Shroder – Amity Gaige

shroder 01Erik Schroder a décidé de se confesser. De tout dire. C’est son avocat qui le lui a conseillé. C’est que notre homme est accusé d’enlèvement sur sa propre fille, Meadow.
Il est divorcé de Laura avec qui, désormais les contacts sont difficiles et ne voit plus sa fille qu’un week-end sur deux. Pour le moment. Car la justice pourrait bien lui refuser totalement le droit de garde. En attendant, il profite de ces derniers jours passés auprès d’elle pour s’offrir une virée voyageuse un peu folle. Un échappée qui va s’éterniser, un peu par hasard, et qui va conduire Erik en prison.

Longue confession, Schroder est le plaidoyer d’un mari et d’un père qui s’adresse à sa femme mais aussi à tous ceux qui voudront bien écouter son histoire. Le narrateur revient de longues années en arrière et tente d’expliquer son geste ou tout du moins de le comprendre lui-même.
Erik est un homme plutôt banal. Il a réussit ses études, épousé Laura, est devenu agent immobilier avant de connaître la crise et le chômage. Il a eu une fille formidable, Meadow, très éveillée pour son âge, et va l’élever au foyer quelques années. Le couple s’éloigne peu à peu et bientôt Laura demande le divorce. Elle obtient la garde de Meadow tandis qu’Erik sombre, brisé. Il aime sa fille mais sa maladresse le perd. Il y a bataille pour le droit de garde et Erik sait qu’il va perdre.  Après des mois de conflits et de manque, Erik va pouvoir enfin passer une journée avec sa fille. Il a envie d’une journée inoubliable, une journée au lac entre un père et sa fille, pleine de rire et de câlins. Une journée qu’on a pas envie de voir finir et qu’on prolonge un peu inconsciemment. Une journée qui devient un roadtrip, une fuite en avant dont on sait pourtant qu’elle se terminera mal.

Histoire d’un père divorcé comme il en existe tant, Schroder revient sur la douleur des pères séparés de leurs enfants. Erik n’est pas parfait, il fait des erreurs, il n’a pas toujours été le mari idéal et de fait, on ressent parfois un certain malaise, un manque d’empathie à la lecture de son récit. Pourtant, on ne peut nier que c’est un père qui aime sa fille. Sa détresse d’être séparé de Meadow est extrêmement touchante et on espère malgré tout que cet homme obtiendra gain de cause. Mais Erik, poussé par ce désir incommensurable de rester avec sa fille prend les mauvaises décisions et finalement, c’est de manière totalement inconséquente qu’il « enlève » sa fille de 6 ans. Plus exactement, il part avec elle sans prévenir personne, et surtout pas la mère qui doit être paniquée. Ces quelques jours en sa compagnie sont l’occasion d’aller au bout de lui-même.
Les petits mensonges qu’il sert à Meadow cachent de plus grosses vérités. C’est que, depuis sa jeunesse, le mensonge préside sa vie. Celui originel de son père qui a fuit l’Allemagne avec son petit garçon, suivi ensuite par celui d’un jeune garçon honteux de ses origines, de son accent, de sa condition et qui choisira désormais un nouveau nom, Erik Kennedy. Un nom glorieux pour vivre une nouvelle vie, obtenir une nouvelle identité. Erik Schroder / Kennedy est un homme qui a soif d’amour, de normalité et qui tente de se mystifier. Un homme étrange, aux contours flous qui ne se laissera pas appréhender totalement et laissera le lecteur interrogatif. La forme choisie de la confession laisse apparaître un seul point de vue et  de ce fait, l’analyse psychologique du personnage semble imparfaite, pas assez poussée. Dépassé par ses mensonges, l’homme se retrouvera au pied du mur. Bavard, craignant le silence et ses non-dits, Erik meuble sa vie par ses propres histoires et c’est face à une double fiction que nous nous retrouvons.

Roman hybride sur l’amour paternel et ses dérives, sur le secret et la fuite, sur la quête identitaire et le rêve américain d’une vie idéale, Schroder livre un récit troublant sur le parcours d’un homme qui a voulu choisir sa vie. A la fois auteur et acteur de son propre texte, on devine que la vérité est bien plus complexe mais c’est au lecteur de démêler les fils d’une vie dont il n’aura pas toutes les clés. A personnage ambigu, roman ambigu. On ne sait rester insensible à cette confession à la fois banale et hors-norme mais pourtant une certaine réticence demeure. Aimable et détestable à la fois, Erik est plein de contradictions et c’est ce qui ressort de cette lecture : pas totalement convaincante mais forte par certains aspects. Troublant, vous dis-je !

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D’autres avis :
ClaraLoFolfaérieLe Bison -

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Titre : Schroder
Auteur : Amity Gaige
Éditeur : Belfond
Parution : Mars 2014
345 pages
Prix : 22€

 

 

17 comments for “Shroder – Amity Gaige

  1. 15 avril 2014 at 22 h 53 min

    J’avais été super tentée au moment de sa sortie et puis les premiers billets sont arrivés et…bah je me tâte car je n’ai lu personne de franchement enthousiaste vis-à-vis de ce roman :/

    • 19 avril 2014 at 9 h 41 min

      Tu peux te tâter, la lecture ne fut pas déplaisante mais n’est pas tout à fait indispensable…

  2. 16 avril 2014 at 6 h 58 min

    Troublant mais pas tentant en ce qui me concerne ;)

    • 19 avril 2014 at 10 h 15 min

      Je l’accepte sans aucun problème !

  3. 16 avril 2014 at 7 h 18 min

    il ne m’a pas convaincu..

    • 19 avril 2014 at 10 h 15 min

      Oui, j’ai vu ça, Clara !

  4. 16 avril 2014 at 7 h 26 min

    Je reste curieuse vis-à-vis de ce roman… je le sortirai à la bibliothèque pour moins de risques ! ;-)

    • 19 avril 2014 at 10 h 16 min

      Bonne idée ! ça n’est pas un mauvais livre mais il manque quelque chose pour y adhérer pleinement.

  5. 16 avril 2014 at 20 h 05 min

    le côté troublant m’intéresse, mais le fait qu’il n’ai pas complètement convaincu me laisse sceptique …

    • 19 avril 2014 at 10 h 18 min

      Oui, pas de quoi foncer les yeux fermés !

  6. 16 avril 2014 at 21 h 03 min

    Je lis pas mal d’avis sur ce titre et j’avoue que je reste sceptique… Peut-être en poche un jour…

    • 19 avril 2014 at 10 h 18 min

      ça semble l’avis général et je le conçois tout à fait !

  7. 25 avril 2014 at 10 h 35 min

    Je vais faire comme kathel, l’option bibliothèque ! Les avis sont tous mitigés mais c’est vrai que le thème m’intéresse.

    • 22 mai 2014 at 21 h 52 min

      C’est à ça que servent les bibliothèques aussi ! :)

  8. 4 mai 2014 at 17 h 44 min

    Il m’a convaincu. Pas indispensable, mais quelle lecture est vraiment indispensable.
    Ambigu, effectivement. Difficile d’aimer le personnage de Schroder mais encore plus difficile de le détester. Et en ce sens, l’auteur réussit son coup.
    Un très bon moment de lecture pour une histoire plus complexe qu’elle peut y paraître, et qui prête également à réflexion. Sans s’identifier, j’essaie de me mettre à sa place, de comprendre ses actes et de penser à ce que j’aurais pu faire (ou ne pas).
    Pour moi, c’est un très bon roman, qui se lit facilement mais qui offre aussi une réflexion entre les lignes.

    • 22 mai 2014 at 22 h 00 min

      Je suis d’accord avec toi, même si je n’ai pas été aussi emporté que toi. en fait, je le trouve très humain ce personnage. Impossible de lui jeter la pierre pour ce pseudo enlèvement. C’est plus sa vie basée sur le mensonge qui m’a gêné. Mais oui, un roman très réflexif qui reste en mémoire.

  9. 27 mai 2014 at 8 h 07 min

    Je m’étais ennuyé à la lecture de ce roman.

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