Nous dinerons en français – Albena Dimitrova

nous dinerons en français 01Alba se souvient et égrène les souvenirs d’une époque qui n’est plus.
Elle avait 17 ans et elle nous raconte dans la Bulgarie de 1986 le grand amour qu’elle a vécu. La rencontre avec Guéo s’est faite un peu par hasard dans un hôpital du gouvernement où la jeune fille a été exceptionnellement admise. Elle souffre d’une paralysie inexpliquée de la jambe. Jeune pensionnaire parmi les hauts gradés et autres apparatchik , elle fait la connaissance de Guéo, 55 ans, membre du Politburo qui se prend d’amitié pour elle. Une forte complicité se construit, il la soutient, l’encourage, se rend disponible pour la jeune fille. Bientôt la passion prend le pas et il embarque Alba dans une valse amoureuse teintée de politique.

Nous sommes quelques années avant la chute du mur. Les régimes communistes sont à bout de souffle. La débandade s’annonce. Guéo, communiste convaincu, travaille sans relâche sur un rapport destiné à sauver le communisme. Un rapport assez critique des dérives capitalistes du régime, qu’il tarde à rendre et qui lui vaut d’être surveillé de plus en plus étroitement par les services secrets.
Pourtant cet homme volage voit dans Alba une promesse de vie future, un dernier amour dans lequel il dépose tous ses rêves de liberté, l’illusion d’un monde où tout reste possible, même la promesse d’un dîner en France.
Bien qu’ils appartiennent à un monde qui s’effrite, Alba et Guéo vont vivre des heures fortes, sensuelles et passionnées. Leurs élans charnels ne s’arrêtent pas avec la surveillance dont ils sont l’objet. Le récit de cette passion se fait pourtant belle et douce. La différence d’âge, de classe sociale, d’univers ne les arrête pas et ils vivent leur amour avec un don de soi très tendre et touchant. Pourtant, Guéo n’ignore pas qu’une page historique et politique se ferme et c’est avec douleur qu’Alba le comprendra.

Albena Dimitrova, auteur bulgare qui vit désormais en France, raconte avec pudeur cette histoire d’amour hors-norme : une passion entre 2 êtres que tout oppose et qui s’inscrit dans une période politique tourmentée. Récit de la fin d’une époque, elle décrit en filigranes la chute d’un régime qui a tourné le dos à ses valeurs originelles. Lucide, elle donne à voir à travers le destin d’un couple la chute d’un système qui touche tous les êtres.
Et au delà de l’aspect engagé du texte, on ne peut qu’être touché par la passion qui enlace Alba et Guéo. L’auteur donne à voir toute la sensualité qui naît entre les deux corps, offre un étonnant érotisme qui ne se lit pourtant pas.
Roman bouleversant à l’aura politique, Nous dînerons en français déploie une langue poétique pour parler de la fin sous toutes ses formes. La fin d’une époque. La fin d’un amour. Une fin à la fois belle et tragique que l’auteur écrit dans une langue d’adoption. Car c’est en français qu’Albena Dimitrova nous offre ce premier roman crépusculaire et troublant.
Albena, Alba, qu’importe ce qui appartient à l’auteur ou à son personnage, le texte se suffit à lui-même.

« Je n’ai jamais possédé le cœur de Guéo. Lui non plus, il n’a jamais possédé le mien. Nous les avons juste fait battre ensemble. Etions-nous libres ? »

« Avec Guéo, nous plongions et nous croyions nous arracher aux dangers. Nous espérions étioler leur force, quand leurs fils se resserraient en nœuds. »

« Le communisme s’est écroulé. Le rapport de Guéo l’aurait peut-être sauvé. Les messages de mes paupières gardent leur secret, mais j’ai la vie sauve. »

-

Titre : Nous dînerons en français
Auteur : Albena Dimitrova
Éditeur : Galaade
Parution : Septembre 2015
216 pages
Prix : 18€

-

nous dinerons en français 02Monument de Buzludzha ©Romain Veillon.

Construit par le régime socialiste de l’époque dans le parc national de Buzludzha, en plein milieu de la Bulgarie, le monument était un hommage à la grandeur de l’URSS. Aujourd’hui, il est devenu le symbole de sa chute.
« Buzludzha est abandonné depuis 1989 et la chute du communisme. Ce lieu servait pour des cérémonies officielles communistes, c’est à la base une salle des congrès. Mais il n’a que très peu été utilisé !”
Le site est désormais très visité par les amateurs de ruines.

 

11 comments for “Nous dinerons en français – Albena Dimitrova

  1. 12 octobre 2015 at 8 h 17 min

    Aperçu à la rentrée, puis oublié, tu fais bien de me rappeler que ce roman pourrait me plaire. J’espère le trouver à la bibliothèque…

    • 7 novembre 2015 at 14 h 50 min

      En plus, ça te plairait, j’en suis certaine !

  2. 12 octobre 2015 at 18 h 32 min

    C’est un des coups de coeur d’Hélène au Bateau-Livre et tu sais donner encore plus envie de lire ce livre ! Je me disais en parcourant ton billet : Alba, Albena, c’est fort proche… jusqu’à sourire à ta conclusion. L’important c’est que le roman soit universel, même s’il contient une bonne part d’auto-fiction.

    • 7 novembre 2015 at 14 h 53 min

      Ahaha ! Et grâce à qui ce coup de cœur de la libraire ? ;)
      Tu as craqué depuis ton commentaire et une énième visite au Bateau ? Au pire, je peux te le prêter. Kathel serait peut-être intéressée aussi par un livre voyageur.

      • 7 novembre 2015 at 18 h 23 min

        Oh mais oui, pourquoi pas le livre voyageur ! (après Kathel, s’il te plaît) Et bravo pour le coup de coeur ;-)

    • Dimitrova
      1 décembre 2015 at 17 h 29 min

      bonjour, je découvre cette joyeuse conversation et le coup de coeur pour Nous Dînerons en français. Il y a une petite et malicieuse joie en moi de « donner » tout ce dont ont besoin mes personnages, je ne leur refuse rien, mais ce sont eux qui envoient balader des choses qui à me moi pouvaient me sembler essentielles et pour eux, ça ne présente aucun intérêt… je ne sais pas si je procède d’un genre « auto-fiction », à vrai dire je ne découvre cette catégorie uniquement en France, mais je sais que tout ce que j’écris je le vis in vivo de l’histoire des personnages. Cela me donne plus de vie que ma propre petite vie qui n’a pas beaucoup d’intérêt. J’aime raconter des histoires dont je ne connais pas l’issue. merci pour vos discussions qui nourrissent l’envie de lire et de raconter. Bien amicalement, Albena Dimitrova

      • 10 janvier 2016 at 16 h 14 min

        Bonjour Albena, merci pour votre passage sur ce modeste blog et pour votre message ! J’ai été très touchée par vos mots et comme je le soulignais, peu importe ce qui vient de votre vécu ou de la fiction, vous avez su donner à vos personnages une histoire et une émotion que j’ai pleinement ressentie en tant que lectrice. Il est évident que nous nous nourrissons de notre vécu et que parfois nous voudrions vivre la vie de personnages ! Continuez donc à faire vivre les vôtres et à nous faire voyager en littérature ! Merci à vous !

  3. jerome
    14 octobre 2015 at 17 h 50 min

    Une découverte , je vais essayer mais je devrais aimer

    • 7 novembre 2015 at 14 h 57 min

      Curieuse d’avoir vos impressions !

  4. 23 octobre 2015 at 17 h 08 min

    Un premier roman qui me tente sacrément !

    • 7 novembre 2015 at 15 h 09 min

      Pour une fois que je reparle un peu littérature adulte ici ! Ravie qu’il t’interpelle :)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *