Les neiges de l’éternel – Claire Krust

neiges de l'éternel 01Dans un japon féodal intemporel, une jeune fille s’enfuit du château de son père. Elle ne fuit pas sa famille, non. Elle part chercher le remède qui pourra sauver son jeune frère malade. Déguisée en jeune homme, Yuki traverse le froid intense d’un hiver sous la neige et va devoir affronter diverses situations avant d’arriver auprès d’un guérisseur… qui ne veut plus guérir. Le drame marquera sa famille de manière durable et ce, à travers les générations.

Les 4 autres parties qui suivent nous invitent à suivre d’autres personnages qui sont tous liés d’une façon ou d’une autre à Yuki et à sa lignée : un fantôme qui erre dans le château où il a vécu et qui assiste inexorablement à la fuite du temps en attendant d’un œil las le décès d’un jeune garçon ; une courtisane de bas étage qui a des rêves de grandeur et se voit confier bien malgré elle la charge d’un enfant qui n’est pas le sien ; un adolescent un peu curieux qui veut rencontrer le fantôme qui aurait sauvé son grand-père ; un fils de guérisseur qui trouvera la liberté et sa voie en fuyant la maison familiale déserte.

5 personnages donc autour desquels se construit peu à peu toute l’histoire familiale d’un daimyo, à travers plusieurs générations. Les connexions entre les personnages se font rapidement et bien que, parfois, 50 ans les séparent ou plus, on ne se perd jamais dans cette chronologie chamboulée. 5 personnages face à leur destin, à des choix de vie qui seront déterminants. La narration fragmentée permet de s’attacher à chacun et de construire avec souplesse des portraits forts qui s’assemblent sans heurts et offrent une multiplicité de regards. Poussant le lecteur à aller chaque fois plus loin afin de mieux découvrir l’entièreté du puzzle. C’est intelligent et efficace. Car l’auteur ne donne pas non plus toutes les clés.
Des zones d’ombres restent, intensifiant une certaine atmosphère fantastique et surnaturelle. La présence récurrente du fantôme dans le récit, le froid cotonneux de la neige, cet hiver où prend place toutes les scènes du roman concourt à plonger le lecteur dans une zone à la frontière entre l’étrange et la réalité.

neiges de l'éternel 02Illustration de JungShan Chang, qui signe également la belle couverture du roman

A la lisière des genres, entre littérature générale et littérature fantastique, Claire Krust signe un premier roman de qualité. Elle réussit à créer un univers très dense où les histoires s’entrecroisent en bonne intelligence. On sent l’affection de l’auteur pour ce Japon féodal qu’elle retranscrit avec réalisme mais en évitant les écueils des clichés. Et c’est dans une prose retenue, faite de poésie et de mélancolie qu’elle tisse ses récits intimistes, bien loin du côté guerrier que l’on aurait pu attendre de cette époque. On y relève beaucoup d’émotion et une capacité étonnante à savoir raconter l’indicible. Les parties qui mettent en scène le fantôme sont particulièrement réussies : son attitude face aux vivants, sa place dans l’éternité, son ambivalence et les sensations troublantes dégagées à son contact sont des éléments forts qui poussent le roman du côté de la science-fiction.
Néanmoins, bien qu’édité par un spécialiste de la SF, je ne saurais trop vous souligner que ce roman dépasse amplement ce cadre et n’aurait pas à rougir d’une place en littérature dite générale, tant aujourd’hui les frontières sont perméables.
Aussi, amateur de fantastique ou pas, n’hésitez pas à découvrir ce premier roman ambitieux qui augure d’une belle carrière à venir, du moins je l’espère !

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Titre : Les neiges de l’éternel
Auteur : Claire Krust
Éditeur : Actu SF
Parution : Août 2015
344 pages
Prix : 18€

5 comments for “Les neiges de l’éternel – Claire Krust

  1. 6 octobre 2015 at 8 h 47 min

    Ton résumé donne vraiment envie de s’y plonger !

    • 7 novembre 2015 at 14 h 42 min

      J’espère t’avoir convaincue et qu’il a rejoint ta PAL… ! ^^

  2. jerome
    6 octobre 2015 at 8 h 57 min

    Encore un excellent livre . Le résumé est très plaisant , vivement ce weekend que je puisse le chercher ou le commander

    • 7 novembre 2015 at 14 h 42 min

      ça change de la jeunesse ! ;)
      Mais c’est toujours japonisant !

  3. :)
    7 octobre 2015 at 10 h 58 min

    Un grand merci pour cette belle découverte !!!

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