Juge Bao et le phoenix de jade – Patrick Marty / Chongrui Nie

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Chine du 11ème siècle, dynastie des Song du Nord.
L’empire est riche et puissant, entraînant par là-même une corruption galopante parmi les hauts fonctionnaires. Pour lutter contre ce fléau, l’empereur a donné les pleins pouvoirs à l’incorruptible juge Bao. Sillonnant le pays, accompagné de sa petite troupe, le juge Bao traque ceux qui bafouent la loi, sans distinction de rang.
Dans ce premier épisode, notre juge chemine vers la préfecture d’une province située au Nord-est de l’empire et découvre que la population est sous le joug d’un groupe de notables corrompus. Expulsions illégales, chantages, intimidations, emprisonnements abusifs, meurtres,… cachent toute une série de manipulations visant à l’édification d’une cité nouvelle, servant de base à l’enrichissement des hommes de pouvoir de la ville. Interpellé par une vieille femme clamant l’innocence de son fils emprisonné depuis 3 ans, le juge Bao va mettre son nez dans les affaires peu recommandables de la préfecture.

Si le Juge Bao est une figure peu ou pas connue en occident, il est un véritable héros pour la population chinoise. Ce personnage historique qui a réellement existé (999 – 1062) se retrouve dans bon nombre de romans et de légendes orales qui ont traversé le temps. On compte même aujourd’hui des adaptations audiovisuels. Reconnu pour son impartialité et son intégrité, il a toujours lutté contre la corruption, ce qui fait de lui un personnage romanesque par excellence.
De fait, c’est le scénariste français Patrick Marty qui s’associe au dessinateur chinois Chongrui Nie, pour nous offrir une version dessinée des aventures de ce célèbre juge.

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La trame de l’histoire est plutôt classique et ce premier volume nous présente les personnages de façon très académique. L’entrée en scène du juge est précédée de la mise en scène de ceux qui l’accompagnent : son garde du corps, Zhan Zhao ; son assistant et médecin légiste, Gongsun Ce ; son jeune page, Bao Xing ; et enfin une petite troupe de soldats dirigée par 2 gardes. Le juge, affublé d’une belle barbe à l’ancienne tel un vieux sage, se présente comme un homme droit et attentif à la population. Charismatique et autoritaire, c’est une vraie personnalité qui en impose. Il n’hésite pas à se grimer et à imaginer une mise en scène retorse pour mieux avoir accès aux coulisses de la ville. Envoyant son équipe enquêter sur différentes pistes, il dénoue les fils d’une intrigue qui prend place dans une Chine médiévale très traditionnelle.

En dépit de son aspect policier, cette histoire nous plonge d’ailleurs dans l’histoire de la Chine d’autrefois. Le lecteur découvre une Chine à la fois distinguée et pauvre. Le contraste entre la population qui survit difficilement et doit faire face à l’oppression des hommes de pouvoir, et entre les notables qui profitent de leur statut et des largesses de l’empire pour s’enrichir personnellement est très fort. Le lecteur visite les différents quartiers de la ville : les maisons populaires, celles des notables, la prison, les maisons de courtisanes. On découvre une justice qui prend des formes anciennes et où les verdicts peuvent ici s’accompagner de coups de fouet ou même de peines de mort. Très documentée, cette série laisse pourtant une grande part à l’imagination et s’affranchit des faits historiques dont les auteurs ne reprennent que l’esprit.

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Graphiquement, le juge Bao se veut hyperréaliste. Extrêmement précises, les illustrations donnent l’impression d’être issues de photographies. L’encrage est très fort, les visages des personnages sont très expressifs et leur côté figé leur donnent un aspect caricatural. Tout cela donne un air théâtralisé que l’on retrouve d’ailleurs dans le théâtre et l’opéra chinois. Si cela peut désarçonner de prime abord, il faut reconnaître que ce style s’associe parfaitement à l’aspect historique de l’histoire, en reprenant certains codes culturels chinois.
Présenté dans un petit format à l’italienne, cette édition se veut un hommage au lianhuanhua (petits formats de 18×13 cm au dessin réaliste dont les pages ne contiennent généralement qu’une seule vignette et dont les textes et les dialogues sont présents sous forme de récitatifs) tout en en étant bien loin ! Le travail des auteurs est fortement ancré dans la modernité d’aujourd’hui. Bien que petites, les pages s’étalent entre 3 à 7 cases par planches. Les cadrages sont libres et s’adaptent à l’action tout en offrant une belle fluidité dans la narration. Certaines vignettes m’ont parfois rappelé des scènes cinématographiques de films chinois d’arts martiaux (les réinterprétations récentes des époques reculées) et je note une certaine ressemblance (voulue ou non ?) entre Zhan Zhao, le garde du corps, et l’acteur Takeshi Kaneshiro (qui n’est pas chinois mais japonais) ! Une certaine forme d’humour ponctue parfois le récit. Des passages amoureux et presque érotiques (non, vous ne verrez rien !) s’insèrent également entre l’enquête et les scènes d’action.
La tradition se retrouve ponctuellement dans le récitatif. Les sous-titres de chapitres résument en quelques mots l’action de ces derniers. Des personnages nous racontent un évènement ou leur passé et la narration se fait non pas par des phylactères mais par un texte qui s’inscrit dans la case, explicitant ainsi l’action représentée visuellement et renforçant les paroles des personnages. Une technique traditionnelle qui permet de donner de la force aux propos et permet, en outre, le déroulement de 2 actions simultanées.

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Mélange d’occident et d’asiatique, de tradition et de modernité, la série du Juge Bao se révèle particulièrement étonnante.
Tel le Juge Ti, elle rapporte le parcours fictif mais réaliste d’un homme à la notoriété historique. D’un homme mais aussi de son entourage. Nul doute que les tomes suivants viendront étoffer les personnalités de chacun des protagonistes et enrichir la solide trame policière de chaque épisode. En conclusion, un manhua original et graphiquement très intéressant qui a su tirer parti du mélange des genres et des différences culturelles de leurs deux auteurs.

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Titre : Juge Bao et le phoenix de jade
Scénariste : Patrick Marty
Dessinateur : Chongrui Nie
Éditeur : Fei
Parution : Janvier 2010
148 pages
Prix : 8,90€

4 comments for “Juge Bao et le phoenix de jade – Patrick Marty / Chongrui Nie

  1. 10 mai 2015 at 9 h 02 min

    Je n’avais pas vu la ressemblance entre Zhan Zhao et Takeshi Kaneshiro :D
    En tout cas tu présente cette album très bien, tu me donne envie de le relire :)
    en revanche, je ne voudrais pas me tromper mais, la bd chinoise c’est manhua avec un U, le manhwa avec un W étant la bd coréenne

    • 10 mai 2015 at 10 h 01 min

      Ah oui mince, erreur inattention pour le manhua !! Tu as tout à fait raison !

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