Les cavaliers afghans – Louis Meunier

les_cavaliers_afghans 01Louis Meunier fait partie de ces hommes un peu fous qui sont capables de tout plaquer pour un projet plus ou moins improbable. De fait, à 23 ans, il largue les amarres et accepte un poste de responsable logistique d’une ONG plus ou moins par hasard. Passionné de chevaux et fasciné par cette terre, découverte dans Les cavaliers de Kessel, il est prêt à découvrir ce pays qui a pourtant mauvaise réputation. Nous sommes en 2002, la guerre contre les talibans vient de se terminer et le pays est à reconstruire grâce aux nombreuses aides internationales. Bien que son travail soit d’envergure, Louis Meunier s’immerge peu à peu dans la culture afghane au point bientôt de la faire sienne.

L’auteur apprend la langue du pays, partage les coutumes de ses habitants et fait montre d’une belle ouverture sans préjugés. Le récit est découpé en 3 parties, correspondant à ses différents séjours.

Il nous entraîne tout d’abord à sa suite dans les coulisses de son travail à Maïmana aux responsabilités de plus en plus accrues, dans les villages désordonnés qui attendent impérativement les vivres qui les aideront à survivre, à la rencontre d’habitants plus ou moins méfiants dont il faut petit à petit gagner la confiance, de ses seigneurs de guerre qu’il faut apprivoiser sans flancher. Louis Meunier n’épargne pas sa peine et son maigre temps libre est consacré aux chevaux. Cavalier émérite, il est fasciné par ces chevaux afghans magnifiques tout en élégance mais aussi en violence. Le cheval est une tradition afghane qui perdure encore et en posséder est un signe de richesse et de respect. On continue encore aujourd’hui de les voir s’affronter, non dans des courses de vitesse comme en Occident mais dans des buzkachi, un jeu équestre qui consiste à s’emparer d’une carcasse cousue de chèvre et à la traîner jusqu’à un but. Un jeu extrêmement violent où tous les coups sont permis, où les cavaliers font mettre d’agilité mais aussi d’une agressivité qui se transmet au cheval même. Les blessés ne sont pas rares, tant au niveau des animaux que des hommes. Un jeu sans aucun doute fascinant que Kessel a célébré dans son roman et qui devient une véritable obsession pour l’auteur, bien décidé à assister à un buzkachi et pourquoi pas à y participer !

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Afghanistan, automne 1954,
©Nicolas Bouvier

La deuxième semble encore plus folle : après un retour précipité en France, dû à la guerre qui reprend, Louis Meunier revient en 2005 vers ce pays qui agite son cœur. La vision de steppes à la télévision le renvoie bientôt vers les terres afghanes pour un projet d’importance : un voyage de 2000 Kms à cheval entre Maïmana et Herat, suivant en partie l’itinéraire du héros de Kessel. Avec 3 chevaux et un compagnon de route lui servant de guide mais n’étant jamais monté à cheval (!), Louis part à la rencontre d’une population isolée et de paysages à couper le souffle. Entre accueil chaleureux, méfiance et parfois même menace tangible, notre homme surprend par son courage et sa ténacité. Son périple est passionnant et nous invite dans l’intimité de ses hommes qui ne se livrent pas facilement.

Enfin, la dernière partie signe l’ultime retour de l’auteur en Afghanistan en 2006. Toujours attaché à ce pays qui l’a progressivement adopté, il décide d’y monter une société de production audiovisuelle. Pour autant, le cheval n’est jamais loin et le buzkachi non plus qui, bientôt, lui ouvrira ses portes.

Les cavaliers afghans m’ont littéralement passionnée ! Le voyage, les chevaux, les défis hors-normes sont des thèmes qui me parlent et me touchent au cœur. Le parcours atypique de cet homme qui n’a jamais cessé d’aller au bout de ses envies me laissent admirative. Son histoire toute personnelle est pourtant bien plus que cela. Traçant un véritable portrait d’un pays en bute des politiques internationales, il a véritablement saisi l’âme du pays. Un pays encore pétri de traditions et d’une dignité toute en élégance mais pris dans un maelström de conflits communautaires. Un pays fier qui refuse de se plier au bon vouloir de l’occident et des étrangers qui croît tout savoir. Louis Meunier a su dépasser les clichés habituels véhiculés par les médias et nous offre un témoignage puissant où transparaît sa curiosité, sa tolérance, son incompréhension aussi parfois, son amour des chevaux passionnel. Il ne juge pas mais nous laisse voir sans fard le cœur des hommes afghans.

Emportée par ce récit qui tient à la fois du roman d’aventure et de la chronique historique, je me prends à rêver à Kessel et à ses cavaliers si fiers qui attendent patiemment ma lecture sous le regard d’un cliché pris par Nicolas Bouvier que j’affectionne et qui sortira un jour de mes cartons !

Le match de buzkachi, Kaboul, Afghanistan, automne 1954,
©Nicolas Bouvier

 

D’autres avis :
Jérôme -

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Titre : Les cavaliers afghans
Auteur : Louis Meunier
Éditeur : Kero
Parution : Mai 2014
330 pages
Prix : 20€

11 comments for “Les cavaliers afghans – Louis Meunier

  1. 21 août 2014 at 20 h 48 min

    Salut Choco ! Ton article est excellent, merci pour cette découverte. Dis, as-tu reçu mon mail récemment ? à très bientôt

  2. 21 août 2014 at 20 h 53 min

    Je doute que ce genre de bouquin soit fait pour moi mais j’aime ton bel enthousiasme ! ;-)

    • 24 août 2014 at 22 h 23 min

      Idem ;) Mais je suis contente de constater que tu vis toujours :P

  3. 21 août 2014 at 21 h 10 min

    J’ai adoré aussi et je ne peux que t’encourager fortement à lire Les Cavaliers de Kessel, une de mes plus belles lectures.

  4. 22 août 2014 at 7 h 59 min

    Le projet semble superbe… je note pour changer des romans autocentrés ! ;-)

  5. 22 août 2014 at 11 h 09 min

    Je l’avais déjà repéré chez Jérôme celui là !

  6. 22 août 2014 at 15 h 32 min

    J’ai aussi beaucoup aimé, comme tu le sais. Et je crois, avec du recul, que la seconde partie restera définitivement ma préférée.

  7. 2 septembre 2014 at 21 h 53 min

    D’emblée, ce n’est pas un livre que j’aurais ouvert, mais ton billet me donne envie de découvrir ce récit qui a l’air passionnant. Je note également le Kessel !

    • 20 septembre 2014 at 14 h 47 min

      Personnellement, j’affectionne la littérature de voyage ! Elle me permet de découvrir d’autres lieux même quand on ne peut voyager. Je ne peux que t’inviter à faire de même !

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