Semaine coréenne : Toutes les choses de notre vie – Hwang Sok-yong

semaine coréenne 01

-

toutes les choses de notre vie 01Depuis que son mari a disparu (condamné pour vol, il a été envoyé en camp de rééducation) la mère de Gros-Yeux a bien du mal à subvenir à leurs besoins malgré son petit étal de légumes au marché. Aussi, quand un chiffonnier de l’Île-aux-Fleurs vient lui proposer un travail mieux rémunéré, par amitié pour son camarade disparu, elle accepte. Gros-Yeux et sa mère quittent alors Séoul pour s’installer en lisière de la ville, au cœur même d’une décharge à ciel ouvert où tout un village fait de bric et de broc s’est construit. Le travail consiste à trier les déchets qui arrivent chaque jour de tous les coins de la ville et à mettre de côté tout ce qui peut être recyclé et réutilisé. Peu à peu, la mère de Gros-Yeux devient l’amante du chiffonnier tandis que son fils se rapproche du petit garçon de ce dernier, surnommé Le Pelé. Débrouillards, ils vivent au cœur des déchets, trainent avec la bande de La Taupe et apprivoisent le monde des esprits qui leur apparaissent sous forme de lueurs bleues, doués de parole.

Vrai charge sur la modernisation à marche forcée de la Corée, ce roman nous parle des exclus qui vivent de l’exploitation des déchets des plus riches. 2000 foyers construits avec les rebuts des autres et qui se battent quotidiennement pour avoir la meilleure zone d’ordures à trier. Foire d’empoigne, jalousie et trafics en tout genre président à la gestion de cette immense décharge qui peut faire le bonheur de certains. Tout est codifié, hiérarchisé tandis que le ballet des camions poubelles rythment la vie de ces travailleurs exclus de la grande ville. L’odeur pestilentielle qui imprègne leur corps et leurs vêtements les isolent et les maintiennent à l’écart du progrès dont ils ne ramassent que les miettes.

Pourtant, en contraste, continue de survivre péniblement une société plus traditionnelle qui continue de garder un lien avec les ancêtres et les esprits. Le Pelé, un peu simple d’esprit fait pourtant découvrir à Gros-Yeux un monde invisible qui ne se révèle qu’à ses yeux : les habitants bienveillants d’un village qui prenait autrefois la place de la décharge à une époque où l’île-aux-fleurs nourrissait la ville grâce à ses champs et entretenait une foi chamanique. Certains tentent encore de poursuivre un idéal de vie, d’entretenir une mémoire de ce qui n’est plus : une vieille grand-mère qui s’occupe des chiens abandonnés, un père qui répare de vieux appareils ménagers tout en gérant les nombreuses crises de sa fille chamane (ou épileptique ?).

Deux univers qui cohabitent péniblement, presque secrètement et signe pourtant une fracture profonde entraînée par la dictature du général Park qui dura de 1962 à 1979. Un pays perverti par la modernité, la superficialité, la productivité et qui ne retrouve son authenticité que dans l’esprit des fous, des enfants et des marginaux.

« Vous êtes ignobles ! Croyez-vous être seuls à vivre ici ? Vous les hommes, vous pouvez bien tous disparaître, la nature continuera d’exister, elle ! »

-

Lien :
- les 60 premières pages de Toutes les choses de nos vies

-

Titre : Toutes les choses de notre vie
Auteur : Hwang Sok-Yong
Éditeur : Picquier
Parution : Mars 2016
192 pages
Prix : 18,50€

Du même auteur : La route de Sampo ; Le vieux jardin ; Princesse Bari ; Monsieur Han ; Shim Chong, fille vendue ; L’invité ; L’ombre des armes ; Les terres étrangères ; L’étoile du chien qui attend son repas ;

2 comments for “Semaine coréenne : Toutes les choses de notre vie – Hwang Sok-yong

  1. 20 mars 2016 at 11 h 19 min

    ça me fait penser au film Dodes’kaden de Kurosawa, tu l’as vu ?
    En tout cas ton article me donne envie de découvrir ce roman :) . Très sympa cette semaine coréenne, j’ai pris plein de notes ;)

    • 21 mars 2016 at 22 h 56 min

      Ah, j’ai vu plein de Kurosawa dont je suis assez fan… mais pas ce titre là ! Faut que je rattrape mes lacunes ! :)
      Je suis ravie que cette modeste semaine thématique t’ai donné envie de découvrir des choses ! Merci de m’avoir suivie.

Répondre à Bidib Annuler la réponse.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *