Je suis fait ainsi – Jack London

je suis fait ainsi 01Les écrivains sont hommes avant tout et ce n’est pas cet ouvrage qui reprend la correspondance inédite de Jack London avec ses filles qui nous contredira.

London a eu 2 filles, Joan et Becky, d’un premier mariage. Il divorça de leur mère, Bess Maddern, alors qu’elles n’avaient que 4 et 3 ans. Il vivra loin d’elles, pris par ses nombreux voyages, ses contraintes domestiques avec sa nouvelle femme et ses obligations professionnelles. Pour autant, il tentera de garder un lien avec ces dernières et débute notamment une correspondance avec Joan, âgée de 6 ans à l’époque. Il lui écrira jusqu’à ses 15 ans, sa mort survenant en 1916.

C’est tout un versant intime de l’homme de lettres qui nous est donné à voir ici. Jack London se révèle un homme coincé régulièrement dans les contingences pragmatiques de l’existence : sa situation financière instable l’oblige à tout calculer au grand dam de son ex-femme toujours prompte à lui réclamer quelque argent. Les échanges avec Bessie qui s’intercalent montre bien le conflit perpétuel entre l’ancien couple, et Jack, plutôt tolérant et généreux (il laisse à son ex-femme et son nouveau compagnon l’usage de la maison familiale dont il pourvoit en plus à l’entretien), n’hésite pas à s’insurger contre ses demandes répétées de financements supplémentaires. On ressent également cette tension dans ses courriers à Joan. Agacé d’être la bonne poire à qui on soutire de l’argent sans rendre une once d’affection, Jack n’hésite pas à évoquer ces problèmes de manière plus ou moins voilée, oubliant l’âge de sa correspondante… On s’étonne ainsi de le voir faire un scandale pour des achats inconsidérés de gommes et de crayons, ou de livres mis sur son compte sans en demander la permission.

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Malgré tout, l’homme se fait parfois tendre et affectueux. On sent sa tristesse de ne pouvoir profiter de ses filles, de ne pouvoir les élever à sa manière (leur esprit étant évidement perverti par leur mère, selon London !). Il pointe régulièrement du doigt le fait que ses filles ne le connaissent pas vraiment, il réclame une attention autre, les pousse à venir le retrouver régulièrement en sa ferme mais en vain.
Parfois, il leur parle de livres, de l’importance de l’usage des mots. Il leur donne des conseils de vie pour devenir des femmes qui ne soient pas de gentilles cruches (la vision de la féminité n’étant pas des plus positives).

C’est une correspondance bouleversante qui est à lire ici. Elle peut choquer, étonner par sa violence ou le manque de compréhension devant ces petites filles qui ne doivent pas percevoir tous les non-dits qui transparaissent dans les lettres de l’écrivain. Mais ce sont aussi les lettres significatives d’un homme qui semble toujours dans l’urgence, dans la lutte contre le manque d’argent, le manque de reconnaissance, l’injustice. Certains élans qu’il a avec ses filles sont significatifs d’une ligne de conduite, de valeurs qu’il souhaite défendre jusqu’au bout ou presque. Un passage particulièrement poignant nous montre un London baissant les bras devant l’absence chronique d’investissement de ses filles envers lui, et son désintérêt naissant pour elles.

C’est beau, c’est dur, c’est la vie avec ses bons et ses mauvais moments.
C’est Jack London et sa prose magnifique, mise ici au service de l’intime.

C’est à découvrir absolument !

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Lien :
Extrait à découvrir.

Petite vidéo exceptionnelle à découvrir : un Jack London filmé dans son ranch, quelques jours avant sa mort !

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 Titre : Je suis fait ainsi – Lettres à ses filles
Auteur : Jack London
Éditeur : Finitude
Parution : Octobre 2014
128 pages
Prix : 13€

2 comments for “Je suis fait ainsi – Jack London

  1. 27 octobre 2014 at 9 h 53 min

    Oh, je l’avais repéré je ne sais plus où ! Il me tente, mais j’ai un problème avec les correspondances, je les achète, mais je ne les lis pas, j’en ai déjà quelques-unes qui m’attendent ! (c’est grave, docteur ?)

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