Le liseur de 6h27 – Jean-Paul Didierlaurent

le liseur de 6h27 01Un amoureux des livres qui travaille au pilon, voilà qui n’est pas banal. C’est pourtant bien le métier qu’exerce Guylain Vignolles, un célibataire de 36 ans qui, derrière des apparences convenues s’avère quelque peu surprenant. Quand notre homme ne discute pas avec Yvon, le préposé de la barrière qui ne s’exprime qu’en alexandrins ou avec Giuseppe, un ancien collègue victime de la Chose, notre homme fait la conversation à Rouget de L’Isle, un poisson rouge régulièrement remplacé. La Chose, ce monstre mécanique qui broie les kilos de papier offert, la Chose qui détruit des kilomètres de textes, la Chose haïe et crainte qui semble avoir une vie propre la nuit. Guylain a décidé, comme un pied de nez à son patron hurlant et à son collègue méprisant de voler quelques pages à la chose et de les lire à haute voix tous les matins, dans son RER habituel. Devenue une habitude, les passagers finissent par attendre avec impatience ce moment de lecture improvisé. Il ignore encore que sa vie se verra bientôt bouleversée par la découverte d’une clé USB contenant le récit d’une dame pipi qui raconte son quotidien et par la venue de groupies sexagénaires bien décidées à l’inviter dans leur maison de retraite pour y faire la lecture à ses résidents.

Si l’histoire débute par l’ombre effrayante de la Chose, machine infernale qui pilonne les livres, et dont l’action effraiera tous les amoureux de la littérature, Le liseur de 6h27 s’avère en définitive une vraie déclaration d’amour. Aux livres tout d’abord qui ont la part belle ici et à l’écrit surtout, même en format numérique. Le roman contient un trio de personnages qui d’une manière ou d’une autre tentent de sauver le livre, l’objet et son contenu. Une façon aussi de se sauver soi-même dans un monde monotone et parfois difficile. L’amour des livres, oui, mais l’amour aussi tout court. Guylain hait son travail et pose un regard désabusé sur sa vie solitaire. La dame pipi dont il fait connaissance à travers ses écrits l’intrigue. Au point de la chercher dans tous les centres commerciaux de la région. Une quête timide qui devient peu à peu essentielle. L’amour sera-t’il au bout du chemin ?

« Pour tous les voyageurs présents dans la rame, il était le liseur, ce type étrange qui, tous les jours de la semaine, parcourait à haute et intelligible voix les quelques pages tirées de sa serviette. Il s’agissait de fragments de livres sans aucun rapport les uns avec les autres. Un extrait de recette de cuisine pouvait côtoyer la page 48 du dernier Goncourt, un paragraphe de roman policier succéder à une page de livre d’histoire. Peu importait le fond pour Guylain. Seul l’acte de lire révélait de l’importance à ses yeux. Il débitait les textes avec une même application acharnée. Et à chaque fois la magie opérait. Les mots en quittant ses lèvres emportaient avec eux un  peu de cet écœurement qui l’étouffait à l’approche de l’usine. »

Belle histoire touchante qui saura séduire le plus grand nombre, Le liseur de 6h27 a quelque chose du conte de Noël, ce moment où, alors qu’on ne s’y attend plus, quelque chose arrive qui nous dépasse un peu. L’auteur nous décrit des vies plutôt banales où le travail semble être un poids dans une société où le respect n’est plus une valeur première, où les employés ne semblent pas à leur place, confrontés à la bêtise de leur tâche, aux coups de butoir de leurs congénères. Chaque fois, le livre semble être un dérivatif positif qui console ou apaise. Pourtant, l’auteur réussit à amener avec simplicité cette petite touche de magie, d’inattendu qui apporte un peu de relief et de bonheur à ceux qui s’y attendent le moins. On observe avec tendresse notre liseur qui tombe amoureux des mots de Julie, Yvon qui vit son quotidien comme une pièce de théâtre et Giuseppe qui se fait collectionneur d’un seul livre dans le but d’y retrouver ses jambes hachées. Il y a aussi tous les auditeurs de la maison de retraite dont les réparties terre à terre ne manqueront pas de faire sourire. C’est d’ailleurs ainsi que l’on ferme ce roman : avec le sourire et l’envie de partager un moment de bien-être et de joie avec autrui.

Les piqures d’optimisme sont toujours les bienvenues, aussi ne boudez pas votre plaisir !

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Titre : Le liseur de 6h27
Auteur : Jean-Paul Didierlaurent
Éditeur : Au diable Vauvert
Parution : Mai 2014
192 pages
Prix : 16€

 

 

6 comments for “Le liseur de 6h27 – Jean-Paul Didierlaurent

  1. 13 juin 2014 at 5 h 24 min

    Je vois que tu as aimé aussi, ce qui me rassure car je ne pensais pas pour ma part qu’il me ferait passer un si bon moment.

    • 16 juin 2014 at 18 h 59 min

      Oui, je m’aperçois que le titre fait un peu le buzz des médias mais son approche facile n’occulte pas un contenu doux et intelligent.

  2. :)
    13 juin 2014 at 10 h 06 min

    Je suis plus que tenté… je file chez le libraire ;) et je te souhaite une belle journée

  3. 19 juin 2014 at 21 h 59 min

    Celui là, je me le garde pour l’été !

    • 5 juillet 2014 at 19 h 38 min

      Tu as raison, il sera parfait !

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