L’argent du déshonneur – Hiroshi Hirata

argent du deshonneur 01Au 17ème siècle, l’univers des guerriers japonais évolue peu à peu. La guerre coûte cher et de nouvelles pratiques commencent à apparaître alors même que les combats entres clans se multiplient. Les samouraïs vaincus peuvent désormais racheter le prix de leur tête et éviter ainsi la mort, le plus souvent à prix d’or. Alors que leurs adversaires s’apprêtaient à les tuer, ils pouvaient proposer de l’argent en échange de leur vie sauve. Ils signaient alors une reconnaissance de dette envers leur ennemi, libre de venir réclamer son dû quand bon lui semble. Des recouvreurs de dette font dès lors leur apparition et c’est l’un d’eux que Hiroshi Hirata met en scène ici.

Hanshirô Kubidai exerce ce nouveau métier de recouvreur de dettes. Il est chargé par les « tireurs » de récupérer la créance émise par les prêteurs. Ces samouraïs vaincus n’étaient pas toujours très enclins à régler leur dette qui soulignait, d’une certaine façon, leur défaite, leur couardise ou leur manque d’honneur. La force était donc parfois nécessaire et le recouvreur pouvait aussi se payer avec la vie du prêteur refusant de payer.
A travers les 7 histoires de ce recueil, nous allons suivre le parcours de l’un d’eux. Confronté à différentes situations émouvantes, violentes ou dramatiques, il va nous permettre de découvrir le visage caché des bushido, un visage pourri par l’argent et l’intérêt qui va complètement à rebours de l’image habituel des samouraïs.

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Hiroshi Hirata nous avait habitués à plonger dans le monde des samouraïs et de leur célèbre code d’honneur qui les rend si prestigieux. Une fois n’est pas coutume, l’auteur s’attaque cette fois-ci à un fait méconnu et pointe du doigt la peur de la mort, l’absence de courage et de fierté, la perversion de l’argent auprès de ces guerriers légendaires. L’image de noblesse qu’on leur associe habituellement est ici absente et ce sont plutôt des hommes vaincus par la peur de mourir que nous découvrons. Des humains comme les autres finalement avec leurs forces et leurs faiblesses, des familles à assumer. En soi, ce n’est pas tant ces accords financiers qui sont dénoncés mais tout le business pécuniaire qui se crée autour, les dérives inhérentes à ce marché et le problème de certains samouraïs qui refusent d’assumer leurs actes.
La vie d’un samouraï a désormais un coût et certains en profitent pour réclamer sur le champ de bataille, à des hommes prêts à tout pour continuer à vivre, des sommes indécentes qu’ils seront pourtant incapable d’honorer. D’autres fiers à bras se sont construits sur une image de guerrier impitoyable et refusent de reconnaître qu’ils ont dû céder face à un ennemi. L’arrivée d’un recouvreur de dettes leur fait perdre la face et tout est bon pour éloigner l’intrus. Il y a aussi les menteurs qui donnent de faux noms pour échapper à la vindicte des recouvreurs et entraînent leur clan dans le déshonneur.
Messager de malheur, parfois attendu dans la crainte pendant de longues années, le recouvreur de dettes semble être un simple exécutant sans pitié. Celui que nous suivons ici est pourtant bien plus complexe qu’il n’en a l’air. Pétri de réflexions, très observateur, il reste un homme intègre qui sait assouplir les règles pour que les choses soient justes.

Réalisées dans les années 70, ces histoires semblent être l’empreinte d’une époque bien lointaine. Pourtant, dans une postface éclairante, l’auteur n’hésite pas à la rapprocher de notre propre époque contemporaine. il nous rappelle combien l’argent et l’avidité peuvent être néfastes. Car aujourd’hui, rien n’a finalement changé. La morale est souvent égratignée au nom de l’intérêt personnel et conduit à des situations intenables qui provoquent moult drames. On pense notamment à ces salaryman japonais qui vont jusqu’au suicide pour des problèmes d’argent qu’ils n’osent pas révéler à leurs proches.

Maître incontesté du genre gekiga, Hiroshi Hirata nous livre une fois encore une somme passionnante sur son sujet de prédilection qui est l’époque féodale du Japon. Son dessin est toujours aussi maîtrisé et les scènes d’action et de combat révèlent un dynamisme percutant qui mélange réalisme et esthétisme. Très documenté mais aussi très lisible, Hirata réussit à nous pénétrer avec une grande facilité dans un univers situé à mille lieux du notre.

Voilà un excellent recueil qui passionnera les amateurs et les curieux du Japon d’autrefois.

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Titre : L’argent du déshonneur
Scénariste / Dessinateur : Hiroshi Hirata
Éditeur : Akata
Parution : Novembre 2014
387 pages
Prix : 23,50€

6 comments for “L’argent du déshonneur – Hiroshi Hirata

  1. purplevelvet
    10 mars 2015 at 13 h 33 min

    ha, ça m’intéresse bien, je suis de plus en plus en train de m’orienter sur le seinen un peu ancien.. je prends note

    • 28 mars 2015 at 13 h 39 min

      Quitte à noter, tu peux tout lire de cet auteur !! :) Son travail est hyper intéressant et je le suis depuis plusieurs années justement ! :)

  2. :)
    11 mars 2015 at 13 h 29 min

    Excellent choix ! Sans conteste, mon mangaka préféré ! J’ai même écrit un post sur lui et ses œuvres, toutes plus intéressantes les unes que les autres…

    • 28 mars 2015 at 13 h 36 min

      Moi aussi, un de mes auteurs chouchous ! J’ai (quasiment ?) tout lu de lui ! Ton article est très complet ! :)

  3. 12 mars 2015 at 12 h 53 min

    J’avais lu son manga autobiographique (Ma voie de père), c’est un drôle de loustic ce monsieur Hirata ;)

    • 28 mars 2015 at 13 h 38 min

      Voui, un sacré loustic, c’est le mot ! J’ai vu, une fois, un reportage à la TV sur le bonhomme et il m’avait l’air bien décalé ! Un petit homme qui aime l’humour, ce qu’on ne ressent pas forcément dans ses mangas d’ailleurs.

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