessin de Chloé Cruchaudet depuis ma lecture de « Mauvais genre », je me suis procurée le premier tome d’Ida et « Groenland Manhattan ». Sinon j’ai encore « Le bleu est une couleur chaude » et pas mal de Larcenet qui m’attendent dans ma PAL :) )

        PS : l’étudiant en droit s’appelle Jean Dabin et pas Jean Gabin comme l’acteur hihi :P

  4. 5 février 2014 at 18 h 03 min

    Je l’ai acheté sur un coup de tête rien qu’en voyant la couverture ! je sens que je vais me régaler !

    • 9 février 2014 at 18 h 04 min

      Le visage de Violette est fascinant, je ne suis pas étonnée ! Tu le présentes bientôt ?

  5. cristie
    5 février 2014 at 18 h 13 min

    Comment résister ?

    • 9 février 2014 at 18 h 10 min

      C’est logique : en ne résistant pas !

  6. 6 février 2014 at 6 h 50 min

    Si toi aussi tu t’y mets….

    • 9 février 2014 at 18 h 10 min

      Pour une fois que je tente les littéraires ! ;) (je plaisante !)

  7. Mango
    6 février 2014 at 8 h 32 min

    Cet album semble bien séduisant et j’ai une grande envie de le lire!

    • 9 février 2014 at 18 h 12 min

      Je suis ravie de t’avoir tentée !

  8. Loo
    9 février 2014 at 16 h 34 min

    Il plait beaucoup celui-ci en ce moment. Pour moi c’est le sujet qui me freine un peu. Les dessins me plaise. Je vais voir mais pas pour le moment, je vais attendre un peu.

    • 9 février 2014 at 18 h 21 min

      Le sujet est plutôt noir, certes, mais finalement le traitement graphique fait un réel contrepoint à la noirceur de cette histoire. Il faudrait te laisser doucement tenter ! :)

  9. 15 février 2014 at 18 h 54 min

    Les dessins sont vraiment incroyables !

    • 20 février 2014 at 23 h 42 min

      Oui, de toute beauté ! J’ai hâte de suivre l’évolution de l’auteur !

  10. 26 février 2014 at 7 h 02 min

    Un récit troublant, de magnifiques illustrations… et une réalité encore plus passionnante. Une histoire à découvrir !

    • 26 février 2014 at 21 h 22 min

      oui, cette fille est effrayante et fascinante à la fois ! La dessinatrice a su la doter de beaucoup de charme.

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