Une forêt d’arbres creux – Antoine Choplin

foret d'arbres creux 01Bedrich Fritta vient de rejoindre son nouveau lieu d’habitation. Il repère tout de suite les deux arbres de la place.
« Il se dit : vois comme ils traversent les jours sombres avec cette élégance inaltérée, ce semblable ressort vital ».
Mais plus loin, c’est les barbelés qui arrêtent son regard. Des barbelés qui disent la contrainte et la mort. Deux faces d’une même vérité : les arbres et leur élan de vie et les barbelés du ghetto.
Car Bedrich Fritta vient d’arriver au ghetto de Terezin, en république tchèque. Il est juif et nous sommes en 1941. Le pire est encore à venir.

Bedrich arrive dans dans cette ville ghetto. Il est accompagnée de sa femme et de son jeune fils. Désormais, ils vivront séparés, chacun dans un baraquement de son sexe. Caricaturiste dans la vie civile, Bedrich est affecté à un bureau technique où l’on s’occupe de dessiner les plans de cette ville fantôme, de ce ghetto dit modèle. On découvre la vie au camp, le manque d’espace, le manque de nourriture, le manque de vie. Bedrich répond aux commandes, dessine le plan du futur crématorium. Des heures à dessiner l’harmonie architecturale demandée pour des bâtiments de mort. Le crayon, pourtant, s’échappe et devient une arme. Dans le silence et l’ombre de la nuit, Bedrich Fritta et quelques hommes se réunissent. Ils dessinent toujours mais cette fois-ci racontent le quotidien du camp. Ils veulent témoigner de l’horreur, malgré le risque. Ils réussiront même à faire sortir les dessins de Terezin. Jusqu’à ce que la réalité les rattrape.

Antoine Choplin nous livre ici un roman coup de poing qui pourtant ne s’embarrasse pas de scènes chocs. Tout en subtilité, en nuances, il déroule le fil de ses vies brisés au cœur du ghetto. Il ne dit pas les massacres, il ne donne pas à voir d’images chocs et insoutenables. Il évoque avec simplicité et douleur le quotidien presque « ordinaire » de ses habitants. Le drame se joue en filigranes, comme l’image d’Épinal que les nazis ont souhaités donné à ce camp, antichambre d’Auschwitz. Un ghetto modèle où la vie s’écoule avec une certaine liberté. Abritant de nombreux artistes, une certaine vie culturelle s’y épanouit, d’abord cachée puis en plein jour, utilisée par les nazis. Des concerts, des opéras pour enfants y sont joués. Mais le lecteur ne s’y trompe pas, la mort domine ici. Une supercherie est nécessaire lorsque la Croix rouge vient visiter le camp : de fausses devantures de maisons et de magasins sont construites, des fleurs sont plantées, les pièces repeintes.
Bedrich Fritta subit tout cela et sa résistance se fait avec un crayon. Les rares rencontres hebdomadaires avec sa femme et son fils sont bouleversantes. Peu de mots mais un regard commun tourné vers une petite maison, située au delà des barbelés, comme le symbole d’un espoir possible.

Avec une langue à la fois tragique et poétique, Antoine Choplin évoque avec sobriété le combat d’un homme, l’espoir qui ne le quitte pas, la force de la vie sur la mort.  L’espoir naît toujours du chaos et Bedrich Fritta nous le prouve. Car l’homme a bien existé. S’il n’est pas revenu d’Auschwitz, ses dessins lui ont survécus et prouve que la résistance n’est jamais vaine.

Premier coup de cœur de cette rentrée littéraire, Une forêt d’arbres creux est un roman  bouleversant mais indispensable ! Ne le ratez surtout pas !

Et pour accompagner ce livre,
je vous propose de découvrir la force des dessins de Bedrich Fritta :

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Titre : Une forêt d’arbres creux
Auteur : Antoine Choplin
Éditeur : La fosse aux ours
Parution : Août 2015
120 pages
Prix : 16€

17 comments for “Une forêt d’arbres creux – Antoine Choplin

  1. 18 août 2015 at 8 h 06 min

    J’aime beaucoup l’écriture d’Antoine Choplin découvert avec Le héron de Guernica, et j’ai noté ce titre, bien entendu. Je suis ravie que ce soit un coup de coeur pour toi, tu commences bien la rentrée littéraire.

    • 29 août 2015 at 20 h 18 min

      J’espère que tu va poursuivre la découverte de Choplin avec ce titre ! J’ai lu pas mal de trucs déjà pour le boulot mais celui-là sortait vraiment du lot !

  2. 18 août 2015 at 12 h 49 min

    C’est toute la retenue par rapport à la gravité du propos qui rend ce texte bouleversant. Ce sera aussi un des coups de cœur de la rentrée pour moi.

    • 29 août 2015 at 20 h 20 min

      Ravie ! Mais je regrette que malgré les nombreux billets qui vont paraitrent, l’auteur ne soit pas plus médiatisé que ça et reste dans la cour des seconds couteaux, au niveau éditorial… Choplin mérite vraiment de décrocher un prix, quel qu’il soit.

  3. 18 août 2015 at 15 h 00 min

    Coup de coeur partagé ! J’ai trouvé ce texte sidérant de justesse et de retenue…!

    • 29 août 2015 at 20 h 22 min

      La retenue, oui, c’est ce qu’il y a de plus frappant dans ce roman et dans ses précédents aussi, d’ailleurs. Parler de choses terribles sans en citer aucune précisément, c’est très puissant.

  4. 19 août 2015 at 10 h 46 min

    J’ai lu beaucoup de romans sur ce sujet et je sature parfois un peu. Mais vu ton avis et les commentaires, il serait apparemment dommage de passer à côté de celui-ci. C’est noté!

    • 29 août 2015 at 20 h 23 min

      Vu le coup de cœur, je ne peux évidement que t’inciter à y aller voir de plus près. Son style est très différent de ce qui a été déjà dit, tu verras !

  5. 19 août 2015 at 21 h 42 min

    Je n’ai jamais rien lu sur le ghetto de Terezine. Je note donc ce titre.

    • 29 août 2015 at 20 h 25 min

      Tu n’apprendras peut-être pas des tonnes de choses sur Terezin mais ça te donnera envie d’en savoir plus, sans aucun doute !

  6. 21 août 2015 at 7 h 26 min

    Hâte de le le lire :)

    • 29 août 2015 at 20 h 26 min

      ça va venir, je n’en doute pas !

  7. 27 août 2015 at 8 h 23 min

    Nous sommes du même avis : les dessins de lui sont ceux qu’il a réussi à faire passer hors du camp ? Bonne journée

    • 29 août 2015 at 20 h 30 min

      Oui, tout à fait ! des dessins rescapés du ghetto. Il y a d’autres dessinateurs du groupe dont on retrouve aussi les œuvres. Faut chercher un peu sur le net !
      Apparemment, il y a eu une expo il y a quelques années, je ne sais plus où à l’étranger. (oui ok, c’est très flou, ça n’aide pas beaucoup ! ^^)

  8. 30 mars 2016 at 16 h 32 min

    je viens de découvrir le billet d’aifelle, j’ai mis ce livre sur ma liste, mais j’avais envie de découvrir les dessins dont elle parle en nous renvoyant vers ton blog -
    terribles ces dessins, si poignants

    • 5 juin 2016 at 19 h 14 min

      Il n’est jamais trop tard pour découvrir un bon livre ! :)
      Les dessins donnent vraiment une dimension supplémentaire, c’est indéniable !

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